Dossiers › Présidentielles 2011

Cameroun: Les curiosités de la campagne présidentielle

Financements en un poids deux mesures, batailles rangées, oublis et omissions des candidats. Le cas Biya, ou la mystique du pouvoir.

1- Financements à deux vitesses
La première semaine de campagne est derrière nous. Non sans laisser des souvenirs impérissables. A mi-parcours de la campagne présidentielle camerounaise, l’une des images fortes reste sans doute ces importantes sommes d’argent collectées au cours des meetings du parti au pouvoir. Effet de mode, les équipes de campagne du candidat Paul Biya ont transformé leurs premières assises en tontines géantes, où l’argent (parfois suspect) circule abondamment. Les sommes collectées donnent parfois le tournis. Environ 550 millions de FCFA collectés par une dizaine de personnes dans la région du Nord Ouest. Un homme d’affaires nommé Danpoulo aura contribué à lui seul pour un montant de 100 millions de FCFA à cet appel de fonds. Paul Biya et son épouse, quant à eux, auraient respectivement cotisé chacun une somme de 10 millions de FCFA. L’un dans le Dja et Lobo (département d’origine du chef de l’Etat sortant) et l’autre dans la Haute Sanaga (département d’origine de la maman de la Première dame). L’information est révélée par Louis Paul Motaze et Bernard Messengue Avom, respectivement coordonnateurs de la campagne du candidat – président dans les deux départements cités supra. A s’en tenir aux différents comptes -rendus relayés par les médias, le Premier ministre aurait officiellement apporté pas moins de 35 millions de Fcfa à la cagnotte du président Biya. Le même montant a été versé par une « élite » dans le Mbéré. Au-delà des individus, les circonscriptions électorales rivalisent d’adresse dans la mobilisation des fonds. 30 millions de FCFA dans le Moungo. 27 millions de FCFA dans la Vina. Environ 50 millions de FCFA à Edéa. 40 millions de FCFA dans la Haute Sanaga. 50 millions de FCFA environ dans l’Extrême – Nord. 20 millions de FCFA à l’Est. 5 millions de FCFA dans la mairie de Yaoundé II. 5 millions de FCFA à Kobdombo. La liste n’est pas exhaustive. Ce qui ne manque pas de susciter un questionnement : d’où vient autant d’argent dans un pays avec plus des trois quarts de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté ? Le candidat du Rdpc ne finira-t-il pas otage des forces de l’argent, qui financent actuellement sa campagne ? Dans un pays pauvre très endetté, où plus de la moitié de la population vivrait avec moins d’un dollar par jour, est-il normal qu’un parti politique et son candidat acceptent 100 millions de FCFA d’un individu ? En utilisant les moyens de l’Etat (voitures, personnels, argent.) et bénéficiant des fonds privés difficiles à tracer, le candidat Biya ne mérite-t-il pas une disqualification ou un retrait de points comme en Tunisie ? Ces questions se posent avec autant d’acuité que les candidats de l’opposition ne bénéficient pas des financements d’une telle hauteur et des mêmes facilités logistiques. De fait, dans l’opposition, les candidats s’endettent généralement pour préfinancer leurs campagnes électorales, en attendant les fonds publics, qui tardent à être débloqués. Une semaine après le lancement officiel de la campagne présidentielle, la plupart des candidats disent n’avoir pas encore reçu la première tranche (30 millions FCFA ? 45 millions ?) promis par le président de la République dans le cadre du financement public aux partis politiques en période de campagne électorale. Ce qui pose par ailleurs le problème de l’équité dans l’accès aux financements de la campagne électorale au Cameroun.

