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Cameroun: hommage en chanson de Petit Pays aux morts d’Eseka

Par Jean-Claude Ndjamen, Journaliste

L’artiste Petit Pays a exprimé inexorablement une vraie communion d’esprit avec le peuple camerounais meurtri et victime d’un pouvoir dirigé de main de maître par un seul homme qui fait des victimes y compris parmi ses sbires. Cette musique « Peur dans la Cité » mérite d’être bien écoutée mais surtout comprise. Elle peut surprendre à plus d’un titre si l’on considère les « liens » supposés privilégiés de ces derniers avec la famille présidentielle. Il fait d’ailleurs bien souvent des éloges des enfants du Chef de l’Etat camerounais comme de bien de ses collaborateurs dans certaines de ces chansons.

Mais il faut aussi louer ici pour qui en doutait encore le talent de Claude Moundi alias Petit Pays qui est en réalité de façon générale plus du côté du peuple que de la classe oligarchique. Sa musique populaire en est édifiante et qui le connaît au quotidien sait que son mode de vie relève de celle de la classe moyenne. Il n’est pas nécessaire de signaler que le paraître ne fait point partie de tout portrait que l’on pourrait lui attacher.

L’homme qui salue ici spontanément la mémoire des morts d’Eseka est d’une ingéniosité hors norme. A travers cette démonstration de l’artiste, il décline de façon à peine voilée les forfaits et les abus du Chef de l’Etat camerounais Paul Biya ayant pour conséquence fatale la morosité du peuple camerounais. Il se garde pourtant de le citer nommément preuve s’il en est de son intelligence artistique. Qu’il vous souvienne aussi de belles chansons comme « Même les Chefs d’Etats meurent » ou encore « De quoi avez-vous peur ?(.) Vous avez peur de quoi ». Ces sorties témoignent s’il en était encore besoin du côté empathique de cet artiste emblématique qui aime son pays, y vit, y a construit, aide des jeunes à connaître ce dur métier qu’est la musique.

Même si dans « Peur dans la cité » Petit Pays ramène finalement le « bourreau » de ce peuple meurtri à ses responsabilités devant Dieu le moment venu comme pour dire terre à terre « tu nous dépasses sur terre, là-haut tu rendras compte à qui de droit », idée rappelant la sortie du cardinal Christian Tumi assez récente, idée philosophiquement amenant au fatalisme et démontrant un dépit, une exaspération que l’on peut comprendre aisément en s’appuyant sur des faits réels relevant de la gouvernance de ce monsieur. Le fait de vivre à Genève et de signer des décrets à Yaoundé n’est-il pas déjà mystérieux ? Il n’est point besoin de dire qu’aucun président au monde ne peut constamment être en mission chez lui, de passage chez lui sans risquer sa place.

Les Camerounais doivent au demeurant dépasser, réfuter l’idée que ce sera à Dieu de juger un homme qui les gouverne car il ne paraît pas intelligible que Dieu soit au service des questions de gouvernance sur la terre. Paul Biya le sait aisément. Chaque peuple a le chef qu’il mérite.

Le souvenir d’autres pays comme le Burkina-Faso démontre que Dieu n’agit pas qu’à la fin de l’existence terrestre de l’Homme. Et au nom de quoi seuls les Camerounais n’auraient-ils que Dieu pour les défendre là où Dieu a donné la liberté aux autres de se battre par eux-mêmes pour laver leur honneur, donner une direction à leur pays ?

En effet, le propos était de saluer l’artiste Petit Pays pour cette compassion et cette solidarité artistique savamment orchestrées qui laissent percer une imbrication harmonieuse du deuil présent, des souffrances d’un peuple et de sa soif d’être libéré non sans dénoncer des injustices, les incarcérations politiques, les délits d’opinions, les deux poids deux mesures dont souffre un peuple qui subit une dictature douce et des morts brutales malheureusement. Des gens sont emprisonnés par d’autres méritant tout autant la prison semblait-il dire avec un contournement digne d’un chantre de la liberté, de la démocratie, du développement mais surtout de l’amour entre les peuples, les gens, un humaniste sincère dont la dernière sortie vient de relever le niveau.

Petit Pays – Peur dans la cité.
Hommage aux victimes d’Eseka du 21 octobre 2016.

L’artiste camerounais Petit Pays.
Droits réservés)/n


A SAVOIR

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