Dossiers › Présidentielles 2011

Cameroun: Jean Jacques Ekindi, le chasseur de lion!

Victime de «la fessée nationale souveraine», le député de Wouri 1, candidat aux présidentielles 2011, est un polytechnicien gradé

Il y a du lion sur la scène politique camerounaise mais il existe aussi un chasseur déclaré, son identité remarquable sa barbichette mais aussi ses cheveux toujours conservés « il y a un candidat qui s’était déclaré comme étant un lion -le président Biya ndlr- il était donc normal qu’on affirme notre détermination en le chassant, puisque pour un homme la destinée d’un lion c’est d’être chassé. De ce point de vue là, tant que les oppositions politiques se perpétuent et que les politiques pratiquées sont les mêmes il va de soi que je continue la chasse » justifie Jean-Jacques Ekindi pour expliquer le choix de son pseudonyme politique « chasseur de lion ». Le chasseur de lion tient toujours son fusil depuis 1992, parti en 1991 du Rassemblement démocratique peuple camerounais (Rdpc) parti au pouvoir, son revirement politique a conduit à la création du Mouvement progressiste (Mp), mais pour qui se souvient du jeune étudiant engagé que fut Jean Jacques Ekindi à l’école des mines de Paris en 1968, ses prises de position et son charisme politique sont le fruit d’un long parcours truffé d’embûches. Plus d’une fois candidat malheureux aux élections présidentielles du Cameroun, il n’entend pas lâcher du lest pour l’échéance en cours, si en 2004 « les morts n’étaient pas morts » -son slogan politique- en 2011 Jean-Jacques Ekindi souhaite qu’une chance soit accordée au Cameroun à travers lui pour le sortir de ses disfonctionnements, pour ce faire il sait que la préparation est une vertu cardinale en politique au-delà de la simple ruse « quand on se lance dans ce type de bataille pour la première fois on a beaucoup d’enthousiasme mais on est beaucoup moins enclin à considérer les fondamentaux d’une bataille électorale. Et les fondamentaux d’une bataille électorale c’est la stratégie, c’est l’organisation, c’est les moyens et c’est la capacité de drainer avec soit un projet relativement cohérent ».

3e diplômé africain noir d’une grosse académie française
Toute chose que cet ancien étudiant a assimilée pendant son brillant parcours académique. Troisième diplômé africain noir de l’École polytechnique (X65) et de l’École des mines, il entame ses études à Douala sa ville natale dans laquelle il voit le jour 17 Janvier 1945. Fils du Dr Dioh Ekindi et de Kwin Suzanne Ekindi née Mutomè, Jean Jacques Ekindi est inscrit en 1950 à l’école de Sa’a (département de la Lékié / Cameroun), 2 ans plus tard il revient à Douala poursuivre ses classes à l’école principale de Deido. Reçu au concours d’entrée au Lycée Leclerc de Yaoundé en 1956, il rejoint 24 mois après le Lycée Marcel Roby à St Germain en Laye / France. S’ensuivent des classes préparatoires – hypotaupe et taupe – au Lycée Louis Le Grand à Paris. Un prestigieux parcours qui s’achève par un Diplôme d’ingénieur de l’Ecole polytechnique de Paris, un Diplôme d’ingénieur de l’École des Mines de Paris et certificat de maîtrise d’ouvrage en urbanisme.

Activiste et ancien pensionnaire des prisons politiques camerounaises
Il rentre au Cameroun à la fin de ses études. L’enrôlement politique de cet homme commence dans son pays d’accueil, Jean-Jacques Ekindi est vice-président de l’Union Nationale des Etudiants Kamerunais (UNEK – mouvement estudiantin proche de l’UPC alors bannie au Cameroun) à la fin des années 60. Chargé de l’information et de la rédaction en chef de la revue « L’Etudiant du Kamerun » il y exprime ses opinions au travers de nombreux articles. Contestataire né, le mouvement de mai 1968 trouve en lui un véritable écho. Outre ses prises de position et son activisme avec l’UPC, il ne fait aucun doute que sa prise de parole tranchante à une session de la commission nationale des bourses en 1970 à Yaoundé, lui vaut d’être appréhendé par la police politique et incarcéré à la fameuse BMM (Brigade Mobile Mixte) de Yaoundé. Jugement rapide du Tribunal Militaire de Yaoundé, Jean-Jacques EKINDI est inculpé pour « subversion et atteinte à la sûreté de l’Etat ». Il est condamné à 5 ans d’emprisonnement avec un sursis de 3 ans et une amende. Il effectuera 16 mois de prison ferme à Yaoundé et à Batouri, sous le régime de « l’assignation à résidence dans la prison ».

