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Cameroun: La langue maternelle de moins en moins parlé

Les langues locales disparaissent dans nos sociétés au profit des langues étrangères

De moins en moins au Cameroun, les enfants s’expriment dans leur langue maternelle. Le constat a été fait dans plusieurs familles à Yaoundé. Les parents s’adressent à leurs enfants en français ou en anglais. C’est le cas dans la famille Ngatuessi au quartier Carrière à Yaoundé, dans la famille Molife à Mimbomam, ainsi que dans la famille Mve au quartier Ekounou. Dans ces différentes familles, difficile d’entendre une seule brèche de la langue maternelle dans la bouche des enfants. Nos parents ne nous parlent pas le patois. Je ne comprends pas et je ne parle pas non plus. Je peux juste m’exprimer en français, confie Yantchou Melissa, jeune fille de 16 ans dont le père est Banganté et la mère Bayangam, deux localités de l’Ouest du pays pourtant proches géographiquement et culturellement. Généralement, le phénomène s’observe au sein des familles dont les parents ne sont pas originaires de la même ethnie.

Afin d’éviter que le dialecte de l’un des parents ne l’emporte sur celui de l’autre, les conjoints sont souvent amené à choisir le Français où l’Anglais comme moyen de communication avec leurs enfants. [b Moi je suis Bamileké et j’ai épousé un Béti. Mes enfants ne parlent aucune des deux langues. Dans un premier temps, ma femme et moi ne voulons pas que les enfants soient embarrassés. Pour l’éducation de mes enfants, je mets l’accent sur les langues que les enfants étudient à l’école. Notamment l’anglais et le français», explique M. Mvé.
Au-delà de cette fuite en avant de certains parents, la disparition des langues maternelles dans nos sociétés est tributaire du phénomène de mondialisation. De nos jours, les jeunes camerounais ont tendance à copier les modèles importés. S’habiller, marcher, parler comme le « blanc » sont devenus la raison d’être de bon nombre d’entre eux. Un phénomène largement entretenu et même vulgarisé par les médias. S’il est établi que les chaînes étrangères sont de puissants outils de promotion des cultures occidentales, c’est l’inverse au Cameroun où les médias locaux produisent l’essentiel du contenu de leur programme en français et en anglais.

Stopper l’hémorragie
Face à la menace qui plane sur les langues maternelles, les pouvoirs publics ont décidé de saisir le taureau par les cornes en adoptant un certain nombre de mesures. La constitution de la République du Cameroun du 18 janvier 1996 protège et promeut les langues nationales. Il en de même de la loi d’orientation de l’éducation d’avril 1998 qui prévoit l’introduction des langues nationales dans le système éducatif formel. Aussi, le programme officiel de l’ex ministère de l’Education nationale (Mineduc), recommande une heure d’enseignement des cultures nationales dans chaque classe. Le projet qui peine encore à s’installer dans toutes les régions du pays est toutefois déjà expérimenté entre autre dans le grand Nord avec notamment l’enseignement d’autres langues comme le Mofu, le Karang, le Baya, le Fufuldé. Dans la région du Littoral, le Collège Libermann expérimente également l’enseignement des langues nationales. L’établissement confessionnel catholique a introduit dans son programme du premier cycle l’enseignement du Douala, du Bassa et de l’Ewondo.

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