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Cameroun: Le numéro 16 du journal Villes et Communes est dans les kiosques

Un dossier spécial est consacré à Africités 2012. dans son éditorial, Kamdem Souop, le Directeur de publication, évoque la «voix de l’Afrique locale»

Ce n’est certainement pas le cessez-le-feu décrété le 21 novembre dernier entre Israël et le Hamas qui fera oublier l’essentiel. Il se passe quelque chose au Proche-Orient qui est tout simplement inadmissible. Un peuple rendu apatride par la reconstruction de l’Etat d’Israël en 1948 s’exprime de tous les moyens possibles pour obtenir son droit d’exister et à jouir de la terre. La terre? Les «territoires occupés». On y est.

La Palestine, enjeu majeur des religions révélées et qui a valu à l’humanité sa ration de sang (les enfants massacrés par Hérode, le Christ, les victimes des croisades, quelques Israéliens victimes de bombes et roquettes… beaucoup plus de Palestiniens victimes de la puissante armée israélienne) est dite sainte. Sans doute. Mais ce n’est pas ce qui s’y passe actuellement au plus haut degré de l’injustice qui la sanctifiera davantage.

Voici que qu’écrivait Alain Gresh, le 27 janvier 2006 dans Le Monde diplomatique : «La victoire sans appel du Hamas aux élections législatives du 25 janvier 2006 a suscité bien des commentaires et des mises en garde indignées des Etats-Unis et de l’Union européenne, France comprise. […] Le scrutin, tenu sous occupation étrangère, a suscité une très forte mobilisation de la population palestinienne. Plus des trois-quarts des électeurs se sont rendus dans les bureaux de vote. C’est incontestablement une victoire pour la démocratie et la preuve que les Palestiniens y sont attachés. Et les quelque 900 observateurs internationaux ont témoigné de la régularité du scrutin.

Les électeurs ont exprimé leur rejet de la politique suivie par l’Autorité palestinienne et le Fatah sur […] une condamnation de leur incapacité à créer des institutions solides, à éradiquer la corruption, à améliorer la vie quotidienne. Tout le monde en Palestine est conscient des contraintes permanentes d’une occupation qui se poursuit depuis bientôt quarante ans, mais, même en tenant compte de ces conditions, le bilan de l’Autorité apparaît négatif. Il l’est aussi dans le domaine des négociations avec Israël depuis les accords d’Oslo de 1993. Tout le pari de M. Mahmoud Abbas, élu président de l’Autorité en janvier 2005, était qu’une position « modérée » de sa part relancerait le « processus de paix » ; il n’en a rien été. M. Ariel Sharon, qui avait longtemps affirmé que Yasser Arafat était l’obstacle à la paix, n’a rien offert à son nouvel interlocuteur : le retrait unilatéral de Gaza s’est accompagné – c’était tout le but de la man uvre – de l’accélération de la colonisation et de la construction du mur de l’apartheid – malgré la condamnation du Tribunal international de La Haye».

Comme quoi, il y a des situations où la démocratie ne suffit pas. Et les vieux démons refont surface. Mars 2007 : le Fatah et Hamas forment un gouvernement d’unité mais il est traversé de vives tensions. Juin 2007 : le Hamas prend le contrôle de la bande de Gaza (plus de 100 morts dans les combats) et chasse le Fatah. Les États-Unis, L’Union européenne et Israël organisent le blocus de Gaza. Décembre 2008: Opération « plomb durci ». Offensive dévastatrice sans précédent de l’armée israélienne sur Gaza. Plus de 1.400 morts Palestiniens majoritairement civils (13 soldats israéliens tués) sans compter les ruines. 31 mai 2010 : des commandos israéliens attaquent la flottille pour Gaza faisant 9 morts parmi les passagers. Octobre 2012 : élections municipales en Jordanie boycottées par le Hamas. Novembre 2012 : A partir du 14 novembre, assaut militaire israélien contre Gaza (plus de 140 morts Palestiniens).

La communauté internationale si prompte à commenter les processus démocratiques en Afrique se découvre une subite et durable aphonie, avec la complicité des grands médias. On parle bien d’êtres humains qui ont le droit de se réfugier derrière la Charte du Mandé (ancêtre de la Déclaration universelle des droits de l’Homme) pour espérer du monde une compassion qu’on leur dénie au nom d’une souffrance éprouvée par le peuple hébreux et qui lui vaut finalement absolution de tous ses forfaits en
Palestine.

C’est à la faveur d’Africités qu’il me prend l’envie de faire le lien entre le vécu palestinien et l’un des débats qui aura cours à Dakar. Peut-on développer un territoire quand quelques principes universels sont bafoués: autonomie et démocratie, pour ne citer que ceux-là?

L’Afrique aurait tort de ne pas s’exprimer sur ces questions. Certains peuvent croire que ces choses n’arrivent qu’aux autres, mais quand on voit ce qui s’est passé au Zimbabwe, en Libye ou en Côte d’Ivoire, on comprend que changer de statut, pour les individus, les territoires, les Etats et même les régions, dépend de si peu de chose. La voix de l’Afrique a besoin d’être entendue, sur elle-même et sur le monde. Car sans ouverture, nous sommes condamnés à disparaître. L’occasion d’Africités est trop belle.

«Quand la maison de ton voisin prend feu, verse de l’eau sur la tienne», dit une sagesse africaine.

Bonne lecture et qu’on entende la voix de l’Afrique des territoires.

Villes et Communes dans les kiosques
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