Jean Jacques Ekindi, candidat à l’élection présidentielle au Cameroun
Jean Jacques Ewong/journalducameroun.com)/n

Le nouveau souffle politique et la fessée nationale souveraine
L’arrivée de Paul Biya au pouvoir en 1982 lui donne un nouvel espoir. En 1986, Jean Jacques Ekindi opte pour le Rdpc et milite quelques mois au sein du parti unique avant de remporter haut la main l’élection à la présidence de la prestigieuse section départementale du Wouri (ville de Douala et ses environs) devant des caciques de cette ville. Copté au Comité Central de ce parti en 1988 ainsi qu’à la Commission des affaires politiques au Congrès (en 1990), il crée un courant progressiste au sein du Rdpc. Lors de la compétition municipale de 1987, Jean-Jacques Ekindi, tête de liste, remporte une victoire écrasante contre la liste conduite par le Président du Conseil Municipal de Douala. Mais le parti refuse son investiture au poste de Maire de Douala 1er qu’il était légitimement en droit d’occuper de facto. Son colistier Dooh Priso est investi maire sans avoir eu à donner son avis sur la question. Aux législatives de 1988, il est à nouveau écarté de « sa » propre liste par un décret de non cumul de fonctions qui ne s’appliqua guère qu’à lui-même et à un ou deux autres candidats. En 1990, il est son propre successeur à la présidence de la section Rdpc du Wouri. Le 21 mai 1991, courroucés par les méthodes du Rdpc, Jean Jacques Ekindi quitte le Rdpc et crée le Mouvement progressiste (MP). Pour la première fois, il s’oppose à Paul Biya lors de la présidentielle de 1992 et acquiert ainsi son surnom de Chasseur du « Lion ». Les premières élections pluralistes du Cameroun sont très suivies ! L’homme est charismatique, ses sorties sont médiatiques, ses coups de gueule marquent les esprits. Il fait montre de courage en défiant « l’homme lion » et ses forces armées. Résultats des courses, après trois prestations radiodiffusées et télévisées, Jean-Jacques Ekindi est strictement interdit d’antenne. Le résultat des élections est sans appel pour Jean-Jacques, seuls restent en lice Ni John Fru Ndi du SDF et le Président sortant Paul Biya. Les affaires du Chasseur de Lion périclitent. Son activisme au sein de l’opposition lui vaut quelques déconvenues au rang desquelles, la « Fessée nationale souveraine » qu’il reçoit en compagnie d’autres leaders de l’opposition et de la société civile à la brigade de gendarmerie du port. Leur crime : une marche pour revendiquer la « Conférence nationale souveraine » au nom du Directoire, organe dirigeant du rassemblement des partis de l’opposition et des associations dont il était Secrétaire Général.

Jean Jacques Ekindi et ses camarades

Député de la nation
En 1996, il se présente à nouveaux aux élections municipales de Douala et n’obtient que quatre sièges. Il refusera de siéger. En juillet 2007, il est élu Député de Douala 1er. Sa joie est de courte durée car quelques mois seulement après son élection, sa femme, son chauffeur et garde du corps et sa mère décèdent. Son élection fait néanmoins grand bruit dans la presse et suscite beaucoup d’enthousiasme. Les rumeurs de son entrée au gouvernement n’ont pas cessé depuis lors, d’autant plus qu’il a changé de ton et qu’il s’est illustré à plusieurs reprises avec le Président Paul Biya dans des apartés sibyllins. Outre son rôle de Député et de Conseiller Municipal, Jean-Jacques Ekindi est également Secrétaire de la Commission des Finances de l’Assemblée et membre de l’Union Interparlementaire. Depuis 2009, il est le principal promoteur, avec le soutien du gouvernement, de la Foire Internationale de Douala pour le Développement. Sur le plan professionnel, il a vendu ses services à des entreprises françaises de grande renommée dès la fin de ses études, notamment le groupe Société Générale, puis chez Arthur Andersen en qualité de consultant, avant de se lancer dans les affaires avec sa défunte épouse. Mais derrière cet invétéré de la politique se cache un côtier, un véritable Sawa -peuple du littoral camerounais-, père de quatre enfants et veuf d’un lit après des années de polygamie. Il est aujourd’hui âgé de 66 ans, un âge qui semble bien couronner sa maturité d’homme, d’acteur politique mais aussi de chasseur de lion qui a désormais plus d’une flèche à son arc.


http://jeanjacques2.ekindi.com)/n


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