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« Cameroun: La grande peur du régime à la veille de l’ouverture de la Campagne »

Par Vincent Sosthène Fouda du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie

Dans moins de trois semaines, le peu d’électeurs inscrit sur les listes électorales va se prononcer sur les exécutifs communaux, choisir les parlementaires et enfin livrer le pouvoir à son triste destin. Le RDPC sans ses alliés excepté le pouvoir central est dans une situation délicate – mais qui trouvera une conclusion heureuse, je n’en doute pas – l’implantation nationale, l’expérience de la chose électorale, la fraude seront à son service face à une opposition certes rassemblée mais en panne de leader. Je l’ai déjà dit, je le répète : le résultat dépendra de celles et ceux qui vont se déplacer pour introduire leur bulletin de vote dans les urnes prévues à cet effet. Soir après soir, je me bats pour convaincre de l’absolue nécessité d’un vote en valeur de l’opposition élevée, pour permettre un rassemblement cohérent et – relativement – aisé : cet objectif me semble réaliste, la mobilisation est plus qu’honorable pour ce type d’élections, je sens dans le « peuple de camerounais », par opposition à ceux qui nous gouvernent, monter une volonté forte de sanction et un désir puissant d’alternance, face à un régime et un Parti des Flammes méprisant mais qui doute et ne se reconnaît plus dans ses propres candidats et ses propres listes avec lesquelles il joue à cache-cache dans plusieurs circonscriptions. En invitant à nouveau à ne pas baisser la garde, c’est cette « grande peur » du régime en place que je voudrais évoquer aujourd’hui.

Oui, le régime a peur. Il craint, évidemment, la déroute lors des élections législatives et municipales, sans en exagérer l’impact. Ce sont, en effet, des élections locales, intervenant deux ans seulement après la brillante réélection du Président Paul Biya à la tête du Cameroun. Pour ce qui est des législatives, le Parti des Flammes était presque seul au parlement, en dehors de deux ou trois noms de l’opposition, Ekindi, Nitcheu, Mbah Ndam, les autres ont été transparents. On aurait donc pu penser que les législatives serait une balade de santé pour le RDPC que non ! Pourquoi le pouvoir tremble donc si fort au point d’utiliser la fraude, les intimidations, le débauchage des militants, les recrutements incestueux pour se rassurer. Tout est parti des primaires annoncées mais non tenues et des investitures désignations qui ont vu la base du parti renvoyé dans les tribunes comme spectateur et de Sparck journal proche du pouvoir de voir dans ces investitures le moyen choisi par la minorité régnante de mettre dans les exécutifs communaux et d’envoyer au parlement épouse, maitresses et concubines chaque qualificatif ici ayant sa place. Le 30 septembre prochain, quel que soit le résultat, chacun devra être conscient que 2018 n’a pas commencé et qu’il ne s’est pas joué là. Les oppositions camerounaises qui ont tenté cette fois à défaut de se rassembler, des conciliations devront se souvenir, que le Président Paul Biya est le maître du jeu et du temps, qu’il a gagné la présidentielle de 2011 avec plus de 85% des suffrages exprimés. Personne ne sous-estimera, non plus, la signification de cette consultation. Je suis très frappé, au contraire, de la fébrilité, voire du découragement que ressentent les quelques parlementaires du Parti des Flammes qui ont été reconduits. Ceux et celles qui ont été « remerciés » se sentent trahis par les amis d’hier et ont déterré la hache de guerre. Ce qui est vrai chez les parlementaires l’est encore plus chez les conseillers municipaux. Hier réservé aux villageois, le conseiller municipal a pris des galons par la force du décret. Le Président a fait de lui un grand électeur lors des sénatoriales et a reçu une gratification de cinquante mil francs CFA en ces temps de grande misère au Cameroun.

