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Cameroun: Eric Elouga jette un regard critique sur Madame Monsieur saison 3

Eric Elouga

Le Rédacteur en chef des magazines Nyanga et Weekend Sports et Loisirs, Eric Elouga, analyse les 20 premiers épisodes de la saison 3 de Madame Monsieur mettant en avant les points qui laissent à désirer dans la série.

La saison 3 de Madame Monsieur va sans doute connaître un énorme succès, en surfant sur la notoriété établie sur ses deux premières saisons et la hype suscitée par quelques gros noms annoncés au casting. Et c’est tant mieux, pour la visibilité et l’aura que cela apporte au cinéma camerounais à l’international, sans parler des carrières qu’elle ouvre tant aux acteurs qu’aux technico-artistiques (j’ai déjà un œil sur Salem Kedy, l’assistant réalisateur dont les projets solo sont annoncés et que j’attends particulièrement). Mais une fois cela dit, il faut bien reconnaître que cette saison, sur la base des 20 premiers épisodes vus (donc le tiers de la série), est aussi la moins qualitative de cette saga à succès.
La réalisation; la qualité d’image est toujours aussi propre et belle. La direction photo est correcte, la lumière bien exploitée, le matériel de tournage assurément de qualité. Je suis moins convaincu par le travail sur les couleurs qui était excellent en saison 1, moyen bon en saison 2 et très moyen cette fois, où l’on a parfois risqué le « too much ». entre les acteurs qui ont abusé d’huiles entre les deux saisons, les couleurs des coiffures à la limite de l’agressif, et les trop brusques changements d’un plan à l’autre entre des tons jaunes, orange, violet, mauve, chaque fois très flashy.
Mais le vrai hic de l’aspect technique c’est une réalisation bien trop classique et paresseuse qui ne recherche jamais d’effet, ni à surprendre visuellement. On a presque toujours des plans fixes, quelques plans séquences ci et là, des dialogues en champ-contrechamp et des plans de coupe répétitifs (sans qu’on en comprenne toujours la logique). Les amateurs de cinéma savent pourtant que si on parle de « valeurs de plan » ce n’est pas seulement une question de format, d’angle ou de technique.
C’est surtout parce que les plans racontent une partie de l’histoire. Selon comment on filme, des personnages ou des situations sont plus mis en valeur ou en dévaleur et cela donne une échelle hiérarchique des arcs narratifs, voire une indication des émotions recherchées. En restant aussi « neutre » dans la façon de filmer, la réalisation de la série met ainsi tout au même niveau, et par conséquent est obligée de dérouler son histoire par le scénario plutôt que par le scénario et l’image. Du coup, le fameux scénario qu’en est-il ? Là encore, ce sont les montagnes russes, avec bien plus de chutes que de sommets.
Les personnages: théoriquement le format sériel est plus propice au développement de personnages, puisqu’on les suit sur la durée. L’avancement de l’intrigue est ainsi d’autant plus palpitant qu’en parallèle, il voit les différents protagonistes évoluer. Force est de constater qu’au bout de trois saisons, les personnages de Madame Monsieur stagnent, et pour certains régressent.
Pour citer quelques exemples : Kim qui pleurniche toujours autant pour un rien alors que les épreuves des saisons 1 et 2 sont censées l’avoir durcie. Sophie devait être plus zen et épanouie après sa séparation d’avec Bill, la voilà plus vindicative et remontée que jamais. Paul après 5 ans de prison redevient le même manœuvrier avec les mêmes ruses et la même complicité (aux velléités de rédemption cycliques).
Le père Mbarga hier aristocrate guindé affecte désormais le ton et l’attitude des pères du village. Certains personnages se contredisent même comme madame le commissaire qui fustige ses éléments véreux et deux épisodes après accepte l’enveloppe de Mbarga pour libérer des faussaires, etc etc
L’intrigue: je continue à chercher le principal fil conducteur de cette saison, celui qui trouve vient chercher 10.000 ib. En lieu et place d’une grande histoire nourrie par de petites (les fameux arcs narratifs), on se retrouve avec l’enchevêtrement de sous-intrigues étalées comme de la confiture sur une tartine trop grande, et ensuite refermées sans qu’on ne sache réellement ce qu’on voulait y montrer.
La plus emblématique qui me vienne à l’esprit c’est cette histoire de mannequinat d’enfant sur cinq ou six épisodes qui m’a surtout donné l’impression de vouloir mettre en avant un personnage à la sexualité ambiguë (et ses droits) mais sans rien apporter scénaristiquement au final.
Au-delà de cette absence de fil conducteur, les ficelles scénaristiques sont tellement grosses qu’on en devine souvent la chute à l’avance et qu’on peut même déjà imaginer la fin de certaines intrigues. Le seul vrai twist réussi jusqu’ici est la paternité de Mbarga sur l’enfant de son fils. Bien joué les scénariste ! Mais une aussi belle carte je ne l’aurais pas sortie aussi vite, ni amenée aussi brusquement.
Comme lors de la saison 2, il y a encore des problèmes de cohérence, surtout dus au fait qu’on néglige les détails, or le diable se cache toujours dans les détails. Ca va des petits détails pas trop graves, comme les vendeurs de poisson feymen de la sœur de Sophie qui se présentent comme des pisciculteurs mais lui vendent du bar (alors que le bar n’est pas un poisson d’élevage), à des détails plus problématiques comme Anna qui est venu tout déballer à Mme Mbarga y compris son mariage frauduleux arrangé par M. Mbarga avec son notaire, mais curieusement deux scènes après quand Bill revient après sa rencontre avec le faux mari et croit que c’est ce dernier qui est à l’origine dudit mariage truqué, sa mère est subitement amnésique. Et des trous comme ça il y en a tous les trois épisodes au moins.
Par ailleurs, ces affaires de gangstérisme et de sorcellerie, franchement…. Madame Monsieur a construit son succès sur sa différence assumée d’être une telenovelas à la Camerounaise, basée sur les dynamiques et interactions de couples dysfonctionnels.
Vouloir insérer à tout prix les recettes de Ma Belle-mère n’est pas nécessaire et rend certaines scènes inutilement kitch. Sans parler des placements de produits pas subtils pour un sou qui montrent que le côté business a clairement pris le pas sur le côté show.
L’acting : c’est la seule réelle satisfaction que je trouve jusqu’ici. Avec un matériau plutôt pauvre, on a encore de belles interactions entre personnages, des échanges agréables et maîtrisés. Certaines scènes m’ont vraiment fait rire sans forcer. Les nouveaux personnages apportent. Ils sont introduits avec intelligence ; souvent ce sont eux qui font avancer l’intrigue, et même si certains sont extrêmement clichés, dans l’ensemble je ne boude pas mon plaisir. Même Daniel Nsang a qui j’ai reproché d’être inexpressif et stéréotypé dans son jeu les premières saisons, s’est amélioré.
Les dialogues sont plutôt bons, et la qualité des acteurs arrive à bien les rendre (quelques fautes de langue par ci par là mais bon, même dans la vraie vie nous en faisons donc ça passe). Exception faite peut-être des enfants dont le jeu n’est vraiment pas très bon, ce qui peut se comprendre beaucoup en sont sans doute à leur première expérience.
J’espère juste que tel un moteur diesel, la série en est au tour de chauffe et que les 40 épisodes à suivre viendront faire mentir certains points de cette première analyse.
PS: l’arrivée de M. Bretelles à la fin l’épisode 21 comme Végéta dans les films DBZ c’était plutôt kiffant !!!!! « 


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