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Cameroun: feymania, tortures et prison pour un pauvre jeune homme

Par Shanda Tonme, président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimation (Comcodi)

Yaoundé, le 16 Janvier 2017

Monsieur le Secrétaire d’Etat chargé de
la Gendarmerie auprès du Ministre délégué
à la présidence de la république
chargé de la défense

Réf : 15/DEN/TOR/0117
Objet : Plainte contre les commandants des brigades de gendarmerie
de Nkoabang et de Nkondengui, pour tortures, traitement inhumain et dégradant,
non-assistance à personne en danger, défaillances graves.

Monsieur le secrétaire d’Etat,
J’ai l’honneur de venir très respectueusement auprès de votre haute et bienveillante autorité, porter plainte contre les Commandants des brigades de gendarmerie de Nkoabang et de Nkondengui, pour tortures, traitement inhumain et dégradant, non-assistance à personne en danger, défaillances graves, sur la personne du jeune Wafo Yannick, âgé de 26 ans.

Les faits se sont produits durant les journées du 11, 12 et 13 janvier 2017, et selon les séquences ci-après :

Le jeune Wafo Yannick, est un bachelier qui après moult tentatives d’émigration et après des conseils avisés, a finalement décidé, sur la base des conseils de certains parents avisés dont nous-mêmes, de rester au pays pour travailler aux côté de son père, commerçant.

L’activité commerciale de la famille, concerne l’achat des pistaches dans les régions de l’Adamaoua et de l’Est, pour la distribution sur les marchés de la capitale Yaoundé après reconditionnement.

Le lundi vers 21 heures, le jeune Wafo qui habite chez son grand frère à Nkoabang, revient de la région de l’Est avec un camion de pistaches. Il n’y a personne cette nuit pour le déchargement. Il est donc contraint de décharger toute la marchandise seule, pour libérer le camion de location. Il est 1heure du petit matin quand il va enfin se coucher pour un petit sommeil, ne se doutant de rien.

Le debut de l’enfer
Il est 9heures ce matin du mardi 11 janvier, lorsque sa belle-s ur le tire de son sommeil en lui disant qu’il y a des gens à leur portail. Le jeune bien fatigué a de la peine à se réveiller, mais fini néanmoins par se mettre débout. Dès qu’il se montre dehors, il est happé par des bras qui se jettent sur lui et le frappent dans tous les sens et sur tout le corps au cri de violeur, violeur. Le jeune homme n’y comprend rien et est sans défense. Tous ceux qui essayent d’approcher sont dissuadés par des porteurs de couteaux et de machettes. Mais finalement, une dame se fait forte et exige que l’enfant soit emmené à la gendarmerie pour vérifier les faits, et qu’une enquête soit diligentée.

Alors qu’il y a une gendarmerie à Nkoabang tout proche, c’est plutôt loin à Nkondengui, que la chef de bande qui clame que sa fille aurait été violée, il y a plus de trois mois, en septembre, choisi de se rendre. Pourquoi ? Simple à comprendre, elle compte sur un élément à cet endroit.

C’est le visage boursoufflé et marchant à peine, que l’enfant est jeté dans la cellule de la brigade gendarmerie de Nkondengui.

C’est à 16hs, le mercredi 12 que nous sommes informés de cette situation par le père de l’enfant qui nous appelle personnellement au téléphone depuis la brigade de Nkondengui. Nous y dépêchons un de nos collaborateurs qui va rencontrer le commandant. Ce dernier dit n’avoir pas été informé qu’il y avait un tel cas dans son unité, pire en cellule, et d’autant plus qu’il n’y a ni plainte, ni certificat médical, ni aucun autre élément permettant de valider cette présence. IL dit être pressé pour le stade où il est requis pour la sécurisation de l’événement que constitue le match de football, Cameroun-Zimbabwe.

Après le compte rendu de notre collaborateur, nous entrons en contact avec l’enquêteur et le 1er adjoint du commandant. Ces derniers qui viennent à notre rencontre, nous assurent de plusieurs éléments :
1 – IL n’y a effectivement aucune plainte.

