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Cameroun: hommage Ă  Joseph Ndi-Samba!

Par Vincent-Sosthène Fouda, Président du Mouvement camerounais pour la social-démocratie (M.C.P.S.D)

En gĂ©nĂ©ral, quand on prend la parole dans de pareilles circonstances c’est pour encenser la mĂ©moire de celui qui au bout de son parcours physique gĂ®t reposĂ©, sans souffle ni voix dans sa bière. Je vais m’y atteler sans coup fĂ©rir.

Joseph Ndi-Samba est nĂ© Ă  Ayene le 30 mai 1941 c’Ă©tait un vendredi, au lever du jour. Il est fils de Samba Mbang Moise et de Esther Nyangono. Du toit de la case familiale, trois puissants cris de joie stridents avaient retenti pour m’annoncer ce grand Ă©vènement. Ainsi les femmes qui passaient panier au dos pour le marchĂ© de Vimli le samedi et la messe du dimanche apportèrent la nouvelle jusqu’aux berges de Mfou. Il alla Ă  l’Ă©cole dans ce village Ayene jusqu’au CM2 et en 1964 entre travaux champĂŞtres et initiation Ă  la culture de ses ancĂŞtres, il dĂ©crocha son baccalaurĂ©at en 1964 avant de s’envoler pour Londres oĂą il obtient un Certificate in English studies for foreign Students en 1966. Il regagne le Cameroun et pendant qu’il prĂ©pare sa licence Ă  l’universitĂ© de YaoundĂ©, il dirige le Collège Madeleine, il est licenciĂ© ès lettre en 1969. Pour ce parcours brillant et fort Ă©logieux, honneur et respect.

Joseph Ndi-Samba comprendra très vite, lui qui a su marcher des dizaines de kilomètres Ă  pied pour chercher l’instruction, combien celle-ci est nĂ©cessaire pour le jeune Etat du Cameroun indĂ©pendant seulement depuis 6 ans, voilĂ  pourquoi il va se rapprocher des s urs du saint C ur de Marie dĂ©jĂ  installĂ©es Ă  Mbalmayo mais aussi Ă  Mvog Ada dans ces locaux Ă©ternels de l’Ecole Notre Dame des Victoires pour lancer les Cours du Soir Institut Samba afin de permettre aux hommes et aux femmes qui travaillent dans la journĂ©e de pouvoir s’instruire le soir – l’UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al est nĂ©e ainsi sous l’impulsion des JĂ©suites pour donner une chance de dĂ©veloppement au Canada français. Pour cette vision de l’Ă©ducation, honneur et respect.
Joseph-Ndi Samba laisse donc une uvre Ă©ducative immense de deux collèges et d’une universitĂ©.

Ce village AyĂ«nĂ©, que je traduirai par vision, Epiphanie si l’on prend dans la racine grec c’est-Ă -dire ce qui apparait a mĂ©ritĂ© Joseph Ndi Samba comme vous pouvez le voir – dans nos traditions bantou, l’on ne prĂ©sente pas Ă  un nĂ©ophyte tout comme Ă  un initiĂ© le karitiĂ© dans la forĂŞt parce qu’il se montre lui-mĂŞme. AyĂ«ne s’est rassemblĂ© pour donner naissance Ă  l’arrondissement de NkolMetet qu’il a construit Ă  la force de ses bras en allant puiser au plus profond des valeurs ekang qui sont l’avuman, l’anyang et le mgba. Pour l’ensemble de cet uvre, honneur et respect.

Vous comprendrez donc que je ne puisse point parler de cet homme pluridimensionnel, le professeur de langue compĂ©tent, le fondateur, le maire, le bâtisseur, le citoyen honnĂŞte, l’homme d’affaire avisĂ©, le père attristĂ© par certains Ă©checs de sa progĂ©niture, oui entre ces diverses personnalitĂ©s, je ne saurais qui choisir ni pourquoi d’ailleurs.

Je suis cependant persuadĂ©, que Joseph Ndi-Samba, qui s’est endormi dans les bras de ses enfants Ă  9h 53, le vendredi 13 mai 2016 Ă  YaoundĂ©, voulait partir sans bruit, comme il a vĂ©cu ces dernières annĂ©es, entre ses rĂ©flexions, ses Ă©missions radio, ses Ă©crits testamentaires, ses petits-enfants, ses amis, ses frères et s urs, ses parents. Oui car Joseph Ndi-Samba Ă©tait cet adzap majestueux Ă  la cours du père qui Ă©tend ses branches aux quatre coins du monde : l’avuman.