Les conseillers ne se recrutent donc plus parmi la population villageoise pour ce qui est des municipalités rurales, ce sont des caciques de la caste régnante qui dévorent tout en prévision des échéances futures. Les régionales notamment où l’on verra à nouveau les conseillers municipaux et les parlementaires jouer un rôle de premier plan. Inutile de laisser ce pouvoir entre les mains de ceux et celles qui ne comprennent rien à la volonté de puissance. Oui car c’est de cela qu’il s’agit, de pouvoir et non de service à la collectivité, il ne s’agit point d’une gestion de proximité avec le transfert de certaines compétences aux collectivités décentralisées. Il ne s’agit point de résoudre le problème du manque d’eau, de la pénurie d’électricité, du manque d’école, d’enseignant dans l’ensemble du territoire nationale. Non il ne s’agit point de créer des infrastructures comme des routes, comme sortir les camerounais les pieds de l’eau en cette période de pluie. Dieu seul sait les bas-fonds des marécages dans lesquels vivent nos populations. Pour la minorité régnante c’est le contrôle du pouvoir central qui est en jeu, pour elle la guerre de succession est ouverte. Voilà pourquoi elle a créé ce malaise au sein de son propre électorat de de sa base et aujourd’hui regarde d’un mauvais il l’opposition tenter de parfaire ce scrutin en s’installant dans ce qui hier était considéré comme le bastion du Parti des Flammes. La Mefou Akono est en ébullition avec une entrée certaine de l’UNDP au parlement par ce département. A l’Est Olivier Bilé éteint progressivement les Flammes en investissant à coup certain les exécutifs communaux à cause de l’exclusion des populations autochtones comme les Pygmées, les Djems et les Ziémis de la course par la minorité régnante.

Chaque région du Cameroun a une petite histoire aujourd’hui et une grande frustration envers l’establishment. Les militants du Parti des Flammes sont en colère et parlent de vote sanction malgré les appels à l’ordre lancés çà et là, ces populations tant méprisées ces militants à tout faire, dans les villes comme dans les territoires ruraux et enclavés, le renversement du Parti des Flammes n’est plus une perspective mais une réalité. Ce sont ces hommes à tout faire jusqu’au crime de sang qui déplorent aujourd’hui la théâtralisation de l’encartement d’Aminatou Ahidjo, ils la trouvent excessive et désordonnée.

Il faudrait cependant admettre que le Parti des Flammes n’est pas mort pour et par ce double scrutin car il y a de nombreuses circonscriptions législatives et municipales où il n’a pas d’adversaire ce qui lui permet de mener par une score déjà de 20 contre 0 pour les législatives et plus de 120 à 0 pour ce qui est des municipales. Il est donc à moins, d’une abstention record certain, d’avoir la majorité au sortir de ce double scrutin.

Je voudrais m’intéresser au regard que la minorité régnante pose sur le Président de la République. Ce qui me frappe le plus est la perte de confiance voire l’isolement dans lequel est confiné Paul Biya. Il reste le Président du RDPC mais en est-il toujours le Chef ? Domine-t-il et illumine-t-il toujours sa famille politique ? Paul Biya est longtemps apparu à ses troupes comme une solution, le leader naturel, l’inspirateur, certains ce sont faits ses créatures, il était le passeport pour la victoire. Aujourd’hui, il devient à leurs yeux un problème et une menace pour la défaite. Le Président de la République et non moins Président du Parti des Flammes pour la minorité dominante et régnante a perdu la main. Ainsi la circulaire signée par lui le 6 juillet 2013 relative aux investitures pour le double scrutin législatif et municipal n’a été respecté par personne en commençant par les deux Secrétaires Généraux jusqu’aux différents délégués envoyés dans les différents départements du pays. Tout laisse à croire que le Président a perdu l’apparence même de la fermeté et de l’énergie, il ne lui reste que coups de menton et silence tueur pour l’ensemble du pays.

Les affirmations hasardeuses vont à tout vent, fermeture et non fermeture des églises dites du réveil, arrestation et non arrestation des magistrats militaires, fermeture de la frontière avec la RCA et ou réouverture de la même frontière. La minorité régnante ou contrôlant le Président de la République, l’a installé dans une démarche hésitante la même qui hier était rassurante au point de paraître arrogante : « Qui sont-ils, ces marchands d’illusion. » « Me voici donc à Douala. » Disait-il encore s’adressant à ses adversaires politiques. Toutes les positions du Chef de l’Etat et Président du Parti des Flammes sont aujourd’hui contestées de l’intérieur, quand Jean Francis Belibi de Cameroon Tribune analysant le 7 juillet 2013 la circulaire du Président relative aux investitures écrit : « Fini donc ces candidats qui se faisaient élire à la fois à l’Assemblée nationale et au sein d’un conseil municipal pour opter finalement pour l’un ou l’autre. De même qu’il est relevé que la participation à une commission de supervision des investitures est incompatible avec la qualité de candidat à l’une des élections organisées ». C’est sans compter sur tous ces paramètres. Ainsi donc non seulement nous avons des Maires candidats à la députation mais aussi des Sénateurs candidats au poste de maire comme c’est le cas dans Douala 5ème avec l’aval à la fois du Comité Central du Parti des Flammes et de la Chambre Administrative de la Cour Suprême.

