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Cameroun: La vipère folle tente de conquérir le public du ccf de Douala

Patricia Bakalack  » Le CCF de Yaoundé était plein mais on a vendu seulement 30 billets »

A quelques heures de sa prestation au CCF de Douala, la « vipère folle » nous donne son état d’esprit.

On a là une femme qui n’a pas, ou presque pas de cheveux, c’est votre style à vous ou c’est pour des besoins de scène?
(Rires) C’est d’abord mon style à moi. J’aime être imprévisible. Je change tout le temps de tête. C’est la première fois que je me rase le crâne. Donc peut être d’ici cinq mois vous me verrez avec les rastas. Quand je suis venue de Paris j’avais beaucoup de cheveux et j’ai rasé parce que je voulais radicalement changer de style. En même temps ça sert aussi au spectacle mais ce n’était pas prévu.

Aujourd’hui vous êtes à l’affiche d’une pièce qui est votre première prestation sur les planches, comment vivez-vous cela?
Très bien ! Je suis assez impressionnée mais ça va. Je le vis très bien. Au départ je manquais énormément d’assurance mais au fur et à mesure que je travaille, le public accueille bien, les professionnels, les médias ont bien accueilli Re-Belle. Donc super ! Ça va.

Re-Belle ! Entre Re et Belle il y a un tiret qui naturellement suscite beaucoup d’interrogations. Ce tiret à quoi il renvoie?
Exactement ! Toute la pièce est contenue dans le titre. Re-Belle a pour thème principal les enfants soldats dans le monde. C’est l’histoire d’une adolescente soldat qui a vu ses parents tués sous ses yeux, qui a été enlevée de force, qui a vécu les viols, les violences et qui est traumatisée. Elle ne sait pas qui elle est, ni comment s’appelle, encore moins son âge. Alors il y a la petite fille qui sommeille en elle et comme on dit, on peut enlever le mal de quelqu’un mais on ne peut pas lui enlever le bien. La petite fille qui est en elle vient de temps en temps et lui dit « beh !! Ecoute tu n’es pas rebelle, c’est pas toi ça, redevient belle ! Tu es belle et pas rebelle, tu es une enfant et pas un soldat. Donc il y a un combat intérieur entre ces deux personnages : le rebelle qui est le soldat et la belle qui est la petite fille. Il va lui falloir choisir entre rester rebelle ou redevenir belle, donc voila ! Re pour rebelle, et belle. Re-devenir belle ».

Vous venez de le dire c’est l’histoire d’une enfant soldat qui est tiraillée entre sa vie violentée et sa mort. Mais au-delà quel est le message que la pièce véhicule?
Mais écoutez la chance qu’on a c’est qu’il n’y a pas de guerre au Cameroun et vivement que cela n’arrive pas. Mais malgré tout on ne peut pas rester indifférents à tout ce qui se passe autour de nous, dans le monde. C’est-à-dire même si on n’a pas les enfants soldats au Cameroun on a les enfants de la rue. S’il y a une guerre qui déclenche au Cameroun, les premières personnes à porter les armes ce sera les enfants de la rue. Utiliser les enfants comme des soldats c’est très crapuleux, mais n’empêche que ces dix dernières années on a retrouvé des enfants dans tous les conflits. Il y a plus de 300 000 enfants dans le monde, dont plus du tiers en Afrique. Alors on ne saurait croiser les bras ! Re-Belle en appelle à la conscience humaine, à la compassion aussi. Il n’y a pas la guerre chez nous mais intéressons nous quand même à tout ce qui se passe au Congo, au Burundi, ces pays qui ont connu et qui continu d’avoir des enfants soldats dans leur rangs.

On vous a connu comme actrice de cinéma et aujourd’hui comédienne. Quel rapport faites-vous personnellement entre la comédie et le cinéma?
Pour moi, passer du cinéma au théâtre c’est que j’ai acquis une certaine maturité. Je veux dire que entre mes débuts en 2004 et maintenant, j’ai grandi. Il y a quand même 5 ans et en même temps, je voulais faire autre chose. Je voulais faire autre chose qui me paraissait difficile. On disait « c’est une actrice de cinéma, ça ne vaut pas la peine » ! Même avant que je ne parte du Cameroun il y a deux ans, je voyais des metteurs en scène pour leur dire faites moi travailler. Emery (auteur et metteur en scène de la pièce) lui même ne voulais pas parce que pour lui je n’avait pas suffisamment de maturité pour faire du théâtre. Donc pour moi partir du cinéma pour le théâtre c’est d’abord me prouver à moi même que je peux faire autre chose. Il faut dire que les deux sont bien différents. Au cinéma on prend des fragments de scènes qu’on monte ; on peut tricher au cinéma mais pas au théâtre. J’ai une formation de monteuse et j’en ai fais les frais. Le théâtre demande plus de rigueur, plus de travail et de discipline. Ça je l’ai compris avec la création Re-Belle. Deux jours sans travailler au théâtre et cela se ressens dès que tu montes sur scène. Il faut aussi se remettre en question tout le temps. Et puis le théâtre se vit directement avec le public donc si tu pleures et que ton corps ne pleure pas, on voit juste tes larmes coulées, c’est un peu faux.

