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Cameroun: La vérité sur l’affaire Michel Thierry Atangana

Joël Didier ENGO

« La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera » Emile ZOLA

En mai 1997, était arrêté Michel ATANGANA, victime des règlements de compte politiques au plus haut niveau de l’État entre Paul BIYA et Titus EDZOA, victime des jalousies que son succès suscitait dans l’océan de médiocrité qui l’entourait, victime de son refus d’épouser les filles de ministres que ces derniers lui présentaient. Accusé de détournements d’argent public dans le cadre de ses activités de président du COPISUR (le COPISUR était une structure chargée de la construction des axes routiers de Yaoundé-Kribi et de Ayos-Bertoua), il a été condamné à 15 ans de prison en 1997 puis à 20 nouvelles années en 2012. Détenu arbitrairement depuis 16 ans au Secrétariat d’État à la Défense à Yaoundé, cet innocent a été victime de nombreuses contre-vérités afin de le rendre infréquentable et de le jeter à la vindicte populaire.

Ce document revient sur quelques-unes de ces contre-vérités:

1- Michel ATANGANA est de nationalité camerounaise ? FAUX !
Michel ATANGANA est né au Cameroun en 1964. Après être parti en France pour faire ses études supérieures, il acquiert la nationalité française le 1er décembre 1988. Lorsqu’il revient au Cameroun, les autorités camerounaises lui délivrent une carte de résident étranger, preuve qu’il est entré sur le territoire camerounais en tant que Français! Or, la loi camerounaise prévoit qu’une personne qui a une autre nationalité perd automatiquement sa nationalité camerounaise! Michel ATANGANA est donc bien français et les autorités camerounaises l’ont toujours su.

2- Michel ATANGANA a détourné de l’argent public? FAUX !
Les procès à charge et irréguliers qui ont été menés contre Michel ATANGANA n’ont absolument rien prouvé. Accusé sans preuve, Michel ATANGANA a été condamné sans preuve. Et pour cause: quand quelqu’un est innocent, il est impossible de trouver la moindre preuve de culpabilité! Cerise sur le gâteau: la Commission nationale anti-corruption (CONAC) écrit dans son rapport 2011 qu’il y a bien eu des détournements d’argent dans le cadre de la construction des axes routiers de Yaoundé-Kribi et Ayos-Bertoua mais que ces détournements ont été le fait de ministres en fonction APRES l’arrestation de Michel ATANGANA. Autrement dit, pendant que l’État intente un procès contre Michel ATANGANA pour détournement de fonds, le même État – via la CONAC – exonère de fait Michel ATANGANA de l’accusation de détournement de fonds!

3- Michel ATANGANA a bénéficié de procès équitables? FAUX!
Les procès intentés contre Michel ATANGANA montrent un acharnement de l’arbitraire afin de détruire un homme. En 1997, Michel ATANGANA est condamné à 15 ans de prison à l’issue d’un procès expéditif de quelques heures, sans être assisté d’un avocat et sans la moindre preuve contre lui. Le pouvoir lance alors une deuxième procédure pour essayer de trouver des preuves contre Michel ATANGANA. Après une longue instruction, un juge d’instruction prononce en 2008 un non-lieu total en faveur de Michel ATANGANA. Bien loin de la période où il était un opposant virulent à Paul BIYA, Monsieur Issa TCHIROMA, Ministre de la Communication, évoque alors publiquement les «élucubrations d’un juge d’instruction», marquant par de telles déclarations le non-respect de la séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire. C’est dans cette ambiance de pressions à peine voilées sur la justice que le pouvoir exécutif fait appel du non-lieu et relance la machine judiciaire contre Michel ATANGANA. Un procès qui s’étale sur près de 3 ans a alors lieu. A cette occasion, de graves et répétées violations des droits de la défense et du respect des procédures sont une nouvelle fois commises.

Quelques exemples :

– les témoins qui avaient témoigné à charge contre Michel ATANGANA se sont rétractés. Ils ont expliqué qu’ils ont menti car ils avaient compris que, s’ils n’accusaient pas Michel ATANGANA, ils iraient en prison. Autrement dit, ces «témoins à charge» ont été en 1997 victimes de pressions afin de faire des faux témoignages.