Joseph Ndi-Samba Ă©tait d’une certaine Ă©cole, d’une certaine race d’homme, cette race en voie de disparition dans notre pays, cette race qui a ce pays sous la peau. Cette race qui questionne l’Ă©lite, cette race qui pense Ă  l’indispensable classe moyenne, cette race qui refuse l’indigence, qui refuse le maintien dans l’ignorance programmĂ©e du peuple des bas quartiers, de nos villages. Joseph Ndi-Samba avait une haute estime de la vĂ©ritĂ© et pensait qu’il fallait la dire pour sortir le pays des affres du sous-dĂ©veloppement mais ils savaient aussi que les angoissantes vĂ©ritĂ©s en plaisent pas et n’offrent malheureusement au patriote convaincu qu’un parcours du combattant stĂ©rile.

Joseph Ndi-Samba dans cet espace intemporel, indĂ©fini, sans dimension et sans couleur, dans ce vide plein de mĂ©moires, dans ce silence de la non existence qui sait de quoi est fait l’après ?

Joseph Ndi-Samba, fut un homme curieux, sceptique, qui questionnait en permanence cette nature qui nous entoure et dont nous sommes Ă  la fois la somme et le produit…Et, qui connait l’essence et le contenu de cette nouvelle dimension dans laquelle tu es aujourd’hui plongĂ©?

Joseph Ndi-Samba a su tendre la main pour organiser notamment l’enseignement privĂ© dans notre pays, c’est lui qui y invita le Père Engelberg Mveng Ă  ouvrir le Collège le Sillon – c’est lui qui m’a donnĂ© des conseils quand j’ai eu l’idĂ©e de construire chez moi Ă  YaoundĂ© un Ă©tablissement scolaire.

La raison et la science se penchent de plus en plus sur ce qui dans le passĂ© n’Ă©tait qu’un acte de foi et, le pĂ©riple d’après la vie sur terre reste une grande interrogation de l’Homme de tous les temps et de toutes les cultures. Alors « keleu osu » pars en Ă©claireur, qu’on t’ouvre la porte, entre et, au grĂ© de tes rencontres, touche l’Ă©ternitĂ© et:
– Dis Ă  Machiavel que la fin ne justifie pas seulement les moyens, ici elle justifie tout.

– Dis Ă  Marcel Nguini que l’esprit des Ekang suit le cours nlong et de so’o mais que la loi n’arrive pas toujours Ă  orienter nos esprits dans des actes rĂ©flĂ©chis. – Dis Ă  Karl Marx que l’antagonisme de classes n’a pas produit de rĂ©volution puisque l’inexistence de conscience de l’idĂ©e de pays ici n’a pu engendrer que l’atomisation en clans, de tribus, de familles, la dĂ©sintĂ©gration de l’État, la dĂ©sarticulation de l’administration publique. Comme nos ancĂŞtres, « L’Ă©goĂŻsme met tout au singulier, la charitĂ© veut le pluriel » telle a Ă©tĂ© ta ligne directrice.

– Dis Ă  Nelson Mandela qu’un apartheid sournois et vicieux prend racine en nous comme une vermine et qu’aucune commission de vĂ©ritĂ© ne verra le jour ici parce que l’histoire en alternant allègrement sans Ă©gard ni sentiment le rĂ´le du bourreau et de la victime atrophie cyniquement la vĂ©ritĂ©.

Mais surtout :
– Dis Ă  Martin Paul Samba que si c’est vrai que nous avons gagnĂ© la guerre pour la libertĂ©, nous avons perdu la bataille contre la misère, l’Ă©galitĂ© et la fraternitĂ©. Dis-lui aussi que 102 ans après son exĂ©cution, le pays ekang est engluĂ© dans les problèmes fonciers au point oĂą demain nous ne saurons plus oĂą cultiver, vous honorer les ancĂŞtres.

– Dis Ă  Engelberg Mveng que la jeunesse actuelle ne s’identifie pas aux milliers de sacrifiĂ©s Ă  l’hĂ´tel de la Patrie. Dis-lui que nous avons du mal Ă  crĂ©er l’Ă©motion collective, que la 5ème colonne est plus que jamais prĂ©sente parmi nous, qu’elle n’arrĂŞte pas de monter en première ligne au point de dĂ©manteler tout ce qu’il a construit.

