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Cameroun : l’arrivée de Fly Zejet lance-t-elle la privatisation de Camair-Co ?

Emile C. Bekolo, Expert-comptable

Le gouvernement Camerounais a donné en octobre 2022 le feu vert à la nouvelle compagnie aérienne nationale Fly Zejet détenue majoritairement par des opérateurs privés, pour démarrer ses activités sur le territoire national.

Dans un environnement aéronautique national fermé et conservateur, où chaque décision gouvernementale vise à protéger la fragile compagnie nationale publique Camair-Co, qui peine à prendre son envol depuis le début de ses activités en mars 2011, les autorités Camerounaises par ce geste d’ouverture en apparence, viennent en réalité de lancer le processus de privatisation de Camair-co.

En effet, la privatisation de Camair-Co est inscrite dans son ADN, c’est-à-dire dans son décret de création du 11 septembre 2006, et a été réaffirmée dans les Très Hautes Instructions du Chef de l’Etat de juillet 2020 prescrivant aux ministres concernés, la mise en œuvre des mesures visant la relance de Camair-Co à très court et à moyen termes.

La nouvelle compagnie aérienne nationale Zejet devrait commencer par desservir le réseau domestique, notamment les villes de Douala, Yaoundé, Garoua et Maroua dans un premier temps, puis Ngaoundéré, Bafoussam, et Bamenda par la suite.

Étant la principale économie de la CEMAC, et avec une population de plus de 25 millions d’habitants, il apparaît que l’offre de transport aérien au Cameroun est nettement insuffisante par rapport à la demande. Pour pallier cette insuffisance et dynamiser le transport aérien national et par là même l’économie nationale et sous régionale, les autorités camerounaises n’ont pas d’autres choix que d’ouvrir de manière effective et résolue, le ciel camerounais aux investisseurs privés dans ce secteur hautement capitalistique, et ce d’autant plus que les ressources financières de l’Etat sont de plus en plus limitées, et que l’Etat doit faire face à de multiples sollicitations pressantes les unes autant que les autres.

L’autorisation d’exploitation donnée par le Gouvernement à Zejet est loin d’être une initiative personnelle d’un ministre ou d’un fonctionnaire aussi courageux soit-il, dans un système érigé en «gouvernance par embuscade » où chacun surveille le moindre faux pas de son collègue ou de son patron pour lui porter le coup fatal. Cette décision a sans aucun doute reçu le Très Haut Accord du Chef de l’Etat, et s’inscrit dans le cadre de ses Très Hautes Instructions rappelées ci-dessus. Elle s’intègre donc dans une stratégie non avouée de privatisation de Camair-Co avec Zejet comme étincelle d’allumage.

Dans ce contexte, il n’est pas exclu de voir dans un proche avenir, la nouvelle compagnie aérienne nationale Zejet fusionner avec une Camair-Co rendue plus belle, c’est-à-dire nettoyée de son lourd passif repris par l’Etat, et de ses pertes cumulées absorbées dans le cadre d’une opération de « coup d’accordéon ». C’est ainsi que nous verrons émerger une nouvelle entité « Camair-Jet » qui sera détenue à 51% par des actionnaires privés et à 49% par l’Etat.

La stratégie de privatisation de Camair-Co par la fusion avec Zejet devrait donc être rapidement affirmée et assumée par les autorités pour faciliter sa mise en œuvre et permettre son succès. Elle aura l’avantage de mutualiser la flotte, le réseau, les équipages, la maintenance, la formation, etc, et de donner des services plus larges et de meilleure qualité aux passagers.

Enfin,  pour  être  viable  et  soutenable  à  long  terme,  la  nouvelle  compagnie  aérienne  nationale privatisée  devrait  entrer  à  la  côte  de  la  Bourse  des  Valeurs  Mobilières  de  l’Afrique  Centrale (BVMAC).

 


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