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Cameroun : “La ZLECAF représente une grande opportunité pour les PME camerounaises” Joel SIKAM

Joel Sikam, président du Centre de Développement de la PME au GICAM

 Joel SIKAM, promoteur de FISCO SARL et président du Centre de développement de la PME au Gicam parle de l’opportunité que représente la Zone de libre-échange continentale africaine pour l’entreprise camerounaise mais aussi du made in Cameroon.

 

Vous avez la charge du Développement de la PME au sein du GICAM. Cela vous donne assurément une idée globale des défis et perspectives pour la PME locale. Et si on parlait de la ZLECAF, quelles sont les opportunités que cette zone de libre-échange pourrait apporter aux PMEs locales ?

Il faut rappeler d’entrée de jeu que le secteur privé reste et demeure le moteur de la croissance, car créateur de richesses et pourvoyeur d’emplois. Et dans le cas du Cameroun les PME pèsent à elles seules un peu plus de 80% du tissu économique national : ce qui n’est pas négligeable.

La ZLECAF représente une grande opportunité pour les PMEs dans ce sens qu’elle permettrait d’éradiquer un certain nombre de maux de par ses missions de consolidation et de renforcement des échanges entre les économies du Continent en facilitant la circulation des biens et services, des personnes et des capitaux.

Le processus d’intégration régionale en Afrique, est en panne et il faut le souligner : l’Afrique est le continent le plus morcelé au monde et qui échange le moins avec lui-même. Le commerce intra africain représente en effet moins de 15 % des échanges formels, quand ailleurs, ce taux est nettement plus élevé : en Europe il est de 67% et en Asie, de 60%. Nous avons donc du chemin à faire.

La ZLECAF offre un marché de plus de 1,2 milliards d’individus, avec un PIB cumulé d’environ $ US 2500 milliards, mais pour en bénéficier il est temps de sortir de certaines torpeurs, notamment des canaux informels et des mécanismes obsolètes.

Par ailleurs, nous devons faire le triste constat selon lequel la plupart des pays africains appartiennent à plusieurs organisations régionales ou sous-régionales qui appliquent très souvent des régimes commerciaux différents, ce qui contribue à augmenter le coût des transactions commerciales et à décourager les échanges entre les communautés.

Justement, au niveau des PME, nous saluons le succès de cette initiative au plan institutionnel et nous croyons qu’il faut poursuivre les efforts d’implémentation qui permettront justement de faciliter, harmoniser et mieux coordonner les politiques commerciales en Afrique et éliminer les problèmes liés au cumul des accords commerciaux sur le continent.

Au moment où la dépendance du Cameroun aux importations a encore été démontrée avec le conflit Russo-Ukrainien, on peut se demander où est finalement le Made in Cameroon ? N’est-ce pas le moment de valoriser plus que jamais les produits qui portent ce label ?

Juste un rappel historique pour dire qu’il ne s’agit pas seulement du Cameroun, mais d’une vision partagée et traduite dans ce qu’on a appelé la division internationale du travail qui, sur le plan stratégique, a condamné la plupart des pays africains à produire ce que leurs populations ne consomment pas et à consommer ce qu’ils ne produisent pas. Vous comprenez que derrière tout ça on touche à la balance des paiements et à l’accès aux devises.

Aujourd’hui, à la faveur de la guerre en Ukraine, le piège s’est refermé sur nous à cause d’une forte dépendance aux produits, intrants et semences venus d’ailleurs.

C’est l’occasion pour nous de nous réinventer en optant pour une agriculture résiliente, inclusive et territorialisée pour être en capacité, sur le long terme de pouvoir faire face à la prochaine crise.

Ceci étant, l’épisode de la pandémie de la Covid-19 a donné l’opportunité d’organiser une forme de riposte qui a permis de mettre au grand jour l’ingéniosité et le niveau de résilience des acteurs du secteur privé pour amortir les chocs imposés, conséquences de cette crise sanitaire. Ce qui a permis aux pouvoirs publics et au secteur privé camerounais d’envisager la relance de l’économie en accordant une attention particulière aux acteurs du monde agricole à travers des actions de soutien visant le renforcement de la production de nos riches territoires et puis mise en valeur par le GICAM.

Ces efforts doivent se poursuivre pour favoriser l’émergence d’une agriculture territorialisée, comme nous l’avons déjà dit, et c’est l’occasion d’examiner les causes structurelles du défi actuel pour proposer des orientations adaptées. De manière générique, il faudra régler la question du foncier, de l’exploitation du sol, des techniques de production, d’organisation des filières, de la commercialisation des produits, et bien évidemment du financement des activités avec pour objectif d’assurer une forte compétitivité à la production locale.

