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Cameroun: La vérité de Francis Nana dans le dossier de l’avion présidentiel

Directeur de Sygma Finance, il est l’expert financier qui a enquêté sur l’achat des avions de Camair

Il ne va pas sans dire que le dossier judiciaire de l’acquisition d’un avion présidentiel a produit ces dernières semaines de prétendus «prisonniers politiques» et un ramdam médiatique dont la puissance ébranle sérieusement le pouvoir et menace la paix civile que nous chérissons tant au Cameroun. En effet, après 4 années de détention préventive le TGI de Yaoundé a acquitté M. Atangana Mebara des chefs d’inculpation en liaison avec l’avion présidentiel conduisant, selon les dires de la presse, la Présidence de la République à adresser au Président dudit Tribunal une demande d’explication. La presse s’est émue d’apparents tripatouillages de la justice visant à maintenir injustement M. Atangana Mebara en prison. Mais le plus fort est venu des réactions de M. Marafa Hamidou Yaya suite à son arrestation, ce dernier ayant choisi la presse avec un succès médiatique sans égal pour récuser le juge d’instruction, comme M. Atangana Mebara, et dérouler au moyen de lettres ouvertes de choc, un argumentaire étoffé pour s’auto-proclamer «prisonnier politique», et innocent. En comptant Ephraim Inoni ça fait 2 Secrétaires Généraux de la Présidence de la République et un Premier ministre dans ce dossier. C’est énorme.

Je sors du silence que je me suis imposé depuis 2008 car il m’apparaît nécessaire et opportun pour le bien de tous que l’on mette un terme au chaos et au cirque actuel. J’ai en effet qualité et substance pour dire que M. Atangana Mebara, M. Marafa Hamidou Yaya, M. Yves Michel Fotso, et M. Polycarpe Abah Abah ne sont ni des prisonniers politiques ni des innocents au vu d’une part des investigations que j’ai menées à travers le monde et des multiples dénonciations les visant que j’ai effectuées notamment au Cameroun et en Suisse dans le cadre de l’exécution de mon mandat à la Camair, et d’autre part des recherches personnelles que j’ai menées à ce jour avec mes moyens propres afin de voir clair dans une affaire qui, sans que je ne l’ai aucunement anticipé au départ, m’a transporté dans les méandres du pouvoir camerounais et causé beaucoup de torts. Seules la vérité, la justice et la paix m’intéressent et je suis convaincu qu’il en est de même pour tous les camerounais ainsi que le Président de la République. Je n’ai aucun intérêt à être le défenseur ou le bourreau de qui que ce soit. Cependant, cette vérité fait très mal et il faut la révéler car les raisons du fiasco de ce projet sont une insulte à l’intelligence de tous ces camerounais qui excellent partout dans le monde y compris au Cameroun et qui, s’ils avaient été amené à contribuer à ce projet nécessaire et indispensable, l’auraient fait avec succès et patriotisme, que le FMI le veuille ou non. Sous d’autres cieux, la honte insupportable, vu le statut des participants, aurait poussé le chef à enterrer le dossier pour toujours mais au Cameroun le chef a décidé de sanctionner malgré la responsabilité que veulent lui faire porter M. Marafa Hamidou Yaya et à un degré moindre M. Atangana Mebara. Je serais le dernier à me plaindre.

La position infondée du FMI lors du lancement de ce projet
Un élément malheureux est à l’origine du fiasco de ce projet, je veux dire l’opposition de principe du FMI et de beaucoup de gens même aujourd’hui vis à vis de l’acquisition d’un aéronef au motif qu’il y a mieux à faire avec l’argent. Il s’agit d’une erreur de jugement car cette position de principe est émotionnelle et ne résiste pas à l’analyse économique et financière. Le Chef de l’Etat ne prend pas les lignes régulières commerciales et c’est toujours vrai aujourd’hui au Cameroun ou ailleurs et il en sera de même demain. Un Président ça se déplace donc il faut louer ou acheter. Louer est plus cher économiquement et stratégiquement (disponibilité) qu’acheter. C’est un fait incontestable. Si on avait laissé les techniciens de la finance (mathématiques financières et investissement) faire des analyses (cout/bénéfices/financement structuré) la position du FMI n’aurait pas prospéré et M. Yves Michel Fotso n’aurait pas eu l’opportunité de monter son coup et le projet de s’enliser pour diverses raisons. La SNH a avancé de l’argent, le Trésor Public a remboursé, et la terre ne s’est pas arrêtée de tourner ni le FMI de discuter avec le Cameroun. Or que se passe t-il aujourd’hui ? Beaucoup d’argent a été dépensé en pure perte et au profit de quelques personnes et depuis 10 ans le Cameroun loue. Je serais curieux de savoir si le Directeur Financier de la Présidence de la République ou de la SNH a fait une actualisation des factures payées depuis lors afin que l’on compare avec le coût initial du projet de 68 millions US$. La position du FMI a mis sous tension les parties, conduisant le Cameroun qui pour moi avait raison, de quitter la voie de la transparence et du normal pour tomber dans les bras d’un escroc qui avait parfaitement compris l’opportunité. Les experts du FMI ou de la Banque Mondiale ne prêchent ni la parole de Jésus ni celle du prophète Mahomet et font des erreurs comme tous les êtres humains.

