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Cameroun: le scandale Huawei

Depuis une dizaine d’années, l’essentiel des marchés publics dans le secteur des télécoms est attribué, sans appel à concurrence, au constructeur hightech chinois en violation de la réglementation

La multinationale Huawei opère en quasi-monopole dans le secteur des télécoms au Cameroun. Installé dans le pays depuis pratiquement 10 ans, l’équipementier télécom se voit attribuer, sans appel à concurrence, l’essentiel des marchés publics dans le secteur pour un montant cumulé dépassant les 500 milliards de francs CFA. Parmi les projets les plus connus du grand public, il y a la réalisation des réseaux CT phones et l’implémentation de la technologie CDMA utilisée par les CT phones (coût non révélé); la pose de la fibre optiqu (60 milliards de francs CFA); et plus récemment, l’exécution du marché de mise en place d’un système de vidéo surveillance urbaine (coût non dévoilé).

Les montants d’autres marchés mal connus du public donnent le tournis. Il s’agit notamment du projet NBN (National Broadband Network), dont les phases I et II auraient coûté aux contribuables camerounais respectivement 100 et 200 milliards de francs CFA. A l’issue du conseil de cabinet du mois de juillet 2014, on a encore appris que «Camtel a été autorisée à signer avec son partenaire technique Huawei Technologies un Memorandum of Understanding (MoU) pour la pose d’environ 4000 Km de fibre optique supplémentaires». Coût du marché: 50 milliards de francs CFA; une fois de plus sans appel à concurrence! Alors que la réglementation sur les marchés publics oblige l’appel à concurrence dès que le marché dépasse 50 millions de francs CFA.

Ces projets ont également pour point commun qu’ils ont pour maître d’ouvrage Cameroon Telecommunications (Camtel), la société publique de télécoms. Tous ces projets sont financés par un endettement du Cameroun auprès d’Exim†Bank Chine et ont une rentabilité très mitigée. Au ministère des Postes et Télécommunications, tutelle de Camtel et pilote du dossier Huawei, c’est l’omerta. Un haut responsable proche du dossier accepte néanmoins de parler sous le couvert de l’anonymat. Il explique: «Si vous essayiez de voir, vous allez remarquer que tous les travaux que Huawei fait au Cameroun résultent de la signature des conventions entre le Cameroun et la Chine. Cʹest ce qui peut expliquer aussi que tous les marchés opérés par Huawei se fassent selon la procédure de gré à gré». Approché, Huawei a refusé de répondre à notre questionnaire.

Tonneau de Danaïde
Ainsi consolidée dans son monopole, l’entreprise chinoise n’a pas obligation de résultats. Et cela se ressent dans la qualité des travaux qu’elle réalise. Des experts pointent nombre de problèmes tant sur la construction du réseau porteur du pays que sur le projet de mise en place d’un système de vidéo surveillance urbaine à Yaoundé.

A Camtel, on parle pourtant de Huawei comme d’un «partenaire stratégique». Ce qui n’empêche pas la Banque mondiale (BM) d’émettre des réserves sur la capacité de l’opérateur historique des télécoms à pouvoir rentabiliser la technologie 3G qu’elle exploitera dès 2015, grâce à la licence que lui a délivrée le gouvernement camerounais l’année dernière.

Le rapport de la Banque mondiale daté de novembre 2014, dont des extraits ont été révélés par l’hebdomadaire camerounais «Repères» édition du 3 décembre 2014, est davantage plus tranché en ce qui concerne l’exploitation de la technologie CDMA conduite par Huawei: «Camtel se contente d’offres minimum et de mauvaise qualité. L’entreprise n’a pas su exploiter la technologie CDMA qui est équivalente à la technologie 3G», dénonce l’institution de Bretton Woods.

Normal que Camtel, l’opérateur public des télécoms au Cameroun, se comporte comme un tonneau de Danaïde. En effet, malgré les investissements de l’Etat en faveur de Camtel, la situation financière de cette entreprise publique est caractérisée par «une structure financière fragile, des cashflows insuffisants» et, surtout, un «déficit chronique de trésorerie né d’un besoin en fonds de roulement important, accentuant la flexibilité et la dépendance financière» de l’entreprise, constatait en octobre dernier l’agence de notation financière panafricaine Bloomfield Investment.


DR)/n

Chez Huawei Cameroun, interrogatoire et refus de communiquer
Huawei n’a pas donné suite à notre demande d’interview. Rendu ce vendredi 23 janvier 2015 au siège de la multinationale chinoise, sis à la rue 1794 au quartier Bastos à Yaoundé, Selina Wang Xin, la chargée des relations publiques en poste se montre très méfiante. «Depuis combien de temps votre journal existe†t†il? Travaillez†vous souvent avec l’ambassade de Chine au Cameroun? Vous voulez dire des choses positives ou négatives sur Huawei? Qui avez†vous d’abord rencontré avant de venir ici? .» mitraille†t†elle, avant de nous exiger un protocole d’interview. Nous nous exécutons.

Nos questions portent en gros sur la situation de monopole dont jouit Huawei au Cameroun. Nous souhaitons aussi une réaction de l’entreprise sur les critiques de la Banque mondiale, notamment concernant la mauvaise exploitation de la technologie CDMA implémentée par Huawei au Cameroun. Mais au lieu d’une réponse à nos questions, nous recevrons plus tard un coup de fil disant que si nous ne dévoilons pas les personnes avec lesquelles nous avons échangé avant de nous rendre à Huawei, nous n’aurons pas d’information de l’entreprise chinoise. Il en sera ainsi.

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Intégration)/n

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