– le Procureur s’appuie sur des faux documents (faux relevé bancaire, faux rapport ministériel,.)

– le Procureur fait pression sur les témoins et les experts pendant que ces derniers déposent devant le Tribunal
– une quantité impressionnante de pièces comptables qui permettaient à Michel ATANGANA de prouver son innocence ont mystérieusement disparu du dossier (alors que les PV de perquisition prouvent qu’elles ont bien été saisies en 1997)

– il s’avère que le rapport de l’expert Luc-Paul NJOCK censé impliquer Michel ATANGANA est un travail fait sur commande, comme l’a piteusement révélé l’ «expert» NJOCK devant le tribunal. Les révélations de Monsieur NJOCK n’iront pas plus loin puisque, lorsque la défense de Michel ATANGANA voudra mener un contre-interrogatoire, on annoncera à cette dernière que Monsieur NJOCK est mort.

Le fiasco judiciaire du Parquet s’acheminait alors vers un acquittement de Michel ATANGANA. Quelques jours avant la lecture du jugement par le Tribunal, Laurent ESSO, Ministre de la Justice, demanda aux juges de lui communiquer le jugement (nouvelle violation de la procédure!). Devant le refus des juges de s’exécuter, d’incroyables man uvres eurent alors lieu :

– le 16 juillet 2012, l’Assemblée nationale vote une loi autorisant des juges qui n’ont pas suivi les audiences d’un procès à prononcer un jugement sur le procès.

– le 17 juillet 2012, Laurent ESSO donne l’ordre à une des 3 juges composant le tribunal de rejoindre une nouvelle affectation et donc de ne plus siéger au TGI de Yaoundé. La collégialité du tribunal est donc grossièrement rompue.

– le 18 juillet 2012, seuls 2 juges se présentent à l’audience au cours de laquelle ils doivent lire leur jugement. En l’absence d’un des 3 juges, la présidente de la collégialité dit être dans l’incapacité de lire le jugement. La lecture du jugement est donc renvoyée alors que les 3 juges qui avaient assisté aux audiences avaient déjà rédigé et signé leur jugement.

– après moultes interventions, une nouvelle collégialité est savamment composée. La présidente de la collégialité se voit adjoindre deux juges qui n’ont pas suivi les audiences.

– le 4 octobre 2012, un jugement est lu au Tribunal : Michel ATANGANA est condamné à 20 ans de prison. Fait remarquable: seuls deux juges sur trois condamnent Michel ATANGANA. S’agirait-il des deux juges que les man uvres de Laurent ESSO ont permis de faire intégrer à la collégialité ? Toujours est-il qu’une nouvelle fois le droit est bafoué puisque Michel ATANGANA est condamné pour des faits similaires à ceux qui avaient valu sa condamnation en 1997, ce que le droit camerounais interdit pourtant formellement.

4- Michel ATANGANA a construit des bâtiments avec de l’argent volé ? FAUX !
Dans le cadre de son activité d’investisseur, Michel ATANGANA a mené des opérations immobilières à Yaoundé. Selon une rumeur savamment entretenue, les immeubles qu’il a construits auraient été financés par l’argent qu’il aurait détourné. N’ayant pas détourné d’argent, l’accusation ne tient pas. Elle tient d’ailleurs d’autant moins que, pour l’essentiel, les projets immobiliers de Michel ATANGANA ont été initiés en 1991, bien avant la période durant laquelle il est accusé d’avoir détourné des fonds! D’ailleurs, 7 enquêtes ont été menées pour essayer de prouver que Michel ATANGANA avait financé ses immeubles avec de l’argent volé. Les enquêtes ont été de lamentables échecs pour ceux qui les avaient lancées. Pour ceux qui ne seraient pas convaincus, il faut préciser que toute possession financée grâce à des détournements de fonds publics peut être saisie par l’Etat. Or, Michel ATANGANA est toujours le propriétaire de ses immeubles puisque l’Etat camerounais, connaissant l’absence de financement frauduleux, a été dans l’incapacité de les saisir.

