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Cameroun : la paix encore recherchée trois ans après le Grand dialogue national

Le Grand dialogue national n’a pas réglé la question de la crise
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a présidé le Grand dialogue national

La crise anglophone se poursuit, des exactions se multiplient dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Une certaine opinion appelle encore à un nouveau dialogue entre le gouvernement et les séparatistes.

 

Trois ans après le Grand dialogue national, la crise sociopolitique et sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest se poursuit. Les affrontements entre l’armée et les séparatistes font davantage de morts et de blessés. Les deux camps qui s’affrontent continuent de commettre des exactions.

Parmi quelques derniers actes, figurent ces trois femmes arrosées de balles par un élément des forces armées. Sept civils viennent d’être tués par des séparatistes dans un car de transport à Muyuka. Cinq prêtres, une religieuse et deux fidèles  récemment enlevés à Mamfé par des hommes armés sont  encore  en captivité…

Pourtant, en convoquant le Grand dialogue le 10 septembre 2019, le chef de l’Etat a fixé son objectif principal. Il s’agissait de trouver des voies et moyens pour répondre aux aspirations profondes des populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et de toutes les composantes du Cameroun. Réuni du 30 septembre au 4 octobre 2019, le dialogue a rassemblé au moins 400 participants. Huit commissions d’au moins 50 personnes ont été constituées en dehors des séances plénières pour discuter des thématiques précises en dehors d’une bonne partie des séparatistes. Le gouvernement a qualifié la rencontre d’une « réussite ».

Solutions à la crise anglophone 

Au bout de  cinq jours, les débats ont débouché sur une cinquantaine de recommandations. A la place du fédéralisme ou de la création de l’Etat d’Ambazonie, le dialogue a prescrit l’accélération et l’approfondissement de la décentralisation. Ce que le code général des collectivités territoriales décentralisées du 24 décembre 2019 reprend, en accordant un statut spécial aux deux régions en crise. Ce statut est centré sur leur particularités linguistique (Anglais), juridique (Common law) et éducatif (système anglo-saxon).

Un ministère de la Décentralisation et du développement local a vu le jour. Les premiers conseils régionaux ont pris fonction en fin 2020 début 2021. Une Commission pour la promotion du bilinguisme a été créée. Les centres de désarmements démobilisation et réinsertion accueillent les anciens combattants de Boko Haram et les séparatistes. Plus de 300 personnes incarcérées dans le cadre des manifestations de la crise ont été libérées. Le président de la République a mis sur pieds un fonds de reconstruction des régions en crise. Mais, ces mesures et tant d’autres, n’ont pas réussi à désamorcer la crise.

Signes d’une crise anglophone qui va perdurer

Les séparatistes ne déposent pas les armes. Ils étendent leur champ d’opération dans la région de l’Ouest frontalière à la région du Nord-Ouest. Ils poursuivent avec les enlèvements, la tuerie des civils, la destruction des hôpitaux et des écoles, etc. Le chef suprême des armées vient de redistribuer les cartes au sein des commandements territoriaux de la défense. Le général Bouba Dobekréo qui prend la tête de 5è région militaire interarmées couvrant le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, dit venir apporter une réponse à la paix.

« Ils ont en face d’eux un guerrier et je vais apporter une réponse pour la paix. Le message  que je passe, c’est de déposer les armes pour construire le pays, pour qu’on arrive à la paix, pour qu’on arrive vers la reconstruction de ce pays », é déclaré l’habitué de Boko-haram le 19 juillet 2022 à l’issue de son installation à Bamenda.

Bien que les combats se poursuivent, le défi du gouvernement est la reconstruction des régions anglophones. C’est du moins ce qu’a déclaré le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, à la 77è Assemblée générale de l’ONU le 26 septembre 2022. Or, certaines figures comme Me Felix Agbaor Balla, défenseur des droits de l’homme, demandent au gouvernement de discuter avec les leaders séparatistes tels Sisiku Ayuk Tabe actuellement en prison suite à une condamnation à perpétuité en 2019. Peine confirmée en appel le 17 septembre 2020.

 


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