2-Batailles rangées de positionnement
La mobilisation tous azimuts des pontes du Rdpc cache à peine des calculs insoupçonnés. Chaque responsable en charge de quelque circonscription électorale s’engage à faire le plein des suffrages, en espérant discrètement un retour d’ascendeur du prince. Bernard Messengue Avom parle d’un plébiscite de la Haute Sanaga. Jean Jacques Ndoudoumou annonce 100% en faveur de Paul Biya à Zoétélé. Dans le cosmopolite arrondissement de Yaoundé II, les cadres du Rdpc revendiquent déjà la victoire de leur champion. A les en croire, ce sera la cerise sur le gâteau après le classement très honorable de « leader en matière d’inscriptions sur les listes électorales dans le département du Mfoundi ». Cette précision révèle en fait un non – dit : « nous sommes les meilleurs sur le terrain, et nous attendons en retour une meilleure part du gâteau le moment venu ». Ce qui est vrai pour Yaoundé II l’est également pour toutes les autres circonscriptions électorales. Suffisant pour que les élites (surtout originaires du même coin) se bouffent comme des poissons dans un panier. Les crocs-en-jambe et les peaux de bananes meublent donc la campagne dans les circonscriptions électorales, avec des pontes du parti au pouvoir qui se regardent en chien de faïence. L’exemple de la Haute Sanaga est illustratif de notre propos. L’ancien ministre Pierre Ismaël Bidoung Mpwatt, originaire de Nanga – Eboko, ne compte pas dans les effectifs officiels de campagne du département de la Haute Sanaga. Cette grosse légume a curieusement été « mise en réserve du parti », avant d’être réhabilité pour préparer la venue du président de la République à Maroua. Il s’en ira donc travailler (loin de son village natal) pour le président candidat. A qui profite cet éloignement dans la Haute Sanaga ? A Maroua, la tâche de Pierre Ismaël Bidoung Mpwatt n’est pas de tout repos. Il a en entre les mains une patate chaude, à savoir les éclats de voix et les dissensions au sein de deux partis politiques de la majorité présidentielle, en l’occurrence l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) et l’Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (Andp). En effet, les militants de ces deux partis politiques installés dans la région de l’Extrême Nord du pays critiquent vertement les consignes de vote en faveur du candidat du Rdpc. Comme pour exprimer leur mécontentement, certains militants de l’Andp et de l’Undp se sont ralliés aux candidats de l’opposition. Un cadre de l’Andp dans l’Extrême – Nord est allé jusqu’à offrir un véhicule de campagne au Social democratic front (Sdf). A situation délicate, stratégie appropriée. Bello Bouba Maïgari, le président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), est personnellement descendu à Maroua, pour remettre de l’ordre dans les rangs. « Dans le Diamaré, l’Undp donnera 100% de ses voix au candidat du Rdpc », a-t-on entendu au sortir d’un meeting présidé par Bello Bouba Maïgari. Où sera l’opposition face à la razzia annoncée par le Rdpc? Ses chances de présenter une candidature unique sont de plus en plus maigres. Aucune initiative formelle n’est en vue dans ce sens-là. Certes, deux à trois candidats sans véritable étoffe n’évitent pas le sujet. Mais, force est de constater qu’ils en parlent sans conviction. Les autres candidats parmi les mieux établis sur le territoire national n’en font pas allusion dans leurs sorties publiques. Sont-ils toujours hantés par les expériences malheureuses des précédentes élections ? Sont-ils faits pour ne jamais s’entendre ? Les questions restent posées et les réponses sont attendues à quelques jours du scrutin.

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3-Le cas Biya, ou la mystique du pouvoir
Au dixième jour de la campagne électorale, le président de la République – candidat à sa propre succession, n’est pas sorti de son palais. Il n’a encore rien dit. Ses lieutenants sont sur le terrain pour battre campagne. Tâche ardue s’il en est. Et pour cause, la primeur de l’offre du candidat Biya ne saurait être délivrée par quelqu’un d’autre. Conséquence : le discours des pontes du Rdpc est celui du bilan de la politique des grandes ambitions. Il n’y a pas beaucoup de choix que de s’en tenir aux bilans, en attendant que le candidat Paul Biya sorte de son mutisme embarrassant. Qu’à cela ne tienne, des dispositions sont prises sur quatre sites pour accueillir le candidat du Rdpc : Kribi ; Memve’ele ; Lom Pangar et Maroua. Il s’y rendra pour la pose de la première pierre de quelques projets structurants, dans la perspective des grandes réalisations proclamées au cours de son discours d’orientation générale, lors du troisième congrès ordinaire du Rdpc. Partira, partira pas ? Nul ne peut le dire avec précision actuellement. L’agenda du président de la République reste secret. Juste quelques indicateurs laisseraient croire qu’une sortie à Maroua est plausible. Pierre Ismaël Bidoung Mpwatt est à pied d’ uvre depuis quelques jours dans cette partie du pays, à l’effet de préparer au mieux la venue du président – candidat. Bien plus, les élites et forces vives de l’Extrême – Nord multiplient des réunions préparatoires à la venue du candidat- président. Mais, tout le monde aborde la question avec prudence. « S’il vient, comment nous allons l’accueillir ». Ainsi s’exprimait Cavaye Yeguie Djibril, le responsable régional de la campagne de Paul Biya dans l’Extrême – Nord. C’est tout dire sur le clair-obscur autour de ces visites longtemps annoncées.


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