Politique › Judiciaire

Cameroun : flou autour de la défense de Sisiku et ses compagnons

Me Ndong Christopher Nveh (gauche) et Me Fru John Soh au sortir du proocès le 30 août 2018. (c) Journalducameroun.com

Le procès en Habeas corpus des leaders de la république auto-proclamée d’Ambazonie a été entaché, jeudi, par une polémique au sujet des conseils autorisés à les représenter.

Les avocats Fru John Soh et Ndong Christopher Nveh sont les avocats mandatés par Sisiku Ayuk Tabe et ses compagnons d’infortune pour défendre leurs intérêts devant la justice. Jeudi, 30 août 2018, ils étaient devant le juge pour défendre leur requête en habeas corpus déposée le 9 août auprès du Tribunal de grande instance du Mfoundi.

Par cette démarche, ces avocats espéraient que le corps du délit soit fourni ou alors que, faute d’énoncer les chefs d’accusation, la Cour ordonne la libération immédiate de Sisiku Ayuk Tabe et ses compagnons. La juridiction a rejeté cette requête pour des questions de forme.

Les questions de forme sus-évoquées portent sur l’absence d’une pièce au dossier présenté par la défense, notamment la déclaration sous serment. Le sujet révolte Me Fru John Soh et Ndong Christopher Nveh qui en attribuent l’erreur à un des avocats du collectif porté par Me Bernard Muna pour la défense des intérêts des mêmes détenus.

« Nous sommes les avocats choisis par Sisiku et ses compagnons. Nous sommes quatre : moi-même [Me Ndong Christopher Nveh, Ndlr], mon confrère ici présent [Me Fru John Soh, Ndlr] qui est établi à Douala, Me Padiyong à Bamenda et Me Ajong Stanlisses à Limbe. On a fait quatre tentatives pour accéder à nos clients au Sed. On nous a barré la voie. On nous a dit que trois avocats ont été choisis. Par qui ? Vous ne pouvez pas choisir les avocats de la défense alors que vous êtes en face. Comme nous n’avons pas accès à nos clients, nous avons initié l’Habeas corpus et pour le faire, on a associé les trois qui ont été choisis par le gouvernement pour défendre les intérêts de nos clients.  L’une des pièces les plus importantes et la plus difficile à avoir [vu les circonstances sans doute, Ndlr] pour l’Habeas corpus est la déclaration sous serment. Nous l’avons rédigée et nous l’avons remise à l’un des trois autres avocats afin qu’il la porte aux clients pour signature. Il est allé faire enrôler l’affaire sans cette pièce », a expliqué Me Ndong Christopher Nveh jeudi au sortir du procès.

Il ajoute : « Ce matin c’est lui-même qui nous a appelés pour nous dire que l’audience a lieu. Et nous sommes venus Tribunal sans qu’il ne nous en touche mot. Nous lui avons dit qu’on aille rencontrer le procureur, il  dit non j’étais là-bas. Et nous, on est allé voir le procureur, qui nous a demandé d’aller voir notre collègue pour les manquements du dossier. Depuis on appelle, il ne décroche pas. On a demandé le renvoi pour régulariser la situation parce que le Tribunal ne peut pas nous demander une pièce alors qu’on nous empêche de voir nos clients. Et là-dessus, nous disons : Mme la juge, vous avez violé la loi. »

Selon Claude Assira, membre du trio d’avocats porté par Bernard Muna, il n’est pas question de parler de polémique autour de conseils potentiellement choisis par le gouvernement. Il explique que Me Beranrd Muna avait été approché par l’épouse d’un des 47 leaders anglophones extradés du Nigeria en janvier. Celle-ci voulait qu’il assure la défense de ce groupe. « Me Bernard Muna nous a, à son tour, approchés pour lui demander de nous tenir à ses côtés. J’ai personnellement accepté en ma qualité de membre de la Commission nationale des droits de l’Homme, et donc de personne très intéressée par les droits de l’Homme. Nous avons commencé les actions et puis  les détenus ont choisi leurs avocats. Nous leur avons laissé la main libre pour poursuivre le travail. Nous avons été appelés à certains moments pour un coup de main et nous l’avons fait. Je ne vois donc pas d’où vient cette affaire selon laquelle nous avons été choisis par le gouvernement », a-t-il expliqué à Journalducameroun.com.

Les griefs des avocats de Sisiku Ayuk Tabe ne s’arrêtent pas là. Ils dénoncent par ailleurs, le fait que le procès se soit déroulé en l’absence des détenus. Ceux-ci n’ont pas été extraits de prison pour être conduits au Palais de justice. Ce qui aurait dû conduire au report du procès. L’audience a pourtant eu lieu et la Cour a rejeté la demande de libération immédiate des leaders de l’Etat ambazonien.

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