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Cameroun – Georges Alain Boyomo : « la longévité aux postes de responsabilité est consubstantielle au régime de Paul Biya »

Georges Alain Boyomo, journaliste
L’éditorial du 13 septembre publié dans les colonnes du quotidien Mutations, s’inspire du verdict rendu par la Cours constitutionnelle dans l’affaire des Directeurs généraux de sociétés publiques dont les mandats sont échus mais demeurent en fonction. Le texte d’opinion, signé du Directeur à la publication est intitulé : La longévité consacrée.

 

 

 

Par Georges Alain Boyomo

 

Le Conseil constitutionnel a tranché le 7 septembre. La requête du président du Front des démocrates camerounais (Fdc) portant sur le maintien jugé illégal de 18 directeurs généraux d’établissements et entreprises publics est irrecevable pour défaut de qualité du requérant.

Sans surprise, ce verdict n’enlève pas pour autant grand-chose à l’audace et au signal fort qu’envoie Dénis Emilien Atangana sur la circulation ou l’utilisation des compétences au sein de l’élite politico-gouvernante au Cameroun.

Des ministres qui restent en poste pendant 10 à 15 ans, des directeurs généraux qui mettent des dizaines d’années en fonction, des patrons d’institutions telles que l’Assemblée nationale ou le Conseil économique et social qui accumulent des décennies à leurs différents postes de responsabilité, la pilule devient amère à avaler pour la longue file des prétendants et surtout pour le peuple, qui dans bien de cas, estime à raison que les performances de certaines personnalités en responsabilité ne justifient aucunement leur maintien ou éternisation.

Le problème est encore plus marqué lorsque la loi ou les lois promulguées par le président de la République, qui limitent les mandats des responsables des organes de gestion des sociétés d’État font ensuite l’objet d’une gymnastique par trop savante qui frise le dilatoire pour ne pas être appliquées.

Dans une République, lorsque les « emplois supérieurs » sont « confisqués » par un groupuscule de citoyens, au milieu d’une kyrielle de compétences dont regorge le pays, ça ne peut qu’accréditer l’idée selon laquelle l’ascenseur social est bloqué. Pour certains responsables maintenus en poste, au nom du pouvoir discrétionnaire du chef de l’État, ça peut également créer une certaine frustration. Il y en a qui ont déjà tout donné, dont les bonnes performances sont un secret de polichinelle, et que l’on confine à la routine alors qu’ils peuvent être plus utiles et productifs ailleurs.

Ceux-ci, d’après des voix qu’on perçoit d’ici, pourraient tout aussi démissionner de leurs fonctions. C’est ignorer ou feindre d’ignorer qu’en contexte camerounais, démissionner lorsqu’on a bénéficié d’un décret du président de la République est un crime de lèse-majesté. C’est le prince qui nomme et dénomme. Toute autre démarche équivaudrait à un suicide politique ou à une auto-ostracisation. La chronique mondaine fourmille ainsi de demandes de retrait supposées ou réelles de quelque (s) Dg adressées au chef de l’État, lesquelles n’ont pas reçu de réponse affirmative ou négative. D’attente lasse, les requérants se trouvent obligés de continuer à diriger l’entreprise, à hauteur de leurs capacités physiques, en général par personne(s) interposée(s), pour ne pas fâcher le Prince.

A l’analyse, la longévité aux postes de responsabilité est un marqueur du Renouveau. Elle est consubstantielle au régime établi depuis le 6 novembre 1982. Au cours d’un échange avec les investisseurs lors d’une visite dans un pays européen, Paul Biya n’avait-il pas, entre ironie et triomphalisme, demandé à ces derniers de faire confiance au « gouvernement du Cameroun » parce qu’il a déjà mis plus de 30 ans, cas de figure pas très courant dans le monde ? On se souvient également du « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais qui peut » lancé à ses contempteurs, en présence de François Hollande, l’ancien président français alors en escale à Yaoundé.

Difficile d’affirmer que la longévité de certains ministres, directeurs généraux ou patrons d’institutions tient de la volonté du président de la République de donner un temps consistant au responsable en poste pour qu’il imprime ses marques ou que cela procède d’une simple redistribution de rentes à des fins politiques et précisément de conservation du pouvoir suprême.

Dans tous les cas, la nécessité du turn-over à la tête des organisations telle qu’enseignée dans les écoles de management n’a quasiment pas grâce aux yeux de Paul Biya et demain n’est pas la veille du changement de ce logiciel de gouvernance dont le bilan n’est pas reluisant.

 

Éditorial du lundi 13 septembre 2021 dans Mutations


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