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Cameroun: Le gouvernement se dit prêt pour l’emprunt obligataire, pourtant des doutes subsistent

Le ministre camerounais des Finances en a fait mention lors de la tenue de l’assemblée générale de la Bourse de Douala

Le gouvernement fin prêt
Lazare Essimi Menye a fait une déclaration dans ce sens à sa sortie de l’assemblée générale de la Douala Stock Exchange le 16 juin dernier. J’enjoins la Douala Stock Exchange (DSX) de se mobiliser pour accompagner le gouvernement dans le processus de collecte de la toute première épargne publique qui sera lancée dans les tout prochains jours a déclaré le ministre camerounais des Finances. Une opération annoncée et prévue par la loi des finances 2010. En début d’année, le gouvernement avait justifié l’importance et la nécessité d’effectuer cet emprunt. Les fonds issus de cette opération devraient aller au financement de grands projets que le gouvernement camerounais a qualifié de structurants, tels que le port en eaux profondes de Kribi (sud), et les barrages hydroélectriques de Lom Pangar et Memve’ele (Région de l’est). Selon des experts financiers, le Cameroun sur le plan de son économie globale peut se permettre aujourd’hui une telle opération. L’endettement de l’Etat se situe autour de 12% du Produit Intérieur Brut. Ce qui est un niveau extrêmement bas. La position de l’Etat est donc attractive. Un galop d’essai de cette opération a été effectué le 07 avril 2010 dernier. La DSX a inauguré sa première cotation d’emprunt obligataire. Une opération rendue possible par la Société Financière Internationale, une filiale de la Banque Mondiale en charge du financement du secteur privé. Sur un plan purement structurel, la Bourse de Douala a présenté un bilan positif et fait état de perspectives attractives.

La Douala Stock Exchange à la hauteur?
La structure a connu une capitalisation boursière du marché à 82,7 milliards en 2009 contre 22,1 milliards à fin 2008. D’un autre coté, il y a eu l’admission de trois nouveaux Prestataires de Services d’Investissement (CENINVEST, CITI BANK, BMCE-Capital), qui ont la capacité de proceder à l’achat ou à l’émission des obligations. En l’enjoignant au processus de collecte de sa toute première épargne publique, le gouvernement camerounais a tranché sur la question de la fusion de la Douala Stock Exchange et celle de Libreville. L’institution a un défi majeur à relever. Selon certains observateurs, de nombreux points sur l’opération d’émission des titres d’obligation par le Cameroun manque de clarté. A l’analyse, le délai de «quelques jours» annoncé par le ministre Essimi Menye des Finances pour le début des opérations ne peut être respecté. Il faudrait que l’opinion publique soit informée d’un ensemble de données relatives au taux d’interêt, la duré de l’emprunt, l’agenda de paiement des taux d’interêts, le chronogramme de remboursement des capitaux initiaux et surtout, les garanties que l’Etat camerounais associera à cet emprunt. En l’Etat actuel des choses, seuls les prestataires des services d’investissement sont habilités à effectuer des opérations d’achat ou d’émission de titres à la bourse de Douala. Si cette logique est préservée cela signifie que les personnes physiques (les individus) devraient obligatoirement passer par un de ces prestataires de services d’investissement. Ce qui invite à refléchir sur le montant des commissions et sur la taxation de ces commissions.

De nombreuses zones d’ombres à éclairer
De l’avis de nombreux observateurs, si l’opération d’emprunt obligataire est logique en ce sens qu’il est un mode d’autofinancement pratique pour un Etat, les conditions d’une telle opération ne semblent pas encore totalement réunies dans les conditions actuelles pour le Cameroun. Avec les garanties que présente la Société Financière Internationale, son emprunt obligataire s’est effectué à un taux de 4,5%. On peut croire que dans le cas du Cameroun qui ne possède pas les mêmes garanties et la même confiance de signature, ce taux pourrait être plus élevé. Certains experts pensent à un taux de 6% et voire même un peu plus. Trop élevé pour le contribuable camerounais qui sera au final celui qui remboursera.

La bourse des valeurs
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D’un autre côté sauf dans l’hypothèse marginale où certaines personnes soutiendraient l’opération dans le but d’un enrichissement personnel, le risque pays que présente le Cameroun reste important. Certes la croissance va connaitre une augmentation en 2010 (2,7% en 2010 contre 1,6 en 2009), mais la notation du Cameroun selon certains cabinets internationaux fait état d’un niveau de risque économique très élevé, et d’un risque politique moyen, en raison des élections présidentielles prévues en 2011(Coface ou Fitch). Le gouvernement devra dans un souci de transparence apporter des éclaircissements sur ces points et définir les conditions de réalisation de cette opération dans le cadre d’une loi parlementaire. Or près de deux semaines après le début de la session parlementaire, aucune proposition de loi dans ce sens n’a encore été officiellement déposée a-t-on appris du côté du parlement.

Doutes sur l’opportunité réelle de l’opération
Selon une autre analyse, l’Etat camerounais ne devrait à proprement parler pas s’engager dans la voie d’un endettement massif, fusse-t-il au moyen d’un emprunt obligataire. Fin novembre 2009, les chiffres de l’économie camerounaise permettaient d’établir que le Cameroun avait des réserves de l’ordre de 526 milliards de francs CFA à la banque centrale (BEAC). Au niveau international, il possède des dépôts importants qui s’élevaient à 1700 milliards en décembre 2009. En 2009 le gouvernement a admis que les recettes de l’Etat ont atteint 2014 milliards. Près de 90% de ces recettes représentaient les ressources propres (Impôts, Douanes, et taxes diverses). Une autre des raisons qu’on peut dégager d’une analyse approfondie est que cet emprunt, parce qu’il n’est pas orienté dans de véritables secteurs de développement du Cameroun comme l’agriculture par exemple, ne peut pas être pleinement efficace. Les secteurs d’affectation de l’épargne qui sera collectée contribueront certes à l’augmentation des offres d’opportunités dans la structure de l’économie camerounaise. Cependant l’opération pourrait ne pas profiter directement aux populations camerounaises vivant en majorité de l’agriculture ou du petit commerce, mais à quelques personnes, renforçant le fossé entre pauvres et riches.


journalducameroun.com)/n


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