– Dis Ă  Um Nyobè qu’il avait raison quand dans une confidence du 18 aoĂ»t 1957 il avait prĂ©dit le risque que les gardiens du troupeau se convertissent en loup. En effet, le troupeau a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ© par le berger.

– Dis Ă  Charles AssalĂ© que son rassemblement du monde paysan a Ă©chouĂ© et que ce qui reste du monde paysan patauge dans une misère empreinte d’indiffĂ©rence, de traĂ®trise et de lâchetĂ©. Dis-lui aussi que les morts inutiles, prĂ©coces injustifiĂ©s de tous les jours se demandent pourquoi ?

– Dis Ă  ton père AndrĂ© Fouda, que la famille se porte bien, que les enfants ont des enfants qui Ă  leur tour ont des enfants. Mais dis-lui aussi que YaoundĂ© qui l’a vu naitre et oĂą reposent ses restes n’a toujours est privĂ© d’eau courante et d’Ă©lectricitĂ© !

– Dis Ă  ton voisin Alexandre Biyi Awala Mongo Beti que jusqu’Ă  maintenant beaucoup d’hommes persistent Ă  se croire supĂ©rieurs Ă  d’autres hommes. Dis-lui aussi qu’on continue de violer les livres, de priver la jeunesse de connaissance, de tronquer le savoir.


– Dis Ă  Jean-Marc Ela ton visiteur du soir qu’on continue Ă  immoler les symboles du savoir et que la mise en dĂ©route de l’intelligence se poursuit pendant que l’ignorance continue d’ĂŞtre une vertu. Parle-lui des difficultĂ©s que les enseignants rencontrent dans l’exercice de cette noble fonction qu’est la transmission du savoir.

– Dis Ă  Sr Johanna de Nkol-mewout que le soleil a brĂ»lĂ© la rosĂ©e et que mĂŞme si les fleurs persistent Ă  Ă©clore la promesse des fruits est une chimère.

– Dis Ă  Jeanne-Irène Mone Ngono que des centaines de d’adolescentes patrouillent les rues et trottoirs de Mbalmayo, Ebolowa, Soa, Mini-ferme etc. et que dans des contorsions effrĂ©nĂ©es vendent Ă  bas prix leur adolescence et leur innocence dans des bordels fumeux comme Ă  Casablanca.

Et finalement, si tu croises André-Marie Mbida demande-lui de te remettre le Drapeau national, celui-là même qui recouvre ton cercueil ce matin afin que nous en fassions un patrimoine national.
Monsieur Joseph Ndi-Samba, A Ndi-Samba Nyangono, a man mvog Ndi, a man ngoan ya Mfou, bebela a nyo ! Otsit o bii Omgba Samba, mvog Omgba Samba besë be dzogo ayi loé, ngogué enga yi koui, benë tara a wu dze ?
Quand on se rencontrera Ă  nouveau dans ce couloir de lumière, sache que je serai content de te revoir et comme on le faisait le samedi matin, on reparlera de livres, d’histoire, du pays ekang, de danses folkloriques, de socialisme, certainement de politique, et bien sĂ»r du Cameroun que nous chĂ©rissons tous les deux!

Je voudrais terminer comme j’ai commencĂ©, en levant les yeux vers le levant, pour te voir passer a couchant, vers l’embouchure de cette rivière millĂ©naire, je n’ai aucun mĂ©rite de le faire, mais pour l’homme singulier que tu fus dans tes rapports Ă  la vie et Ă  la mort, toi l’Ă©nigme intellectuelle dans cette partie du Cameroun qu’est la rĂ©gion du Centre, tu es l’Adzap dans toute sa splendeur, tu es arrachĂ© de terre mais cet arrachement nous permet de mieux apprĂ©cier tes racines.

Je voudrais terminer comme tu l’aurais fait, par un conseil, sikulu be tara disais-tu
« O ne za a man Beti ?
Me ne man Engong
Nbalane y Ekang
Nlod Zen y’Esondo ai Bekon
Atobo nnam y’Emomilang
Ntebe nzang binying bisë
E bi bia yene E bi bi ne te yene
Ma ve, ma va’a Ntondobe a kulghi so
Nala o ne mbeng, o to fe nsĂ´sĂ´ »

Ovon keng, mba yoat.

Vincent-Sosthène Fouda.

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