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Cameroun : les sécessionnistes, sourds aux appels de Paul Biya ?

Paul Biya, le président de la République.

Le cycle de la violence ne s’arrête pas dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, malgré la main tendue et les menaces du chef de l’État.

La situation ne semble pas s’apaiser dans la crise anglophone. Une cinquantaine de morts depuis le début de l’année 2019. Les victimes se comptent dans les rangs des sécessionnistes. À l’instar de la trentaine d’hommes armés tués mi-janvier, ou encore des 14 autres abattus le 29 janvier.

Mais aussi du côté des civils et l’armée qui  payent également un lourd tribut.  Le haut commandement militaire ne communique pas sur les pertes de l’armée, cependant des morts sont enregistrés quasi quotidiennement dans les rangs. C’est le cas de cet élément de la Marine nationale décapité dans à Limbe (Sud-Ouest) fin janvier, ou celui de ce policier tué à Bamenda le 28 janvier.

Pourtant, l’on se serait attendu à une évolution différente après les récentes mesures et les appels du président Paul Biya.

La dernière grande mesure en date est celle qui crée le Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration (CNDDR) en décembre 2018. Sur le sujet, les choses patinent.  Comme en témoigne cette réponse gênée de Bernard Fonju Njukang, coordonnateur régional du CNDDR dans le Nord-Ouest après une rencontre avec les partenaires au développement, mercredi 13 février à Yaoundé.

« Nous avons des résultats probants et encourageants. L’opinion, vu le contexte, peut être impatiente, mais le CNDDR n’est pas une invention camerounaise, ce n’est pas au Cameroun qu’il est créé pour la première fois. Dans d’autres pays, ce mécanisme a été mis sur pied. L’on a souvent passé parfois six mois sans résultats. Dans notre cas, nous en avons déjà. Je me réserve pour l’instant de donner les chiffres exacts, mais au centre régional de Buea, les résultats sont palpables », a tenté d’expliquer le responsable régional de CNDDR.

Le président Paul Biya n’en mène pas large non plus. En effet, comme agacé par ce conflit qui s’enlise après deux ans d’une crise qui a débouché sur une lutte armée entre le pouvoir de Yaoundé et les extrémistes dans les régions anglophones, Paul Biya a haussé le ton en novembre 2018.

À l’occasion de son investiture pour un septième mandat consécutif, le chef de l’État avertissait : « à ces entrepreneurs de guerre, qui mettent à mal notre unité nationale et prônent la sécession, il faut qu’ils sachent qu’ils se heurteront non seulement à la rigueur de la loi, mais aussi à la détermination de nos forces de défense et de sécurité. Je leur lance un appel à déposer les armes et à retrouver le droit chemin ».

Le 31 décembre de la même année, il mettait de nouveau en garde : […] j’ai à cet égard, instruit que tous ceux qui ont pris les armes, qui exercent des violences ou qui incitent à la violence, soient combattus sans relâche et répondent de leurs crimes devant la justice ».

Une menace réitérée le 18 janvier 2019 à l’occasion de la sortie de la 36e promotion de l’Enam : « des groupes armés, s’appuyant sur un projet sécessionniste chimérique, y ont ces derniers mois, répandu la mort et la désolation, tuant, mutilant, incendiant et détruisant de précieuses infrastructures. […] aux criminels qui persisteront à rester sur la voie de la violence, ils savent ce qui les attend. Les forces de défense et de sécurité continueront à faire leur devoir, avec fermeté, détermination et professionnalisme ».

Les menaces présidentielles semblent ne pas avoir les effets escomptés sur le terrain, sinon amplifier le cycle de la violence. Comme le constate le professeur George Orock Enow, directeur de l’hôpital régional de Buea, dans le Sud-Ouest. Dans une sortie, le responsable analyse : « les occasions de résoudre cette crise ont été manquées… Les gens se sont radicalisés. Tant de gens sont morts. Soldats, civils et combattants du gouvernement ».

Il conseille : « Si à 18 heures, le chef de l’État libère toutes les personnes arrêtées, y compris les dirigeants, dans un délai maximum d’une semaine, les problèmes seront résolus à environ 40%. Plus vous brutalisez et arrêtez les combattants, plus vous radicalisez les jeunes ».

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