5- Michel ATANGANA était un proche de Titus EDZOA ? FAUX !
Afin d’empêcher les personnes de s’intéresser au cas de Michel ATANGANA, il a été dit que ce dernier était un proche de Titus EDZOA, avec lequel il a été jugé et condamné. Or, Michel ATANGANA n’a jamais été un proche de Monsieur EDZOA. Contrairement à une rumeur savamment entretenue, il n’a pas été son secrétaire particulier (le secrétaire particulier de Titus EDZOA s’appelait MAPOUNA), pas plus que son directeur de campagne pour les présidentielles de 1997 (le directeur de campagne de Titus EDZOA s’appelait Jérôme BAYIHA, comme le montrent les documents saisis chez Titus EDZOA et comme l’ont confirmé devant le tribunal Messieurs EDZOA et BAYIHA). Le seul lien entre Michel ATANGANA et Titus EDZOA est le suivant: lorsque Michel ATANGANA a été chargé de présider le COPISUR, l’Etat camerounais lui a désigné comme interlocuteur le Secrétaire général de la Présidence de la République (SGPR). Or, peu de temps après l’entrée en fonction de Michel ATANGANA comme président du COPISUR en 1994, Titus EDZOA est devenu le SGPR. Entre 1994 et 1997, Michel ATANGANA a d’ailleurs eu comme interlocuteurs les différents SGPR qui se sont succédé (3 au total).

6- Le COPISUR était une coquille vide destinée à détourner de l’argent ? FAUX!
Le «Comité de Pilotage et de Suivi des Projets de Construction des axes routiers de Yaoundé-Kribi et Ayos-Bertoua» (COPISUR) a été créé par arrêté présidentiel du 8 juillet 1994. Comme son nom l’indique, cette structure était chargée de piloter la construction de deux axes routiers. Il réunissait des représentants des entreprises et des représentants de l’État. Représentant de la société Jean LEFEVRE, Michel ATANGANA en devient le Président. Ce Comité a alors la charge de mener les études préparatoires à la construction de ces axes routiers, ce qui va occasionner des dépenses, essentiellement supportées par les entreprises qui se voient accorder des facilités fiscales afin de couvrir une partie de ces dépenses.
Les débats judiciaires ainsi qu’une rumeur savamment entretenue tentent d’accréditer l’idée selon laquelle ce comité n’avait pas d’activité réelle et qu’il n’était qu’une entité fictive destinée à détourner de l’argent. Pour donner de la consistance à cette grossière manipulation, le Parquet a fait disparaître toutes les pièces comptables saisies en 1997 et montrant la réalité de l’activité du COPISUR. L’idée de cette grossière manipulation était de dire que les mouvements bancaires n’étaient en aucun cas justifiés par l’activité qui aurait dû être celle du COPISUR.
Malheureusement, deux éléments irréfutables viennent détruire cette thèse aussi fragile que grotesque:

– les entreprises qui ont livré du matériel au COPISUR et qui ont participé aux travaux préparatoires à la construction des axes routiers ont attesté de la réalité des études préparatoires et de la réalité de la livraison de matériels (qui apparaissent d’ailleurs dans les PV de saisie des perquisitions de 1997).

– les dépenses engagées par les entreprises dans le cadre de ce projet ont occasionné des créances dues à elles par l’État camerounais. Après avoir tenu ces créances pour douteuses pendant des années, l’État camerounais, suite à une enquête du délégué général à la sûreté nationale Martin Mbarga NGUELE dont les conclusions ont été transmises à la présidence de la République du Cameroun le 27 décembre 2012, a reconnu la réalité de ces créances. Autrement dit, l’État camerounais vient de reconnaître que les dépenses engagées par les entreprises l’ont été conformément aux accords que l’État avait passés avec elles dans le cadre de la mise en place du COPISUR. Ainsi, l’État camerounais, par la reconnaissance de ces créances, reconnaît non seulement que le COPISUR n’était pas une coquille vide mais que l’intégralité des fonds qui ont été dépensés l’ont été au service du projet de construction des axes routiers, ce qui veut donc bien dire que l’argent n’a pas été détourné !

Le Comité de soutien à Michel Thierry ATANGANA

La vérité sur l’affaire Michel Thierry Atangana
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