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Cameroun: Le cacao s’envole, le café recule

La filière cacaoyère connaît une relance qui pourrait faire passer le Cameroun cette année au rang de 4e producteur mondial

On a assisté ces cinq dernières années à des politiques tant globales que spécifiques visant la relance de la cacao culture. Ces efforts ont visiblement payé au regard des chiffres qu’ont présenté la production. Depuis quelques temps, on a constaté une remontée appréciable, la production totale du cacao étant passée à 180 000 tonnes en 2008, alors que jusque là elle plafonnait à 160 000 tonnes. Cette production pourrait d’après des projections réalistes, dépasser le niveau de 210 000 tonnes cette année. Ce qui fait que, parmi les principaux producteurs du cacao, le Cameroun est le pays qui enregistre la plus grande progression et est en passe de devenir le 4e producteur mondial de cacao, au premier rang mondial en matière de qualité. Cette nouvelle plutôt réjouissante, a été rendu officielle par le ministre camerounais du Commerce, Luc-Magloire Mbarga Atangana, au terme des travaux de la 17e assemblée générale du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC), qui s’est tenue en fin février dernier dans la capitale économique camerounaise de Douala. Le ministre a affirmé tenir ces informations du directeur exécutif de l’organisation internationale du cacao (OIC).

Le Cameroun est le pays qui enregistre la plus grande progression et est en passe de devenir le 4e producteur mondial de cacao, le premier mondial en matière de qualité.
Luc-Magloire Mbarga Atangana, ministre camerounais du Commerce
Cacao, Café des matières premières précieuses

Cette information du directeur exécutif laisserait entendre que, pour la seule année 2008, la production cacaoyère du Cameroun avait augmenté de 10% environ, et qu’elle devrait si le mêmes conditions sont maintenues connaître une progression moyenne pour atteindre les 15% dans les prochaines années, s’inscrivant ainsi dans la même logique que les revenus dus au commerce du cacao, qui ont connu une nette amélioration de 35% par rapport à l’exercice précédent. Peut-on dès lors parler d’un retour à l’âge d’or du cacao ? L’optimisme semble autorisé, d’autant que les prix pratiqués sur le marché local sont de nature à encourager les producteurs, car, d’après le ministre du Commerce, « le Cameroun a enregistré des prix moyens de l’ordre de 1000 francs CFA (1,5 euro)le kilogramme et nous espérons que ça va continuer, contrairement à la Côte d’Ivoire, pourtant premier producteur mondial, où le prix garanti aux producteurs est de 700 francs CFA (1 euro) » . Des perspectives encourageantes, saluées par les responsables du CICC, qui font observer que « pour la seconde année consécutive, les producteurs de cacao et de café connaissent une certaine satisfaction du fait d’une tenue des cours à des niveaux assez rémunérateurs ». Cette nette embellie peut cependant souffrir d’un double problème. Le premier est l’absence de projection réaliste dans la mise en uvre de la politique de relance de la cacao culture. Cette projection demande que
l’on détermine les objectifs et les moyens bien paramétrés pour parvenir à ces objectifs. Officiellement on parle du succès d’une politique pourtant le planteur qui est le personnage clé de la filière ne bénéficie pas d’un statut et d’un profil clairs. D’un autre coté il faut s’apprêter à gérer les aléas du marché international en termes d’offre et de concurrence. S’il est vrai que le Cameroun a vu sa production accroitre de façon exclusive à 10%, il demeure aussi constant que les grands producteurs comme la cote d’ivoire, le Ghana et l’Indonésie qui contrôle à eux trois près de 75% du marché dosent leur productions en fonction de la demande du marché. Ceci fait que s’ils décident d’inonder le marché, il faudrait que le Cameroun dope sa production pour maintenir les niveaux de revenus générés par la filière cacao.

Le Cameroun a enregistré des prix moyens de l’ordre de 1000 francs CFA (1,5 euro)le kilogramme et nous espérons que ça va continuer, contrairement à la Côte d’Ivoire, pourtant premier producteur mondial, où le prix garanti aux producteurs est de 700 francs CFA (1 euro).
Luc-Magloire Mbarga Atangana, ministre camerounais du Commerce

Pendant que la cacao culture retrouve des couleurs, tel n’est pas le cas avec le café où la production reste stagnante. Les projections les plus optimistes situent la production caféière du Cameroun à 40 000 tonnes pour l’exercice en cours, soit un peu plus de 35 000 tonnes pour le café arabica et à peine 5000 tonnes pour le café robusta. Pour inverser cette tendance, le gouvernement, à travers l’Office national du cacao et de café (ONCC), vient de lancer une vaste campagne de sensibilisation visant à amener les planteurs à renouer avec la culture du café. Un ensemble de mesures incitatives qui intègrent à la fois la modernisation et la professionnalisation de la culture, la distribution des semences et intrants, de la revalorisation du prix du café, qui devrait se situer autour de 700 francs CFA, soit à peu près 1 euro, ce qui serait pratiquement le double par rapport au prix pratiqué actuellement sur le marché. On doit néanmoins relever que la filière café a été victime du manque de structuration. Il suffit de voir les écarts qu’il t’a entre le prix du kilogramme donné au planteur et celui appliqué sur le marché international. Il est parfois 5 fois plus petit. D’un autre coté la filière café tout comme la filière cacao souffre d’une structuration objective. Tout le contrôle semble être laissé entre les mains des intermédiaires, qui loin de tout souci de pérennisation de cette source de revenu se remplissent encore et toujours les poches. Le CFA a fait que de plus en plus beaucoup de personnes qui vivaient de la culture du café se sont reconverties à des cultures de produits plus proches de leurs habitudes de consommation. Au moins si on ne réussit pas à vendre, on ne meurt pas de faim. L’Etat camerounais semble avoir pris la mesure de la situation, car une autre mesure concernant la relance est le projet de transformer localement 35 à 40% de la production cacaoyère et caféière du pays. C’est une donnée qui aurait l’avantage de créer des emplois, et de générer des recettes pour les caisses de l’Etat, à travers diverses charges fiscales qui découleraient de cette activité.

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