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Cameroun: la déchéance de nos artistes!

Par Jean-Claude Ndjamen, Journaliste

L’artiste devrait ĂŞtre le nerf sensible de la sociĂ©tĂ©. Car dans sa position de marginal par ses idĂ©es hors norme. Il doit pouvoir dĂ©crypter les choses cachĂ©es. On attend de lui une vision futuriste et prĂ©visionnaire. S’il critique le rĂ©el, ça doit ĂŞtre dans le but d’Ă©veiller une population hypnotisĂ©e par le rythme infernal de la vie que domine une petite oligarchie dirigeante.

L’artiste de par son art, sa musique lorsqu’il est chanteur, nous renvoie Ă  un rĂ©el que nous occultons tous les jours. Certains appels sont retentissants. Le « MĂ©tro-Boulot-Dodo » d’Alexandre Douala alias Douleur nous parle encore en occident plusieurs annĂ©es après. Le « Mama » d’un Elvis Kemayo, rappelant les souffrances d’un digne immigrĂ© incapable d’aller Ă  la rencontre de sa mère malade au pays natal et suppliant le seigneur de la garder en vie, ses moyens Ă©tant limitĂ©s nous parle. Le « De quoi avez-vous peur » d’un Adolphe Claude Alexandre Moundi, alias Petit Pays, peut-ĂŞtre dansons-nous sans le savoir est un appel Ă  un peuple amorphe, peureux, hypnotisĂ© par 300 vieillards face Ă  « une foule qui ne sait pas faire foule » pour parler ici comme AimĂ© CĂ©saire.

Je ne sais pas si ce profil d’artiste existe de nos jours chez tous nos chanteurs. Les histoires parisiennes relatives aux chanteurs avec une dĂ©claration forte comme celle du promoteur culturel Simon Benda annonçant que Ben Decca ne vaut plus 4000 euros sur le marchĂ© en disent long sur la dĂ©chĂ©ance de nos chanteurs si dĂ©sormais dĂ©valuĂ©s que très peu en sont des artistes.

Mais pourquoi sont-ils dévalués ? A qui la faute ?
En dehors des critiques que l’on fait constamment et avec raison sur la politique culturelle de nos pays, indignes, sans accompagnement des artistes, sans projets communs, il faut dire avec force que certains artistes sont la cause de la dĂ©valuation de leur statut.

Tenez, j’ai un ami pour qui j’ai de la considĂ©ration qui chante bien. Cela fait des jours qu’il m’appelle de Douala pour souhaiter que je complète l’argent de son billet d’avion pour un concert dĂ©jĂ  prĂ©vu ici en France pour quelques jours. A la question de savoir ce qui justifie que les promoteurs ne lui aient pas achetĂ© son billet, il me rĂ©pond très sincère, qu’il a signĂ© son contrat avant son voyage sur le Cameroun. Les promoteurs le sachant, si on est logique en France, ceci signifie qu’il a perçu une avance qui a servi Ă  son voyage. Il vit donc comme le prouvent ses dizaines d’appels le cauchemar de ne pas respecter un contrat pour lequel il s’est engagĂ© et a obtenu probablement une avance.

Un autre cas de figure est celui d’un chanteur bien connu pour son arrogance. J’ai du mal Ă  comprendre pourquoi nous continuons d’appeler tous les chanteurs artistes. Tout chanteur est-il un artiste ? Les artistes dignes de ce nom doivent avoir du recul, un esprit critique, de la dignitĂ© et surtout avoir une parole. Avoir une parole, cela signifie dĂ©jĂ  une bonne Ă©ducation.

Belka Tobi a Ă©tĂ© le week-end dernier l’exemple typique de ce que ne doit pas ĂŞtre un artiste s’il se rĂ©clame tel. Il a Ă©tĂ© contactĂ© via son manager un certain « Gouverneur » pour une prestation en Belgique. Le rendez-vous est pris dans un hĂ´tel Ă  Nanterre, la banlieue parisienne oĂą descendent ces promoteurs ; le prĂ©sident d’une association camerounaise qui organise des festivitĂ©s et le sieur Bouneck qui l’accompagne.


Belka Tobi ne vient pas au rendez-vous là où il est attendu mais exige que ces derniers le retrouvent dans un bistrot dans le 18e non loin de château-rouge. Est-ce vraiment un lieu décent pour signer un contrat de prestation digne de ce nom ? Ne pouvait-il se passer pendant une heure de ses « formules » et autres pour répondre à ce rendez-vous qui était pris de longue date ? Toujours est-il que ces messieurs surpris du dilettantisme de ce chanteur sont rentrés en Belgique très déçus.

Les artistes doivent susciter du respect parce qu’ils se respectent. Ils ont pour but d’Ă©veiller les sens de la population, d’Ă©duquer les plus jeunes, de faire rĂŞver d’un monde meilleur. On ne s’appelle pas artiste si l’on vit baignĂ©, attachĂ© aux banaux plaisirs de la vie sans distanciation critique avec le rĂ©el et une force de dĂ©passement qui incite les populations au changement vers un monde toujours meilleur.

Les faux artistes qui usent de leurs talents pour trouver de quoi vivre sans pour autant comprendre la finalitĂ© de l’art… Ceux-lĂ  sont les artistes ignorants ou pas du tout des artistes.

Les artistes doivent ĂŞtre gĂ©nĂ©rateurs d’Ă©vènements…Si c’est pour vivre comme un homme ordinaire, comme toi, comme moi, comme tout le monde, c’est qu’on est un porteur de titre mais pas un artiste.


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