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Cameroun : les avantages du tribalisme pour ceux/celles qui instrumentalisent les populations (Caroline Meva)

Caroline Meva, écrivaine

 » La fièvre monte. Des messages haineux à caractère tribale retentissent sur les médias, Internet et les réseaux sociaux dans notre pays en ce moment. Toutes les strates de la société sont impliquées dans cette escalade de la violence, du haut cadre, des personnalités en vue, aux niveaux sociaux les plus modestes. Les populations prennent fait et cause pour les représentants de leur tribu d’origine et s’alignent automatiquement derrière eux. Pour le moment, les imprécations, les noms d’oiseaux, les menaces ne se limitent qu’au niveau verbal, mais certains se disent prêts et s’organisent pour des affrontements physiques.

Ces dernières semaines, l’on semble avoir franchi le rubicon de la haine tribale. Sur des plateaux de télévision,  l’on voit des responsables d’une certaine envergure, tenir des propos d’une rare violence contre les ressortissants de certaines tribus, et ce, de manière décomplexée, sans état d’âme.  Tout ceci semble se dérouler sous le regard indifférent de ceux qui sont chargés de faire respecter la loi contre le tribalisme. A croire que  certains citoyens jouissent d’une impunité dans ce domaine. En raison de l’exacerbation du tribalisme, le pays s’achemine lentement mais sûrement vers la guerre tribale, le chaos. Cependant,  cette situation,  n’est pas négative pour tous ; certains, notamment ceux qui manipulent les populations et les dressent les unes contre les autres dans des affrontements violents à caractère tribal, en tirent un avantage certain :

– le tribalisme est une arme qui permet aux élites et autres leaders en mal de programme politique et de résultats probants sur le terrain,  de se constituer une base de soutien populaire minimale, sûre et inamovible, quelles que soient les circonstances.

– Le tribalisme  permet de couvrir les turpitudes, les dysfonctionnements, les abus, les crimes et délits de ses promoteurs. L’on constate que, quel que soit le crime commis, il suffit au criminel de faire jouer la fibre tribale, et comme un seul homme,  les frères et sœurs de la tribu se regroupent en ordre de bataille pour défendre leur rejeton, envers et contre tous. Le crime ou délit est purement et simplement occulté, et s’efface devant l’intérêt de la tribu. Le tribalisme apparaît ainsi comme le « kilav » ou la couverture idéale pour dissimuler les crimes, les tares et turpitude de ceux/celles qui instrumentalisent les populations ;  l’on comprend donc pourquoi le tribalisme est leur fonds de commerce.

Les populations qui se laissent manipuler par les promoteurs du tribalisme sont victimes du Syndrome de Stockholm : elles se retrouvent en train de soutenir leurs bourreaux, leurs élites et leurs leaders, qui ne se préoccupent pas de leurs intérêts,  et les ignorent totalement. En réalité,  ces populations manipulées sont les dindons de la farce. L’on assiste à cet effet à des situations aberrantes, inouïes : la plupart de ces populations manipulées  croupissent dans la misère,  n’ont pas accès à la santé,  à l’emploi, à l’éducation, à  l’eau, à l’électricité, à tout ce qui concoure à  la dignité humaine. Elles sont privées quasiment de tout et sont prêtes parfois à sacrifier leur vie pour soutenir des personnes qui ne font aucun cas d’elles, uniquement parce qu’elles sont issues de leur tribu, pour satisfaire des égos surdimensionnés, et un sentiment aussi vide qu’illusoire, de supériorité ethnique.

– De même,  l’on condamne l’autre d’office parce qu’il est d’une tribu honnie, même si son innocence est établie, preuves à l’appui. La haine tribale aveugle, ôte tout discernement, toute objectivité, et installe la partialité, l’arbitraire, l’intolérance.

Le constat est sans appel : ceux qui sont aux commandes,  qui instrumentalisent les populations et qui profitent du système avec leur familles, amis et connaissances, se connaissent tous, sont solidaires,  entretiennent très souvent des relations d’amitié et de bon voisinage, toutes tribus confondues. Dans le même temps, ces apôtres  de l’apocalypse, de la division et du chaos jettent les populations les unes contre les autres dans des guerres tribales dont ils sont les seuls à tirer profit.« 

Caroline Meva, écrivaine

 

 


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