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Cameroun: expliquer la morale chez le Beti par la loi des grands nombres

Dieudonné Essomba ©Droits réservés

 Dieudonné Essomba s’attaque à la théorie qui a permis faciliter la mise au point des sondages et statistiques en soutenant que le nombre de Beti arrêtés dans le cadre de l’opération épervier n’est pas le simple fait d’une moralité basse des ressortissants de cette tribu. Elle est le fruit de la gouvernance en vigueur.

Les préjugés, fabriqués à partir de certains événements, ne sont pas nécessairement sans fondement scientifique. L’arrestation massive de l’élite Beti n’est pas réductible à un fait divers, posé par une poignée marginale d’égarés : elle traduit un problème de  fond de cette communauté.

En Statistiques, il existe une célèbre loi appelée « Loi des grands nombres ». Cette Loi affirme que si on prélève au hasard un échantillon sur une population de base, alors cet échantillon reprend les caractéristiques de la population de base. Cela signifie qu’à partir de cet échantillon, on peut déduire avec une très grande précision le comportement de l’ensemble.

La taille de l’échantillon importe assez peu. Quelle que soit la taille de la population, un échantillon de 200 à 1000 personnes est déjà suffisant.

C’est la Loi des grands nombres qui fonde les sondages. La précision des sondages lors des élections dans les pays développés a souvent étonné les gens, car ils se trompent rarement. Pourquoi ? Parce que sur une population de 50 Millions, il suffit d’interroger un petit échantillon bien sélectionné de 1.000 seulement pour avoir une idée exacte de ce que pense la population.

Et c’est une technique utilisée partout : quand on dit que la prévalence du Sida est de 4% au Cameroun, est-ce qu’on a examiné tout le monde ? Pas du tout ! On a fait un sondage sur 1000 Camerounais et on a trouvé 4% d’entre eux séropositifs. Est-ce qu’on va dire que c’est faux, au motif qu’on n’a pas examiné les 23 millions de Camerounais ? Non ! C’est tout simplement vrai, de par le théorème mathématique appelé Loi des grands nombres.

Le comportement des Beti dans les hauts postes dévoile donc des constantes propres à leur communauté. Si sur 200 élites Beti prises au hasard, 40% sont des voleurs, cela signifie tout simplement que la proportion des potentiels détourneurs de fonds dans cette communauté de cinq millions est de 40%, soit deux millions de voleurs potentiels.

C’est cela la Loi des grands nombres ! Je regrette, mais c’est cela et c’est un théorème mathématique! Quelqu’un peut venir m’enseigner la statistique ? Enseigner la statistique à un ingénieur général de la statistique ? A Dieudonné ESSOMBA ? Les gens discutent de quoi-là?

Il faut simplement prendre acte que le problème est réel. Les Beti ne sont pas intrinsèquement des voleurs : ils ne le sont ni au quartier et historiquement, ils ne traînent pas cette réputation. Même dans le régime d’Ahidjo, ils étaient considérés comme les plus honnêtes et les plus objectifs.

Qu’est-ce qui s’est donc cassé ? Simple : par ses méthodes, le régime de Biya a développé en eux une vision totalement dévoyée du pouvoir et de l’Etat. Il en a fait des êtres névrotiques, dont la salive se déclenche à l’évocation du poste et de l’argent public, comme les chiens de Pavlov. Ils deviennent des monstres prêts à tout !

L’expression la plus évidente de cette altération du Beti est cette accusation compulsive d’aigris qu’ils affublent à tous leurs frères qui n’adhèrent pas à cette vision de l’Etat. Ils n’arrivent plus à comprendre qu’un homme normal puisse avoir d’autres référents et ne peuvent s’expliquer un comportement d’opposition que par la frustration de n’avoir pas accédé à la mangeoire.

On n’a pas demandé de mettre les élites Beti en prison, ni de les remplacer par des élites venues d’ailleurs. Ce qu’on demande, c’est de mettre fin à un système qui a pu développer une telle monstruosité. Si cela est arrivé aux Beti, on ne sait pas ce que cela pourra donner avec d’autres plus tard, peut-être l’explosion de tout le système.

Autant mettre définitivement fin à ce système, en dispersant le pouvoir et les privilèges d’Etat dans un système d’Etat segmentaire bien conçu. Il faut désormais rendre impossible la possibilité de revoir ce genre de système un jour.

 

A SAVOIR

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