Opinions › Tribune

Cameroun: félicitations au professeur Mathias Eric Owona Nguini

Par Abdelaziz Mounde

Pardon, n’attendez plus que des esprits et des universitaires aussi brillants et performants participent Ă  un colloque sur Chantal Biya pour leur accorder le grade de MaĂ®tre de confĂ©rences qu’ils mĂ©ritent depuis fort longtemps !

Qu’aurait bu Socrate, outrĂ© par son sort, si l’illustre figure de la Grèce antique, Ă©tait nĂ© au Cameroun, Ă  Nko’ovos dans les clairières de forĂŞts du Sud ou Ă  Kumbo dans l’antre des Banso ? Avant de perdre ses cheveux dans le dĂ©dale des bibliothèques et de brĂ»ler ses doigts, emportĂ© par le dĂ©sir abrasif de boucler un Ă©pais article, il n’aurait pas avalĂ© un bol de ciguĂ«. Non ! C’est une fin trop rapide.

Il aurait sirotĂ© un odontol corsĂ©, sorti du dessous d’un vieux lit en bambou, pour ruminer sa peine. Voir les  » voiratres  » comme disent les jeunes. Regarder le spectacle  » kankanesque  » d’universitaires aux bons rĂ©seaux, qui parlent bien, vont en meeting du R…le samedi au village et passent en grade aussi facilement que Atanga Nji est devenu ministre. Au letch, oĂą, grandes Ă©lites qu’ils sont, les mamans et oncles attendent le prochain remaniement pour voir dĂ©ferler les chèvres et le camion des Brasseries, offert par le fils du coin, ce grand professeur fraĂ®chement nommĂ© par Popaul.

Mathias Eric Owona Nguini, sorte de penseur de son temps, Ă  la diffĂ©rence du vieux sage d’Athènes, Ă  l’immense rĂ©putation et Ă  lĂ©gende intacte, qui n’a laissĂ© aucun Ă©crit, ne boit ni ciguĂ« ni odontol. Il a aussi une chemise Ă©paisse comme un parapheur de marchĂ©s en 4.9 de ministre, d’articles scientifiques, près de 50, souvent citĂ©s, dont certains font autoritĂ©, bref de très bonne facture dans le domaine des sciences politiques. Lui n’a pas ruminĂ© sa peine, il a, sans grosse cylindrĂ©e, rongĂ© son frein, 16 ans durant, entre le titre de docteur et le grade de MaĂ®tre de confĂ©rences.

Il avait fini par ĂŞtre une sorte de sabitou rafraĂ®chissant des mĂ©dias, consultĂ© pour les combats de coqs, le tapis vert des contentieux sportifs comme des sujets les plus sĂ©rieux. Brillant, fort en thème, soufflant le chaud des polĂ©miques, de l’illisibilitĂ© de la vie et de l’agenda politiques et la confusion des genres, le show des mĂ©dias, le froid de l’analyse clinique des faits de son Ă©poque, des inimitiĂ©s et l’effroi des dĂ©rives de notre sociĂ©tĂ©. Et donnant Ă  des initiatives comme la fondation Paul Ango Ela, spĂ©cialisĂ©e en gĂ©opolitique, ses lettres de noblesse. En somme, un professeur Tournesol sans le titre.

Certains s’Ă©taient rĂ©signĂ©s Ă  voir une intelligence si vive plafonner. Du genre,  » on pousse et on met la cale « . D’autres, plus opiniâtres, ne cessaient de se triturer les mĂ©ninges, sonder les mystères des concours Cames, système d’accession Ă  l’agrĂ©gation, gratter le vernis des mĂ©canismes de passage de grade dans notre système universitaire pour tenter de comprendre. Na ya ? Que se passe-t-il avec le  » grand prof  » ?

Il n’a pas fallu consulter un marabout pour dĂ©bloquer ce qui s’apparentait au Ndutu. Une malĂ©diction. La malchance. Il a fallu, comme par hasard, une idĂ©e de gĂ©nie. Comme celle du Bidoung Challenge, le colloque dĂ©diĂ© Ă  Chantal Biya sur le thème : « Droits fondamentaux et politique de solidaritĂ© au prisme de l’action sociale de la Première Dame du Cameroun », pour briser le signe indien d’une carrière promise Ă  de beaux lustres. Une rencontre qui a prĂ©cĂ©dĂ© de plus d’un mois, la tenue des 35e et 36e sessions du ComitĂ© consultatif des institutions universitaires (Cciu), sas de filtrage du passage de grades au Cameroun.

A l’Ă©vidence pour ce talent, c’est un juste mĂ©rite. Logique, justifiĂ© par une production scientifique prolifique et reconnue. Mais pour le signal et le symbole, l’on restera hĂ©las dans cette affligeante idĂ©e. Une autre polĂ©mique. Avec en toile de fond, le triomphe de ceux qui font au quotidien, l’apologie du  » rĂ©alisme « , qui finit par faire croire aux esprits les plus intègres, brillant des mille feux de la science, que pour avancer, il faut taper le bon code, se connecter au bon rĂ©seau. Bref choisir la bonne orange…

Mathias Eric Owona Nguini

Droits réservés)/n

A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

Ă€ LA UNE
Retour en haut