[b Au Cameroun il y a une image, quand on parle de théâtre les gens voient tout de suite le comique, ce qui fait rire et rien d’autre. Qu’en dites-vous?
C’est parce que le théâtre n’est pas encore encré dans les mentalités camerounaises et africaines en général. Le théâtre n’est pas vulgaire; Je crois que c’est même le terme qu’il faut employer. Les gens ne partent pas au théâtre comme s’ils allaient au cinéma. Ce qui fait que quand on parle de théâtre les gens voient juste les humoristes. Depuis que je suis arrivé tout le monde me dit tu fais du one man show, je dis non ! C’est un monologue. C’est bien différent. C’est une pièce d’art dramatique, très dramatique d’ailleurs, même si de temps en temps on a essayé d’alléger le texte. Je me rends même compte que c’est une élite de personnes qui va au théâtre. Ici au Cameroun j’ai fait mon spectacle au CCf de Yaoundé la salle qui a près de 300 places était plein, mais j’ai vendu 30 billets. Ma petite s ur n’a rien compris. Ma famille seule occupait près de 150 places mais ils n’avaient pas payé parce que j’ai fait des billets pour eux. L’autre partie était constituée au 2/3 des hommes de théâtre, des professionnels et des hommes de médias. Les 30 billets vendus c’était justement des personnes qui venaient découvrir. Vous voyez, sur 300 personnes, 30 viennent pour la première fois au théâtre. On se demande mais celle là elle fait quoi ? Jusqu’aujourd’hui ma famille me demande mais tu as passé six semaines à travailler pour faire 45 minutes sur la scène ? Et comme je produis la pièce aussi, tu as mis autant de sous pour monter 45 minutes ! Ils ne comprennent pas.

Est-ce que cette situation ne vous stresse pas par rapport à ce soir?
Non pas du tout ça ne me stresse pas ! Parce que sans vouloir me jeter les fleurs, je viens d’Europe et avec Re-Belle on a voulu faire les choses un peu comme je vois là-bas. Le problème c’est la communication. On ne communique pas assez. On doit sensibiliser les masses, les personnes civiles, et c’est ce que j’ai fait. Je me suis entourée de personnes qui maîtrisent leur métier de communicateur. Donc en même temps c’est notre faute. On ne communique pas suffisamment sur ce qu’on fait. En une seule représentation on parle Re-Belle partout. Je suis la première surprise, mais c’est ce que je voulais. Je vois comment ça marche ailleurs. Donc c’est aussi à nous artistes de sortir de notre « cocon » avec nos uvres. Il faudrait que comme les gens vont à un concert de musique, qu’ils aillent aussi au théâtre ; même si on ne danse pas, on retient beaucoup de choses.

Justement est-ce dans votre art vous avez l’impression d’être marginalisée par rapport à la musique par exemple?
Depuis que j’ai commencé ce métier je me sens marginalisée. D’abord par ma famille, même si aujourd’hui elle a compris que ce n’est pas un métier pour ceux qui n’ont pas fait beaucoup d’études ; bon c’est vrai que j’en ai pas beaucoup fais (éclats de rire). Quand on sait que tu fais du théâtre tout de suite on voit les rastas, la drogue, l’alcool, la cigarette, non ! Ni l’un ni l’autre. Donc oui pour l’instant on se sent marginalisé. Mais comme j’ai dis c’est aussi de notre faute on doit sortir pour rendre notre art vulgaire.

Patricia Bakalack

Journalducameroun.com)/n

Comment on vit grâce à cet art?
Pour l’instant je ne vis pas grâce au théâtre. Je fais comme tout immigré en France (elle y suit des études d’art dramatique), comme tout artiste qui se bat, qui se cherche. Les blancs aussi c’est pareil, mes camarades d’école. Ils ont un boulot, ils vont à l’école, ils courent après les castings, bref on se bat. C’est un métier qui demande énormément de patience, de persévérance et vraiment savoir ce qu’on veut, être audacieux, oser.

Là vous êtes devant votre scène de ce soir, qu’est ce que vous vous dites, quel est votre état d’esprit?
Tellement les professionnels et les hommes de médias ont venté mes talents à Yaoundé que je ressens une pression. Quand je suis arrivée à Douala j’ai été assez impressionnée par l’accueil qui m’a été réservé et c’est la pression qui monte je dis « ça passe ou ça casse ». Je vais donner le meilleur de moi, je n’ai pas le choix de toutes les façons. Je vais faire en sorte que les personnes qui m’ont fais confiance, qui ont cru en moi ne soient pas déçus.

Alors Patricia Bakalack a quel âge ?
26 ans.

Un dernier mot ?
Beh, Ce sera pour lejounalducameroun. C’est un site que j’ai découvert en ligne, et j’ai cru que vous étiez seulement à Paris, c’est génial que vous soyez partout et vous êtes le deuxième journaliste du site que j’ai en face de moi ; vous avez beaucoup parlé de la pièce et vraiment je vous remercie énormément pour votre soutien. J’espère que je ne vais pas vous décevoir. Je vais faire tout mon possible pour être à la hauteur de vos attentes et celles du public.

Affiche de Re-belle

Journalducameroun.com)/n

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