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Cameroun : les défis à relever avant la CAN 2021 selon l’expert-comptable Emile Bekolo

Emile Bekolo

Alertes sur la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) au Cameroun

Cinquante ans après avoir organisé la 8e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) en 1972 qui ne comptait que 8 nations, le Cameroun organisera la 33e édition de cette compétition du 9 janvier au 6 février 2022 avec cette fois-ci 24 nations. A 60 jours du match d’ouverture Cameroun-Burkina Faso le 09 janvier 2022 au stade Complexe sportif Olembe à Yaoundé, il est maintenant quasi assuré que les six stades où se jouera la compétition seront prêts. Toutefois, pour les observateurs et les milieux d’affaires, plusieurs sources d’inquiétudes demeurent et menacent le succès de cet évènement et ses retombées économiques pour le pays.


La première source de menaces sur la CAN est le très mauvais état des infrastructures routières dans les villes de Yaoundé et de Douala. L’inquiétude vient du fait qu’à 60 jours du début de l’événement ces deux principales villes du Cameroun qui accueilleront la moitié des équipes en compétition (12/24) et leurs supporteurs, ne sont même pas en chantier alors que les routes continuent paradoxalement de se dégrader au lieu de s’améliorer à l’approche de l’évènement.

La circulation routière à l’intérieur et entre ces deux villes est un véritable cauchemar. Les pertes de temps sont énormes et les accidents sont de plus en plus nombreux et spectaculaires. Comment les populations vont-elles se déplacer pendant la CAN à Yaoundé et à Douala pour continuer de vaquer à leurs occupations alors que des milliers de supporters étrangers et même nationaux vont y déferler?

La deuxième source de menaces sur la CAN est le désordre public croissant qui prend de l’ampleur dans les villes de Yaoundé et de Douala à mesure que la CAN se rapproche. A 60 jours de l’évènement, les motos-taxis continuent de croître et de circuler dans un désordre urbain encouragé par l’impuissance de l’État et le laisser-faire. Celui-ci semble avoir intégré les « benskins » parmi les transporteurs officiels de la CAN, alors qu’ils ne sont même pas identifiés par une immatriculation, une assurance, ou un permis de conduire. Il en est de même des véhicules épaves en circulation ou abandonnés le long des routes et des trottoirs des villes de Yaoundé et de Douala.

Autre aspect du désordre public encouragé par l’État, est le phénomène des civils en « gilets jaunes » qui au nom d’une prétendue prévention routière, interpellent les usagers de la route et les citoyens pour leur extorquer de l’argent. N’y a-t-il plus assez de policiers et de gendarmes au Cameroun pour contrôler les usagers de la route? Imaginez ces « gilets jaunes » non investis de l’autorité publique et parmi lesquels des bandits sont infiltrés, interpellant des visiteurs étrangers sur les routes !

Le développement anarchique des marchés le long des routes de Yaoundé et de Douala est un autre phénomène du désordre urbain qui rend la circulation difficile. Ces désordres qui se sont installés et développés à Yaoundé et à Douala constituent une grave menace pour le succès de la CAN.


La troisième source de menaces sur la CAN est la crise institutionnelle dans laquelle est embourbée la Fédération camerounCameraise de Football (Fecafoot) depuis plus de 10 ans avec une succession de comités de normalisation et de dirigeants mal élus et contestés. Il est surprenant qu’à 60 jours du début de la CAN, l’État du Cameroun ne frappe toujours pas du point sur la table afin de mettre fin à la « récréation » qui prévaut à la Fecafoot, alors qu’il est évident que le désordre qui y règne actuellement et entretenu par les instances de la FIFA, aura un impact négatif sur les performances de l’équipe nationale de football « les Lions Indomptables ».

Une élimination précoce de l’équipe nationale du Cameroun pourrait créer une grande déprime dans un pays déjà fragilisé par la crise anglophone et les querelles internes. Les plus vieux se souviennent des conséquences fâcheuses pour les dirigeants et pour le pays, de l’élimination des Lions Indomptables à la CAN de 1972 par le Congo en demi-finale. La situation de crise institutionnelle de la Fecafoot est une menace sur le succès de la CAN que le gouvernement ne devrait pas sous-estimer.

Pour rassurer les populations et les milieux d’affaires qui s’inquiètent du faible niveau d’amélioration des infrastructures routières à 60 jours du match d’ouverture de la CAN, l’État devrait résolument mettre les villes de Yaoundé et de Douala en chantier nuit et jour pour essayer de rattraper les retards et montrer sa détermination à résoudre ce problème. Le gouvernement devrait aussi intervenir rapidement pour mettre fin aux désordres urbains et à l’interpellation des usagers de la route par des civils en « gilets jaunes ».

L’État devrait créer de grands dépotoirs dans les banlieues de Yaoundé et de Douala pour y mettre en fourrière les milliers de véhicules et de motos épaves ou en très mauvais état qui circulent et encombrent la voie publique. Enfin, pour créer un climat de sérénité autour des Lions Indomptables, l’État devrait réunir tous les protagonistes de la Fecafoot pour une « union sacrée » pendant la CAN en attendant que des élections soient organisées après cet important évènement pour le pays. C’est à ces conditions que le Cameroun pourrait réussir sa CAN.

Emile C. BEKOLO, Expert-Comptable


 

NB  : le titre de la tribune est de la rédaction.


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