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Cameroun: La société des palmerais indexée par un nouveau rapport

Le problème est aujourd’hui porté devant l’observatoire européen pour la coopération et le développement

De nouvelles plaintes contre Socapalm
Quatre associations qui ont regroupé leurs forces pour enquêter sur les pratiques de la Société Camerounaise de palmeraies (SOCAPALM), ont présenté au public, un rapport très critique sur les méthodes d’exploitation de cette entreprise, contrôlé à 40% par le groupe français Bolloré. Les associations, deux camerounaises, le Centre pour le développement et l’environnement (CED) et la Fondation camerounaise d’actions rationalisées et de formation sur l’environnement (Focarfe); une en France, l’association Sherpa, et une en Allemagne, Miserior, ont expliqué que la Socapalm faisait l’objet d’un montage financier complexe. Les bénéfices de l’exploitation d’huile de palme par exemple, seraient rapatriés vers des holdings luxembourgeoises, afin de payer moins d’impôts sur les sociétés. Les associations disent aussi avoir relevé des atteintes à l’environnement et aux droits des travailleurs. La manière dont la société conduit ses activités altère la qualité de leur environnement et présente un risque sérieux pour leur santé. Les communautés riveraines vivent par ailleurs sous la menace permanente des rondes menées par les agents de la société de surveillance. Les salariés de la plantation se voient imposées des conditions de travail et d’hébergement déplorables, peut on lire dans le résumé du rapport. Ces associations ont ainsi démontré que la Socapalm ne respectait pas les standards des principes directeurs de l’Observatoire européen pour la coopération et le développement (OCDE). Une plainte pour ce manquement a été déposée auprès de cette instance, à l’encontre des sociétés Bolloré (France), Financière du champ de Mars (Belgique), SOCFINAL (Luxembourg) et Intercultures (Luxembourg). Toutes quatre exerçant ensemble « le contrôle des opérations sur place ».

Ce n’est pas la première fois que cette société est épinglée par des rapports dénonçant le non respect des lois nationales et internationales. En 2008 déjà de nombreux employés de cette société s’étaient mis en grève, en raison du mauvais traitements dont ils disaient faire l’objet. La gravité de la situation avait été dénoncée dans une publication de Julien-François Gerber, qui avait fait une étude sur les Bagyeli, un groupe de populations vivant aux environs des sites d’exploitation de la Socapalm. Dans son rapport, il indique que du point de vue de la santé, les Bagyeli affirment que les maladies sont devenues plus fréquentes aux abords de la plantation. Les problèmes liés à la mauvaise alimentation et à la pollution de l’eau (produits agrochimiques, érosion) s’aggraveraient notamment par le manque d’accès à leur pharmacopée traditionnelle (cas d’avortement fréquents, problèmes intestinaux chroniques). Ne faisant pas partie du personnel salarié, les Bagyeli n’ont pas accès gratuitement aux hôpitaux et aux écoles appartenant aux plantations. De son côté les autorités camerounaises se sont toujours refusés à se prononcer sur le sujet face aux médias locaux. Appelé à témoigner sur le sujet lors du procès en diffamation opposant le groupe Bolloré à France Inter, un ministre camerounais avait simplement indiqué que les accusations de violations constatées au sujet de l’exploitation des entreprises du groupe dont la Socapalm, relevait de la manipulation, car le Cameroun était un Etat de droit. La Socapalm est aujourd’hui l’une des seules trois entreprises cotées en bourse à Douala la capitale économique du Cameroun et 30 000 personnes seraient dépendantes de la Socapalm.

L’action de ces associations est néanmoins risquée. L’exercice des associations est risqué : depuis sa dernière victoire contre la chaîne de radio France Inter, Bolloré menace systématiquement de poursuites tous ceux qui travaillent sur le sujet. C’est la raison pour laquelle ces associations ont choisi de déposer ce qu’on appelle une « circonstance spécifique » devant les points de contact nationaux (PCN) belge, français et luxembourgeois. Les PCN sont des délégations auprès de l’OCDE chargées de faire respecter les normes internationales en matière économique et sociale. Lors de ce procès en diffamation qui concernait toutes les activités du groupe Bolloré au Cameroun, le tribunal avait retenu la bonne foi de France Inter sur le cas de la Socapalm. Les avocats du groupe avaient d’ailleurs eu moins d’arguments sur le cas de cette entreprise. Ils ont même conseillé le retrait d’une seconde plainte en diffamation engagée contre la photographe Isabelle Alexandra Ricq qui a fait un reportage photo sur le sujet. Une autre raison de ce choix de procédure est aussi que devant les juridictions, le groupe Bolloré a toujours prétendu qu’il n’était pas logique de lui imputer des responsabilités sur la situation d’une entreprise sur laquelle il ne détenait que 40% des parts. La décision de l’OCDE sera très attendue.

L’environnement des paysans de plus en plus occupé par des plantations
Alexandre Ricq)/n
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