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Cameroun: Le ministre de la communication en ballotage médiatique

L’affaire qui le met en cause est liée à la visite papale

Je suis serein. Je n’ai tué personne. J’ai peut-être commis une faute de gestion en allant mettre de l’argent public dans un compte privé. Mais j’ai expliqué ce que j’ai fait de cet argent, et les gens ont vu les résultats. Je suis serein. Je suis justiciable. Et si la Justice de mon pays estime que j’ai commis un délit, je suis là.
Jean Pierre Biyiti Bi Essam, ministre de la communication

L’affaire remonte à la derrière visite papale au Cameroun. A cette occasion, les médias à capitaux privés principalement avaient critiqué la façon dont ils avaient été traités, et de fil en aiguille ont investigué sur la question. C’est ainsi qu’éclate au grand jour le scandale financier du ministère de la communication. Sur la sellette, Biyiti Bi Essam, ministre en charge de la communication. La question divise aujourd’hui la presse, bien que pour une grande partie, le ministre impliqué n’est pas totalement clair dans cette affaire. Le débat a pris une autre dimension avec l’intervention de la justice (police judiciaire et procureur de la république) qui a ouvert des auditions. Le ministre en plus d’avoir été entendu durant près de trois heures, a lancé une campagne médiatique de justification de son fait. Le journal le Fron parle d’une conspiration ethno-tribale dont serait l’objet l’homme Biyiti Essam qui semble ramer à contre courant de cette tentative de lobbying puisqu’il avoue lui-même la faute commise d’avoir fait transiter de l’argent publique dans un compte bancaire privé, en l’occurrence le sien.

L’opinion publique s’intéresse elle aux interviews accordées à BBC et au journal le Messager. On a semblé y entrevoir une campagne de charme auprès d’une presse privée camerounaise qui détient aujourd’hui une grande capacité d’investigation. Le ministre de la communication s’est donc justifié en expliquant au détail près non sans rajouter de petites anecdotes sur la façon dont a été gérés les fonds mis en cause il affirme ainsi être un citoyen ordinaire. Toujours à rechercher le crime commis.  » Je suis serein. Je n’ai tué personne. J’ai peut-être commis une faute de gestion en allant mettre de l’argent public dans un compte privé. Mais j’ai expliqué ce que j’ai fait de cet argent, et les gens ont vu les résultats. Je suis serein. Je suis justiciable. Et si la Justice de mon pays estime que j’ai commis un délit, je suis là. » dit-il. D’un autre coté il dit parlant de la presse privée « La façon dont vous me traitez ne montre pas que vous me considérez comme votre tuteur. Vous me traitez avec une brutalité inimaginable. Jamais dans ce pays, je n’ai vu une campagne de presse de cette nature contre un ministre en exercice. Et c’est votre ministre que vous jetez en pâture comme ça, pour des faits non avérés ». Une affirmation qui a stupéfié beaucoup journalistes du privé qui se souviennent que pendant qu’ils serraient les poches l’office des radios et télévision officielles avait pour lui seul 400 millions de francs CFA. Des analystes de plusieurs médias locaux ont relevé que dans sa démarche médiatique, le ministre s’enfonce dans les soupçons qui pèsent sur lui.

La façon dont vous me traitez ne montre pas que vous me considérez comme votre tuteur. Vous me traitez avec une brutalité inimaginable. Jamais dans ce pays, je n’ai vu une campagne de presse de cette nature contre un ministre en exercice. Et c’est votre ministre que vous jetez en pâture comme ça, pour des faits non avérés.
Jean Pierre Biyiti Bi Essam, ministre de la communication à propos de certains médias privés

Tout d’abord en recourant aux médias non pas pour exercer un droit de réponse mais pour se justifier auprès d’une opinion tant internationale que nationale, il a froidement ignoré une prescription qu’il avait lui-même fait sur la gestion médiatique des questions importantes et pendantes devant la justice. Or dans ce cadre l’enquête en est à son début et pourtant il s’est justifié ouvertement dans au moins deux médias. De même dans l’interview accordée au journal le Messager, les faits relatés laissent beaucoup d’analystes interrogateurs. A quoi par exemple ont servi les écrans plats qui sont utilisés de manière optimale la nuit dans un évènement qui se passait principalement en journée? Pourquoi faire passer l’argent dans un compte privé alors même que le trésor public possède des coffres forts appropriés et adaptés ? Plusieurs autres incohérences de cette nature existent et n’ont pas fait l’objet de réponses claires.

Le ministre a enfin admis une autre faute dans cette interview, il reconnaît avoir reçu des cadeaux d’opérateurs privés exerçant sous le contrôle du ministère des postes et télécommunications ou il était précédemment en fonction comme secrétaire général. A se demander s’il s’est rendu compte qu’il avouait là une autre faute lourde dans l’exercice des fonctions administratives. Le débat est encore ouvert auprès des autorités judiciaires; mais le ministre Biyiti aura au moins compris qu’à défaut de ne pas soutenir les médias privés au Cameroun, il vaudrait mieux ne pas leur manquer de respect. La liberté de la presse a gagné le milieu, et avec elle une plus grande ouverture d’esprit

Jean Pierre Biyiti Bi Essam, ministre de la communication

journalducameroun.com)/n

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