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Cameroun: Les étoiles du marketing et la communication priment les entreprises ce weekend à Douala

Entretien avec son promoteur, Ferdinand Nana Payong, qui évoque les 10 ans du concept, ses autres projets, sa vie!

Expliquez-nous globalement le concept les étoiles du marketing que vous organisez au Cameroun
En 2000 nous avons organisé un forum et un séminaire consacrés aux nouveaux outils du marketing des années 2000. Il ressortait de nos travaux que dans plus de 50 % d’entreprises et institutions, les postes de responsables de marketing ou de communication étaient dirigés par des personnes qui en étaient un peu étrangères. Nous avons donc pensé qu’il était bon de faire un diagnostic. Ce diagnostic nous a conduis à comprendre que nous étions comme les cordonniers, c’est-à-dire les plus mal chaussés. Ça veut dire que nous ne faisions pas la promotion de notre métier. Les responsables de ces institutions et de ces entreprises n’étaient pas spécialement de mauvaise foi, simplement qu’ils ne savaient pas quelle était l’importance du marketing ou de la communication pour une entreprise qui plus est dans un contexte d’économie du marché. Donc, nous avons conclu qu’il fallait faire une promotion du métier et l’idée d’organiser les étoiles qui sont des awards pour récompenser justement ceux qui l’ayant compris réussissent dans ce contexte là, utilisent des jeunes à qui ils confient des responsabilités dans l’entreprise. Et rappeler par ce biais à tout le monde que dans les universités et grandes écoles camerounaises, on forme des jeunes en marketing et communication et que c’était bon de leur mettre le pied à l’étrier.

Cette année va se dérouler la 10ème édition des étoiles du marketing, quelles sont les principales articulations?
Ce n’est pas la 10ème édition mais ce sont les dix ans, parce qu’on a démarré en 2001 mais en fait c’est la 7ème édition parce que pour les deux premières éditions, nous le faisions tous les deux ans. Pour des raisons budgétaires que nous n’avons toujours pas résolu mais nous traînons ça comme un serpent de mer. Les articulations sont quasiment les mêmes que depuis trois éditions. C’est-à-dire que nous lançons un appel aux jeunes, nous recevons leurs lettres de motivation et cv, nous les sélectionnons et nous faisons d’eux des jurés. Cette partie a déjà été faite. La deuxième partie qui consistait à sortir les catégories dans lesquelles vont être nommés et les entreprises successibles de recevoir un trophée ça aussi ça déjà été fait. La troisième partie est en cours, ce sera le séminaire d’harmonisation. Parce que comme je vous l’aie expliqué ces membres du jury sont issus d’une douzaine d’universités et grandes écoles et chaque institution a sa culture. Ce qu’on appellera action corporate dans une école peut s’appeler action institutionnelle dans une autre école. Après quoi nous allons inviter les entreprises à venir participer au grand oral. C’est un forum au cours duquel les entreprises viennent présenter leurs High light, les grandes lignes de leurs actions de l’année précédente devant les jurés pour les permettre de décrypter leurs activités, parce qu’il est difficile par exemple de juger un architecte parce qu’il a donné une forme particulière à un immeuble sans lui avoir demandé les raisons qui l’ont poussé à le faire. Après donc ces oraux, ce sera la dernière étape, les délibérations et puis on consacre les heureux gagnants le 31 juillet.

Quel bilan faites-vous des dix années des étoiles du marketing au Cameroun ?
Nous ne pouvons pas nous seuls faire un bilan, nous pensons que plusieurs parties prenantes peuvent le faire. C’est-à-dire les professionnels du métier, les entreprises, les institutions, les enseignants, les établissements et les pouvoirs publics. Très humblement, nous avons voulu faire un petit peu parler du métier, et donc si nous voulons faire un bilan, nous avons eu l’occasion pendant dix ans à chaque fois de parler à peu près deux cent ou trois cent fois par an du métier. C’est-à-dire que si notre évènement n’existait pas nous n’aurions pas la chance d’être interviewés par vous par exemple. Donc c’est pour nous un alibi pour prendre la parole et parler de notre métier. Si nous faisons un bilan empirique, on peut considérer que nous avons donné l’occasion à des jeunes de plusieurs universités qui ne se connaissaient pas de se retrouver une fois par an, se découvrir avant de devenir demain des concurrents ou des collègues dans l’entreprise. Nous pensons que ça, ça peut aider beaucoup dans l’intégration. Nous pensons également que pendant les dix ans, nous avons permis à des centaines de jeunes, ils sont à peu près quatre cent aujourd’hui qui sont passés par là, d’avoir une occasion de plus de se frotter au monde professionnel. Nous avons donné l’occasion aux responsables de marketing ou de communication au sein de leurs entreprises d’avoir un sujet de plus pour justifier le maintien ou l’augmentation d’un budget.

Vous êtes bien connu dans l’univers du marketing, mais peu de gens vous connaissent, qui est Ferdinand Nana Payong ?
Je suis né à Bamena, un village qui est dans le département du Ndé. J’ai fais mes études au Cameroun et en France. Après j’ai eu la chance de rentrer dans une école d’ingénieur de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, l’Ecole supérieure de technologie électrique où j’ai fait la filière ingénieur technico-commercial. Au bout de deux ans j’ai interrompu mes études pour venir représenter une entreprise au Cameroun qui exploitait des ultras légers motorisés (Ulm). Et on a fait des dépendages agricoles aériens et puis la publicité aérienne. Je suis marié et père d’une fille.