Ne l’oublions pas : l’agriculture nourrit, l’agriculture emploie !

Comment donner plus de force au Made in Cameroon en tant que véritable label qui pourrait être porté par les PMEs que vous connaissez si bien ?

J’ai peur d’utiliser un terme fort et peut-être inopportun, mais je suis convaincu qu’il ne serait pas superflu d’organiser les états-généraux du Made in Cameroon qui pourraient réunir les représentants de l’Etat à travers ses ministères techniques concernés, les acteurs des différentes filières, les distributeurs, les associations de consommateurs… ceci permettrait de relever les obstacles et autres freins à l’éclosion de ce pan de notre économie qui représente une réelle opportunité en termes de chaînes de valeurs, de niches d’emplois et de recettes fiscales.

Plusieurs économistes s’accordent à dire que l’économie du Cameroun va très mal. Que peuvent faire les PMEs dans une dynamique de relance de notre économie ?

Il faut retenir que le présent et l’avenir de l’Afrique s’écrivent avec l’entreprise dans un cadre où l’Etat doit jouer tout son rôle, en construisant un cadre sécurisé pour l’épanouissement de l’entreprise qui est le principal pourvoyeur d’emplois. Il faut le dire avec force conviction !

Un Etat ne se porte bien économiquement que lorsque les entreprises se portent bien, et ceci n’est possible que lorsqu’il y a du financement et ce financement ne peut exister que si l’Etat cible correctement et avec constance ses objectifs partagés. Cela induit l’existence d’un dialogue permanent et constructif entre l’Etat et le secteur privé.

Un Etat conscient des enjeux ne tue pas la poule aux œufs d’or, en cherchant à maximiser à tout prix et par tous les prix les recettes aux dépends de l’épanouissement des entreprises. On parle évidemment de fiscalité qui se doit d’être une fiscalité de développement qui favorise l’installation de nouvelles entreprises par des mesures attractives, et attire à la lumière celles qui ont choisi d’exercer dans l’informel pour des raisons diverses.

L’avènement d’un Etat-stratège ferait le bonheur de plus d’un, avec une parfaite maîtrise de l’organisation du cadre autour de la construction d’infrastructures nécessaires, de la fourniture de l’eau et de l’énergie en qualité et en quantité, et bien sûr de mise à disposition de routes de l’information à niveau respectable.

Si ces préalables sont remplis et des mesures d’incitations ciblées et spécifiques offertes, le secteur privé peut à loisir se projeter en toute confiance sur le moyen et long terme. Et en reprenant l’expression du GICAM : faisons triompher l’entreprise pour faire gagner le Cameroun !

Quel commentaire faites-vous sur le rôle réservé aux PMEs dans la SND30 ?

Le SND30 est un document de stratégie qui voit le jour après le DSCE, lui-même consécutif au DSRP. Sans vouloir verser dans le scepticisme, je crois qu’il serait de bon ton qu’une évaluation partagée soit faite autour de ces précédents documents de référence. Comme on dit : just wait and see !

Aujourd’hui avez-vous l’impression que les questions écologiques préoccupent les PME Camerounaises ? L’écoresponsabilité est-elle une préoccupation ?

On parle d’industrialisation, et qui dit industrialisation dit besoins en énergie. Nos ménages et nos entreprises, depuis des années subissent les conséquences des multiples pénuries en énergies. Pourtant selon les experts internationaux et sources officielles provenant de notre État (champs gaziers aux larges de Kribi et celui de Logbaba à Douala, la technologie Hydrogène pour ne citer que ceux-là) notre pays, le Cameroun a été reconnu par certaines multinationales comme étant une zone à fort potentiel.

Depuis la COP 21, et le système de taxe carbone nous avons encore une marge de manœuvre assez importante sur tout ce qui est énergie verte afin de pouvoir pleinement en profiter et transformer ces opportunités en manne financière.

Mais au niveau énergétique, nous devons absolument conjuguer avec des partenaires étrangers de premier ordre avant de pouvoir acquérir plus d’expériences et aspirer à l’autonomie énergétique.

De manière globale, et selon une étude, les entreprises camerounaises sont de plus en plus socialement responsables dans la mesure où les bonnes pratiques liées à la RSE constituent pour le moment une pratique émergente, intuitive et non formalisée. Conscients de l’intérêt d’un meilleur ancrage de celle-ci dans les plans d’actions, les chefs d’entreprises la perçoivent de plus en plus comme un vecteur de progrès.


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