2 – La dame est connue pour être coutumière de ce genre d’extorsion des fonds, sous le couvert de viol sur ses enfants. Il y a moins de six mois, elle avait fait la même scène à une autre famille, et obtenu près de 800.000 FCFA.

3 – Son histoire ne tient pas la route, d’autant plus qu’elle affirme que le viol date de septembre, et il n’y a rien qui le prouve matériellement.

4 – La petite qui fait des affirmations, est passée pointer des maisons, l’une après l’autre, selon l’influence des adultes. On aurait même l’identité d’une autre personne qu’elle accuse, et son téléphone.

5 – En tout cas, ce jeune homme, Wafo est innocent.

6 – Dès que le commandant reviendra du stade, il procédera certainement à l’élargissement du jeune homme. C’est lui qui doit signer.

7 – L’urgence, c’est que la famille obtienne de conduire Wafo chez un médecin, car son état piteux pourrait conduire à une hémorragie interne. IL y a donc péril en la demeure.

Non assistance a personne en danger
Lorsque le commandant est de retour, il prend plutôt la décision de renvoyer le jeune Wafo, malgré son état, à Nkoabang, pour dit-il, des raisons de compétence territoriale.

Il est déjà presque 20hs, quand le jeune Wafo y arrive. Pourquoi l’avoir retourner là-bas ?

C’est que hors de la barrière, des discours sont tenus en désordre dans le camp de la dame qui prétend que sa fille a été violée.

Hein, vous résistez, au lieu d’arranger
On va voir si l’argent ne va pas sortir à la fin
Vous perdez le temps à appeler des avocats et autres
Il faut arranger
Vous n’arrangez pas, on va envoyer votre enfant en prison

Mais plus grave, la présence d’un élément semble-t-il, du BIR ou de la GP, en tout cas un militaire, dans le camp de la dame, et ce dernier organise des pressions de toute sorte.

L’enfant est copieusement menotté, attaché des deux mains et des pieds et placé en balançoire dans les locaux de la gendarmerie de Nkoabang. Ses cris poussent ses frères et ses parents à prendre d’assaut la brigade.

Nous suivons les développements au téléphone et entendons l’ambiance de quasi émeute qui règne à la brigade.

Nous prenons donc la mesure de la dangerosité de la situation, et alertons plusieurs hauts responsables de la gendarmerie :

-Le LT Colonel Kaolé, chef du service central de recherches judiciaires
-Le LT Colonel Ndonfack,
-Le LT Colonel commandant du Groupement de gendarmerie territorial
-Le Commandant Bouopda, par SMS
-Le Capitaine Bouem Innocent, par SMS
-Le capitaine Cocom de MFou, par téléphone.

A l’évidence, les interventions en demande d’informations se multiplient venant des supérieurs hiérarchiques. Le commandant de brigade de Nkoabang face à ces demandes, aura ces mots en direction des parents :

Je m’en fiche de vos colonels et autres, je fais mon travail et c’est moi et moi seul qui commande ici. Allez même à Etoudi si vous voulez. Langage de banalisation de l’Etat tout court, et de l’autorité en termes d’organisation. On installe l’anarchie, au vu de tous.

Le jeune Wafo qui clame toujours son innocence malgré les tortures, avec des pieds et des poignets saignants, est emmené d’abord à la légion, où il est encore renvoyé. En fait, son état effrayant les uns et les autres, personne ne souhaite être mêlé, craignant la suite inéluctable, au regard des sévices qui ont laissé le jeune homme amoché et méconnaissable.

Le vendredi, le commandant de brigade, comme toujours en pareille circonstance, doit absolument se couvrir et pour cela, il faut monter un dossier pour justifier que l’on avait en mains un criminel, que les faits sont avérés. La plaignante est une reine, qui entre un peu partout, et c’est elle seule qui est entendue, pas les autres. Nous y avons dépêché un avocat, du cabinet Piendjo, ( 677 970 303) qui a tout suivi, et qui a ensuite été dégoûté, choqué.