Si les membres de différentes commission de supervision des investitures se sont abstenus de se présenter directement mais indirectement ils ont présenté épouse, maitresses, concubines, gendres etc. Les deux contentieux pré-électoraux respectivement à la Cour Suprême siégeant comme Conseil Constitutionnel et la Chambre administrative nous ont donné l’occasion de voir jusqu’où la minorité régnante pouvait transgresser les règles du Président en son propre sein. Tout cela fait que la parole présidentielle, à force de répétitions et de contradictions, n’est plus audible, et débouche sur un rejet d’une grande violence, envers un Chef de l’Etat qui se voit contraint, pour éviter les huées, de vivre en reclus. Ses retours au Cameroun se font, devant des publics choisis et en des lieux sécurisés : Les femmes de l’OFRDPC de la Haute Sanaga village de son épouse et d’une grande partie de sa famille biologique, groupe de danse du Nyong et So’o nous sommes là vraiment en pleine rupture de charisme présidentiel, une perte de contact définitive avec la population ! Oui vous me direz peut-être qu’il n’a jamais été un homme de grand contact mais ceci n’est pas synonyme de rupture totale.

De fait, les ressources politiques du Président Biya, dans l’hypothèse d’une lourde défaite à ce double scrutin, sont minces. Il devra, sans doute, remanier son gouvernement, après avoir envoyé inutilement nombre de ses ministres, qui avaient cru en de fausses promesses, au « casse-pipe ». Mais la relève est tout sauf évidente, le personnel du Parti des Flammes n’est pas pléthorique ni d’une qualité évidente. sauf peut-être chez les « Frères » dans les loges et autres. Surtout, son véritable problème devient. l’ensemble de son équipe gouvernemental. Chacun de ses ministres voit chaque jour son ambition personnelle grandir, chacun se nourrit, par effet de contraste, de ses propres faiblesses. Nous sommes dans le chaos car le Président de la République au soir de la proclamation des résultats de se double scrutin sera face à un véritable dilemme : changer toute son équipe gouvernementale, c’est faire sauter un fusible de son infaillibilité longtemps entretenue dans son camps et provoquer ainsi chez son carré de fidèles une incompréhension. Ne pas le faire, c’est se condamner à être l’ombre. de son ombre. Qui aujourd’hui représente vraiment un espoir au sein du RDPC et qui s’inscrit dans la logique du Président de la République ? Un leader convaincant, rusé et entraînant, habile et courageux ?

En vérité, ce que le Président Paul Biya devrait changer, c’est lui-même, sa politique, sa conception de la République. Je suis persuadé pour ma part que le rejet frappe d’abord une politique d’injustice sociale, inégalitaire et inefficace, et qu’une majorité de Camerounais ne veut plus d’une omni-présidence qui donne l’impression de concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’un clan étroit, à la conduite arbitraire, qu’il y a au contraire l’attente d’une gouvernance plus collégiale, plus responsable, d’une Présidence plus arbitrale.

La difficulté pour le Président est qu’il s’est tellement engagé dans une autre voie, qu’il est moins visible aujourd’hui et qu’il a pris des rides et certainement des coups allant vers la déception. Il n’est pas homme à se renier ou à abdiquer, mais il ne peut pas non plus persévérer dans son être. Il est donc confronté à une double impasse : son rapport aux autres, mais aussi à lui-même. N’est-il pas, déjà, trop tard pour qu’il devienne vraiment, enfin, Président de la République ?

C’est pourquoi la caste régnante, en effet, a des raisons sérieuses d’avoir peur. Il revient à l’opposition de ne point lui laisser des motifs de respirer : dans cette campagne qui s’ouvre, l’opposition doit tout faire pour mobiliser, rassembler motiver les populations à participer à ce scrutin. Elle doit refuser de se contenter des impressions positives du terrain. Le Cameroun ne sortira grandi de ce scrutin que le RDPC prend conscience du mal fait à la Nation toute entière.


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