Comment en êtes-vous arrivé à devenir l’un des marqueteurs les plus dynamiques du Cameroun, peut-on parler d’une passion que vous nourrissez depuis l’enfance ?
L’une de mes photos que je ne retrouve d’ailleurs plus, que mon papa m’a offerte et je n’ai jamais su pourquoi, et il est parti sans que je ne lui pose la question. Je crois que je devais avoir dix ans il m’a offert la photo de Paumier Boniface. Sur cette photo Paumier Boniface fait de la publicité, il est manifestement dans un studio de photo et il a le bras levé, sa signature sur la photo c’est : Paumier Boniface s’habille en tergal. C’est un tissu à l’époque quand vous le portiez on disait que vous êtes bien habillé. Donc chaque fois que je voyais cette photo je pensais que c’était une interpellation. Et puis je me suis toujours intéressé à ça étant très jeune. Quand je suis entré à l’école d’ingénieur le premier exposé que nous faisons, tous les autres vont dans les centrales nucléaires ou thermiques moi j’ai choisis d’aller faire le journal de 18h d’un certain Jacques Chapuis sur Rtl. Et nous avons fait un reportage en direct, alors que nous étions plutôt dédiés à faire des études d’ingénieur en électronique. Donc c’est une passion. Ça nous quitte de moins en moins, jusqu’à mon âge dès que je découvre qu’il y a un séminaire quelque part et que j’ai le temps et les moyens je prends l’avion pour aller le faire.

Ferdinand Nana Payong, promoteur des étoiles du marketing et de la communication

Journalducameroun.com)/n

Depuis la bourse du livre vous êtes revenu chaque fois avec un nouveau concept, quelle est votre source d’inspiration ?
Je suis comme un chanteur qui écrit une chanson parce que le hasard de la vie a fait qu’il soit inspiré parce qu’il y a eu une situation. Quand il y a une situation, l’inspiration peut venir. La dernière c’était pour les jeunes lorsque nous avons organisé la bourse de l’emploi, c’est parce que j’ai constaté que beaucoup sortaient de l’école sans qu’on ne leur ai appris à rédiger un Cv vendeur ou bien une belle lettre de motivation ou comment aller se vendre dans un entretien d’embauche. L’outil indispensable pour vendre c’est le marketing, alors pourquoi on peut faire du marketing pour vendre des livres, la savonnette et ne pas le faire pour trouver un emploi ? Bon ça c’était une interpellation et l’inspiration est venue. Donc je ne sais pas comment ça vient, mais parce que d’abord on est disposé et puis après on agit. Parce que cette inspiration tout le monde l’a mais c’est franchir le pas, aller vers l’action qui est difficile.

Certains s’interrogent sur le fait que vous ne parvenez pas vous-même à créer une entreprise championne de la vente.
Je leur réponds que s’ils vont regarder dans les anales des ventes de livres, qu’ils voient le nombre de livres qui a été vendu en Afrique. Notamment ‘Ma vie’ de Bill Clinton qui a été confié à mon entreprise en 2003 par les éditions Odile Jacob. S’ils voient les ventes de livres de Michel Lafon qui était un grand éditeur français sur à peu près douze pays avec lesquels nous collaborons pour leur diffusion, je pense qu’ils vont se rendre compte qu’on peut vendre sans forcément claironner. Donc, être champion de la vente ça ne se décrète pas. Mais j’estime que la course n’est pas à être champion mais plutôt d’être épanoui dans ce qu’on fait. Et pour l’instant nous faisons par exemple les dix ans des étoiles du marketing et de la communication, et si on avait vraiment spécialement envie d’être champion, on brandirait un certain nombre de trophées mais nous sommes plutôt là pour consacrer ceux qui sont champions. Notamment les entreprises qui se battent tous les jours et qui offrent des emplois aux jeunes camerounais.

On vous aurait retiré la régie des évènements au palais des Sports, qu’en est-il exactement ?
C’est vrai. Parce qu’il y a au Cameroun des gens qui pensent qu’ils peuvent ne pas vendre leur âme pour gagner de l’argent. Il y a des gens qui pensent qu’au-delà des discours lorsqu’on parle de l’éthique certains doivent montrer l’exemple. Et pour le palais des Sports, on avait un mandat délivré par le ministère des Sports qui a été suivi par une démarche tout à fait professionnelle, nous étions plusieurs entreprises en concurrence. Entre temps certains responsables qui sont en dessous de M. le ministre (le ministre Edjoa de l’époque), ont voulu m’imposer une manière de faire, et dans mon éducation il y a des choses que je me refuse de faire. Et je suis plutôt fier d’avoir refusé de faire ce qu’on m’imposait de faire, parce que je reste en harmonie avec ma conscience. Mais en peu de temps ce que nous avons fait au palais des Sports était juste les prémices de ce que nous avions envie de faire. Nous voulions faire venir au Cameroun des grandes stars de la musique, des grands événements sportifs pour permettre aux Camerounais à qui on a offert un instrument de cette qualité de pouvoir s’épanouir, mais certains ne l’ont pas voulu mais nous ne nous en portons pas plus mal.

Quel est votre rêve le plus grand ?
Je rêve de voir les gens comprendre ce que c’est que la vie. C’est-à-dire c’est quelque chose de très très simple, de très éphémère qui ne dépend pas de nous et que ça ne sert à rien d’essayer d’écraser les autres. Je rêve d’un monde où on évite d’écraser les autres parce qu’ils sont inférieurs, parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils ne sont pas allés à l’école, parce qu’on les voit transpirer sous le soleil et la pluie. Je rêve d’un monde où les gens peuvent se revoir dans le rétroviseur et se dire mon Dieu c’est comme ça que j’étais il y a trente ans et j’aurai aimé qu’on me traita comme ceci, et se mettent donc à traiter leurs concitoyens de cette façon là.


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