Le jeune WAFO sera déféré à Mfou, avec un dossier pour atteinte à la pudeur sur mineure et viol. Voilà comment, un innocent, se retrouve placé sous mandat de dépôt. Le Procureur, le juge d’instruction, en tout cas, les magistrats, sont formels : Le montage du dossier, les charges, sont si graves, qu’il ne leur est laissé aucune autre latitude que de jeter un tel accusé en prison.

La moralité de cette affaire est des plus grave
1 – Les discussions avec nombre de jeunes camerounais qui fuient leur pays aujourd’hui, mettent en exergue le manque de justice, les abus des forces de sécurité, la tricherie et les discriminations dans les concours et autres examens officiels. Voici un cas pathétique d’un jeune homme qui est resté travailler pour faire fructifier le patrimoine familial, et qui aujourd’hui va bien le regretter, qui ensuite sortira de prison seulement pour partir pour de bon, en maudissant son pays.

2 – La torture est une réalité dans nos unités, et la formation des responsables au niveau des brigades de gendarmerie et des commissariats de police, laisse à désirer.

3 – Les chefs d’unité s’estiment libres de faire ce qui leur plaît, foulant aux pieds les droits des citoyens, gardant à vue le temps qui leur plaît, et s’érigeant en chefs de petits Etats indépendants.

4 – Pour atteindre leurs objectifs et faire valider leurs dossiers, les chefs d’unité peuvent concocter n’importe quel dossier, dans le sens qui ne laisse aucune chance au malheureux quand ce dernier est un démuni, un citoyen pauvre.

5 – La logique de la cible, implique aujourd’hui, une autre forme de criminalité ou de délinquance avérée, qui consiste à prendre pour proie, n’importe quel citoyen soupçonné d’avoir des capacités de payer les rançons. Le jeune Wafo est exactement une victime de choix dans ce sens. La plaignante qui habite le quartier, a pris le temps d’observer que cette famille pratique un commerce fructueux. Des camions viennent tout le temps décharger des sacs de marchandise. Ce n’est pas un hasard si c’est la matinée suivant un déchargement, que les agresseurs sont entrés en action.

La Commission indépendante contre la corruption estime que les fautes commises par les deux commandants de brigade sont évidentes et méritent les qualificatifs mentionnés en objet.

1- Jamais les faits ne leur sont en réalité parus exacts
1-Ils n’ignoraient pas et ne pouvaient pas ignorer certains éléments importants.

2-Il n’y avait ni flagrant délit, ni plainte antérieure.

3-Ils n’ont jamais pensé à porter secours au jeune Wafo en piteux état et l’ont maintenu en cellule contre toute logique.

4-Les scènes de torture sont déroulées ouvertement.

5-Ils ont refusé de conduire Wafo à l’hôpital, contribuant sciemment à ses souffrances et refusant de porter assistance à personne en danger.

6-Le refus de soigner une personne dans un tel état, ne peut qu’être valablement assimilé qu’à une coaction de tentative d’assassinat.

7-Au vu de Wafo, les deux sous-officiers avaient pertinemment conscience, que Wafo pouvait faire une hémorragie interne et mourir à tout moment.

Nous signalons qu’à ce jour, Wafo n’a toujours pas bénéficié d’une visite médicale et est toujours exposé au danger de clamser à tout moment. IL croupit dans la prison infecte de Mfou, injustement accusé, victime d’un système qui avalise les extorsions des fonds de la part de fainéants et de truands dont la seule force est de jouir de privilèges de villages et de prébendes claniques.

La Commission indépendante contre la corruption et la discrimination, proteste avec la plus grande énergie, et exige une enquête lourde qui devra se conclure par les plus lourdes et les plus irréversibles des sanctions contre les responsables de cette retentissante défaillance, en fait une forfaiture aux relents de crime organisé.

Ces comportements ternissent l’image de nos forces de gendarmerie et de police, dont les résultats sur le terrain ont infiniment progressé ces dernières années comme en témoignent la résolution de nombreux crimes, et le redoublement des activités de prévention de toute nature.

La Commission vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de sa haute et sincère considération citoyenne./.

[b Le Président de la Commission
Shanda Tonme
Médiateur universel


Droits réservés)/n


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