L’accusation actuelle contre M. Atangana Mebara
La charge émotionnelle a conduit à privilégier une analyse focalisée sur l’Albatros comme si le choix de cet appareil était une infraction. Par contre il y a eu une très mauvaise gestion de ce choix, avec des conséquences pénales au vu des sommes dépensées et détournées, et de l’absence injustifiée à ce jour de réclamation. Le fait d’avoir trop insisté sur la thèse du complot ou de l’attentat a fait perdre beaucoup de temps et d’énergie. Ensuite, on a focalisé l’attention sur M. Atangana Mebara en lui imputant une tentative de détournement de fonds publics, ayant pour fondement la lettre du 6 mai 2003 de M. Kevin Walls dans laquelle ce dernier propose le transfert de l’avance détenue par GIA vers APM pour la sécuriser, et la réponse de M. Atangana Mebara marquant son accord. Ces comportements devraient en effet susciter des interrogations. Mais il y a doute si la somme visée par la tentative était déjà elle-même détournée. De surcroît la proposition vient de M. Kevin Walls et à moins qu’on prouve que c’est M. Atangana Mebara qui l’a suscitée, c’est plutôt M. Mebara qui aurait pu être la victime d’une proposition saugrenue et douteuse de la part de M. Kevin Walls. La rupture sans motif légitime d’un contrat entre la Camair et GIA invoquée par l’accusation, M. Fotso et M. Marafa et imputée à M. Mebara est inopérante dans le cas d’espèce que ce contrat ait été écrit ou verbal (et il était verbal et d’une qualification complexe en droit américain), et n’aurait jamais du être retenue ni débattue. M. Yves Michel Fotso (d’après ma documentation) avait rompu ce contrat en octobre 2002 avec transfert de tous les actifs vers la société Irlandaise TLL (Treasury Leasing Limited), sachant que M. Fotso (ADG de Camair) contrôlait GIA qui avait été capitalisée à 100% avec l’argent public camerounais. Si on parle d’un contrat entre Boeing et GIA, celui-ci d’après ma documentation a été signé le 7 juin 2002 et a été résilié d’un commun accord le 4 novembre 2002. Dans tous les pays du monde, il arrive que dans certaines enquêtes, la pression soit telle qu’il faille absolument et rapidement trouver un coupable ou bouc émissaire. Une telle stratégie peut conduire à une situation où M. Atangana Mebara pourrait avoir commis une ou des infractions réelles et graves mais parce qu’on ne fait pas une enquête rationnelle et dans les règles de l’art on ne les met pas en évidence.

La léthargie inexplicable de M. Atangana Mebara, et de M. Meva’a Meboutou malgré l’instruction de M. Paul Biya
Pendant qu’on poursuivait M. Atangana Mebara et qu’il croupissait en prison depuis 2008, un suspect de taille sinon le principal, M. Yves Michel Fotso à qui j’ai imputé le détournement des 31 millions US$ depuis 2005, que j’ai dénoncé en Suisse en 2005 dans l’enquête «Kourata», qui a été inculpé en Suisse donnant lieu à 3 commissions rogatoires depuis 2007, était toujours libre de ses mouvements et se comportait comme s’il bénéficiait d’une immunité de fait jusqu’à son arrestation en novembre 2010. Il y a un fait constant dans ce dossier qui m’intrigue et qui à mon avis devrait être l’angle principal d’investigation de la justice si on veut la vérité et toute la vérité. Qu’ont fait les gestionnaires de ce projet à partir du moment où des signaux alarmants ont commencé à leur parvenir s’agissant du risque de perte ou de détournement de l’avance de 31 millions US$ versée à GIA en août 2001? Ce que je note c’est la léthargie de tous les intervenants dans ce dossier et leur incapacité manifeste à s’opposer à M. Yves Michel Fotso pendant toutes ces années. Or, on peut lire dans un document de défense de M. Atangana Mebara «convoqué par le Président de la République, je quitte Yaoundé le 27 septembre 2002 à destination de Genève en Suisse. Il me demande… de prendre en mains le dossier de l’acquisition de l’avion présidentiel, dont il ne comprend pas le non-aboutissement, alors que un important acompte a déjà été versé» et que par la suite lors du choix de la solution intérimaire instruction a été donné de récupérer.


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