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Au Cameroun, silence sur la commémoration du décès du nationaliste Um Nyobe

Le 59e anniversaire de la mort de Ruben Um Nyobe a lieu ce mercredi. Pourtant, dans le pays, aucune cĂ©rĂ©monie officielle n’est organisĂ©e pour se souvenir du nationaliste.

L’Union des populations du Cameroun (UPC) laisse le soin aux responsables de ses structures de base d’organiser localement des « manifestations de leur choix » pour commĂ©morer le 59e anniversaire de la mort de Ruben Um Nyobe ce mercredi 13 septembre 2017. Cet indĂ©pendantiste est mort fusillĂ© le 13 septembre 1958 Ă  LibenligoĂŻ (un village Bassa de la rĂ©gion du Centre).  De 1948 Ă  1958, Ruben Um Nyobe aura dĂ©fendu l’idĂ©e d’une indĂ©pendance « pleine » et « entière » du Cameroun, ainsi que la rĂ©unification « immĂ©diate » des deux Cameroun (anglophone et francophone).

« Ce jour est important pour nous parce qu’il rappelle que lorsqu’on est un homme politique sa vie ne vaut rien. Seuls les objectifs qu’on poursuit sont dignes d’intĂ©rĂŞt », indique le prĂ©sident de l’UPC, Victor Onana.

Au niveau du parti historique, les activitĂ©s de l’UPC autour de la commĂ©moration du dĂ©cès de Ruben Um Nyobe sont mises Ă  mal par des problèmes internes. Ce mercredi, un recueillement est menĂ© Ă  EdĂ©a, dans certaines fosses communes et LibenligoĂŻ. Dans le mĂŞme sillage, une cĂ©rĂ©monie d’inauguration d’une stèle en mĂ©moire de Ruben Um Nyobe s’est tenue Ă  EsĂ©ka, sous la conduite du dĂ©putĂ© Bapooh Lipot, exclu du parti…

-Le prix du nationalisme-

Ruben Um Nyobe est nĂ© le 10 avril 1913 Ă  Eog Makon (dĂ©partement du Nyon-Ekelle). Il intègre l’UPC après avoir militĂ© dans plusieurs mouvements syndicaux comme l’Union des syndicats confĂ©dĂ©rĂ©s du Cameroun (USCC), une organisation qui rĂ©clamait, entre autres, une Ă©galitĂ© salariale entre Blancs et Noirs. La situation dans les colonies finit par pousser l’USCC Ă  rĂ©clamer la fin des relations d’autoritĂ© entre l’administration française et les populations camerounaises.

Absent Ă  la crĂ©ation de l’UPC dans un bar de Ndokoti en avril 1948, il adhère au parti dont il devient le deuxième secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral en novembre de la mĂŞme annĂ©e. Il s’opposera au pouvoir colonial français, suscitant ainsi un Ă©lan national sans pareil et rĂ©ussit Ă  dĂ©clencher le processus d’indĂ©pendance qui aboutira en 1960.

L’indĂ©pendance du pays suit pourtant un chemin tortueux qui aura menĂ© Ruben Um Nyobe et les autres leaders et sympathisants du parti, dissĂ©minĂ©s Ă  travers les rĂ©gions du Centre, Ouest et Littoral, dans le « maquis ». En 1955, il se cache dans les forĂŞts et crĂ©e, le , une armĂ©e dĂ©nommĂ©e le ComitĂ© national d’organisation (CNO), laquelle est placĂ©e sous le commandement d’Isaac Nyobè Pandjok, un ancien combattant de la Seconde guerre mondiale. En 1958, il est repĂ©rĂ© par les troupes françaises et abattu de plusieurs balles.

Lire aussi: Au Cameroun, des enfants d’UpĂ©cistes racontent leurs vies pendant le maquis

-Celui qui porte la parole des siens-

En sa qualitĂ© de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’UPC, Ruben Um Nyobe a revendiquĂ© la fin de la tutelle française sur le Cameroun devant l’Organisation des Nations unies, d’oĂą le nom « Mpodol (celui qui porte la voix des siens)«  qui lui fut attribuĂ©. Entre 1952 et 1954, Ruben Um Nyobè se rend trois fois Ă  l’Onu. Le 17 dĂ©cembre 1952, il fait un discours devant la Quatrième Commission de l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’Onu oĂą il fixe les conditions de la dĂ©colonisation du Cameroun. ReprĂ©sentant un ensemble de huit organisations syndicales « qui n’ont pas eu d’argent pour le dĂ©placement [pour Manhattan, Ndlr], Ruben Um Nyobe demande qu’un programme-Ă©cole » soit mis en place pour permettre aux camerounais de s’approprier les rouages de l’administration publique et de la gestion du pays. DurĂ©e dĂ©terminĂ©e pour ladite formation: dix ans.

-RehabilitĂ© « hĂ©ros », mais toujours point d’honneur pour lui-

La mĂ©moire de Ruben Um Nyobe est rĂ©habilitĂ©e depuis le 16 dĂ©cembre 1991. Lui et trois autres figures de l’histoire nationale – Ahmadou Ahidjo, Ernest OuandiĂ© et FĂ©lix-Roland MoumiĂ© – ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un dĂ©cret du prĂ©sident Paul Biya, reconnaissant leurs oeuvres pour « la naissance du sentiment national, l’indĂ©pendance ou la construction du pays, le rayonnement de son histoire ou de sa culture ».

Cette rĂ©habilitation visait Ă  dissiper tout prĂ©jugĂ© nĂ©gatif qui entourait toute rĂ©fĂ©rence Ă  ces personnes. Aucun geste fort n’a cependant Ă©tĂ© posĂ© pour  commĂ©morer les combats de Ruben Um Nyobe. La rĂ©ception de Daniel Ruben Um Nyobe, fils unique de l’indĂ©pendantiste, et sa maman Marie Ngo Njok Yebga au Palais de l’unitĂ© le 20 mai 2017, fut saluĂ©e dans le pays et considĂ©rĂ©e comme un petit pas pour rĂ©concilier le Cameroun avec son passĂ©.


A l’occasion du 59e anniversaire de la mort de Ruben Um, aucun discours officiel des membres du gouvernement n’a Ă©tĂ© prononcĂ©e, ni aucune cĂ©rĂ©monie organisĂ©e en hommage au dĂ©funt. Rendu Ă  la fin de l’après-midi, aucune Ă©vocation sur le sujet n’a encore Ă©tĂ© faite dans les mĂ©dias publics.

« Voila un  monsieur qui est mort dans le dĂ©ni total de ce qu’il Ă©tait et qui, 59 ans plus tard, continue de hanter le sommeil de ceux qui l’ont tuĂ© et qui, malgrĂ© leurs dires, n’ont pas rĂ©ussi Ă  les discrĂ©diter aux yeux de l’opinion publique. Au contraire après l’avoir cĂ©lĂ©brĂ© au point d’en faire un hĂ©ros national, n’ont toujours pas compris que ce monsieur mĂ©rite la reconnaissance suprĂŞme de la nation. C’est un panthĂ©on qu’on devait dresser pour lui et Ă  ses compagnons« , indiquĂ© le prĂ©sident du parti historique, Victor Onana.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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