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Cameroun: est-ce une alerte pour Biya?

Par Boubacar Sanso Barry

Au sommet de ses 82 ans révolus dont près de 33 passés à la tête du Cameroun, le président Paul Biya fait partie de ces dirigeants africains que l’on désigne sous le vocable de dinosaures. Au même titre que Dénis Sassou Nguesso du Congo, il est d’une catégorie de présidents africains qui semblent avoir juré de ne quitter le pouvoir que pour rejoindre la tombe. Ils sont d’autant plus tranquilles qu’ils ne se laissent guère impressionner par Hollande ou Obama. Pourtant, comme ce fut le cas de Mobutu et plus récemment encore de Blaise Compaoré, les choses peuvent bien se gâter au moment on s’y attend le moins. D’où la nécessité de rester en éveil pour pouvoir déceler le moindre signe avant-coureur. Une disposition de prudence que devrait adopter le président camerounais, Paul Biya.

En effet, on a des raisons de croire que les mouvements d’humeurs dont quelques casernes Yaoundé ont été le théâtre, hier, ne sont pas aussi isolés que le voudraient les autorités camerounaises. Certes, du point de vue de la proportion des soldats impliqués, la protestation n’avait qu’une envergure moindre. De même, les raisons de ce coup-de-sang semblent bien précises. Il s’agit d’arriérés de primes que des soldats ayant pris part à la mission en Centrafrique n’auraient pas encore perçus. A priori donc, le président Paul Biya et son régime n’ont rien de particulier à redouter de cette protestation.

Mais le sénile dirigeant camerounais devrait bien se garder de raisonner ainsi. Autrement, il pourrait ne pas être à l’abri d’une surprise désagréable. Parce qu’en réalité, de ce mouvement d’humeur, quoi que n’impliquant que 200 soldats, on conclue qu’au sein de l’armée camerounaise, des militaires sont de plus en plus capables d’exprimer publiquement leur désapprobation. Dans le Cameroun tenu des mains de maître par celui que l’on connaît, cette première n’a rien d’anodin. Il s’agit d’un précédent dont il convient de tirer toutes les leçons. Surtout qu’il s’agit d’une institution, en l’occurrence l’armée, au sein de laquelle la soumission à la hiérarchie est la seule règle qui vaille. Que ces militaires aient pu passer outre toutes les barrières hiérarchiques pour partager leur mécontentement avec le grand public, devrait donner à réfléchir.

C’est en soi le signe d’une conscience de révolte et de contestation au sein de la grande muette. Une disposition mentale et psychologique devant laquelle les valeurs de discipline et de respect dû à la hiérarchie, relèvent d’une théorie d’endoctrinement. Or, on peut imaginer qu’au sein de l’armée camerounaise, ce ne sont pas les motifs de manifestation qui manquent. Etendu à l’ensemble de la société, ce raisonnement débouche sur un contexte sociopolitique camerounais dans lequel de grandes convulsions sociales ne sont pas exclues dans un futur proche. Parce que Paul Biya et son système ne font plus si peur que ça. Poussés à bout, les Camerounais pourraient bien rendre la monnaie. La prévision est d’autant plus plausible que l’esprit de la contestation est déjà en vigueur au sein de l’armée.


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