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Cameroun: Gérontocratie institutionnelle

Par Patrick Tchouwa

S’il est une réalité indubitable attribuée au gouvernement camerounais, c’est celle de l’âge plutôt avancé de ses membres qui se recrutent pour l’essentiel dans le sillage des amis de Paul Biya ou de ce qui en tient lieu. Toutefois en marge de cette réalité, une autre se fait plus poignante et tient de la faible mobilité de notre personnel gouvernemental au point de faire croire que notre pays souffrirait de déficit structurel en ressources humaines à même de contribuer de quelque manière, au développement de quelque culture progressiste. Car, les bilans plutôt mitigés qui ont caractérisé les gouvernements successifs sou le Renouveau, auraient pu dicter à son initiateur, à défaut d’une propension à privilégier le recours aux technocrates, du moins la préséance de jeunes premiers déterminés à marquer de manière singulière leur passage au gouvernement. Et quand bien même pour les derniers cités, on peut valablement évoquer la déception de Paul Biya, suite à leur forte implication dans les détournements de deniers publics, il est de notoriété que les gérontes dont il se sera entouré, ne se démarquent pas foncièrement de ce mal récurrent camerounais dont les racines sont à rechercher, dans le laxisme institutionnel et si ce n’est pire, à la démission de fait de Paul Biya lui-même. Or, avec un tel laisser-aller, rien de constructif ne peut être envisagé, ne serait-ce qu’à en juger par l’inertie caractérielle de ceux devant pourtant impulser quelque dynamique pour la mise en uvre réussie de la vision gouvernementale. En effet, c’est sur ce terrain singulier qu’est attendu le gouvernement, tant il est vrai qu’il s’agit avant tout d’implémenter les articulations opérationnelles de cette vision devant concourir à l’amélioration des conditions de vie des populations. C’est dire qu’il faille régulièrement se projeter dans l’avenir, ce qui ne semble plus être du ressort des gérontes qui, au contraire, en sont plutôt à ressasser leur passé et à vouloir se rattraper, alors qu’ils savent pertinemment ne pas pouvoir le faire. Et englués dans cette logique, il leur devient difficile de déléguer en affectant les meilleures personnes ressources aux postes de responsabilités dans lesquels elles s’exprimeront le mieux et glaneront ainsi facilement quelque place au soleil. Et devant l’absence d’une telle éventualité, l’on en vient à croire que seuls ceux au pouvoir ou y ayant été, constituent les meilleurs étalons. Mais en réalité, il s’agit de privilégier avant tout, ceux-là qui de quelque manière adhèrent sans condition aucune à la loi tacite de l’omerta. Car, c’est bien de cela dont il s’agit au su du cloisonnement de l’information généralement de mise au sein des gouvernements respectifs sous le Renouveau.

Sinon, comment comprendre la véritable discrimination de mise quand vient l’heure d’évaluer la gestion des membres du gouvernement ? En effet, autant on peut comprendre les sanctions infligées à certains et attestées par leur impopularité, autant on ne comprend guère la longévité de certains autres, quand bien même rien ne les y autorise. Dans ce charivari où Paul Biya tient le rôle de maître absolu du jeu, on comprend mieux qu’il en soit à faire des chaises musicales, son mode opératoire récurrent, quitte à circonscrire au mieux la promotion de personnages nouveaux moins portés sur l’adhésion servile au statu quo ex ante. C’est le cas malheureusement de le dire, quand après plus d’une dizaine d’années passées au gouvernement, Paul Biya ne parvient toujours pas à favoriser l’émergence de membres du gouvernement à tous points de vue objectifs et moins enclins aux compromissions de toutes natures ayant malheureusement cours au sein de ceux-ci. A titre d’illustration, combien de fois aura-t-on vu des ministres impopulaires maintenus alors que, tout semblait indiquer leur imminente sortie du gouvernement ? Nul doute que la prochaine équipe gouvernementale n’échappera pas à cette règle non équipe qui voudrait que Paul Biya maintienne quelque noyau nucléaire en lequel il voudrait bâtir ses équipes gouvernementales successives. C’est donc dire qu’une fois de plus, on aura droit à des ministres septuagénaires si ce n’est plus, question pour Paul Biya de disposer de congénères qui le comprendraient mieux et qui oeuvreront à perpétuer la tradition d’un enrôlement conséquent aux pseudo secrets d’Etat qui dictent l’aliénation de toute logique objective, quand vient l’heure d’apprécier quelque décision du Chef de l’Etat. Si telle est la caractéristique de nos gouvernements respectifs sous le Renouveau, il urge pourtant pour Paul Biya d’y apporter des mutations profondes, au risque de ne point assouvir le dessein qui semble lui dicter une telle option : s’octroyer quelque porte de sortie honorable en simulant au passage, la désignation tacite d’un dauphin. Analyse faite cependant, on comprend mal qu’il en soit davantage à pérorer sur sa fin de règne que sur l’impératif de s’arrimer au mieux aux mutations socioéconomiques qui lui imposent des hommes nouveaux. Dès lors, on comprend aisément pourquoi il ne peut qu’évoluer avec les hommes de sa génération qui, séniles comme lui, se préoccupent peu de l’avenir et s’en tiennent davantage à préserver leur strapontin et bien évidemment leur vie. Comme quoi, si le culte de la personnalité s’entend une option qu’on croyait révolue, elle a plutôt la peau dure au Cameroun où elle a inexorablement été peaufinée, pour revêtir une dimension accordant la part belle à la gérontocratie. Mais pour combien de temps encore, quand on sait que même l’être humain ne résiste pas indéfiniment à l’usure du temps?


camer.be)/n
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