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Cameroun: Lettre à Grégoire Owona, Secrétaire Général Adjoint du Rdpc

Par Venant Mboua Journaliste/Comédien, Militant des droits de la personne

Lettre à Grégoire Owona
Secrétaire Général Adjoint du Rdpc

Monsieur Owona,
Je dois vous avouer que de tous les aparachiks du Rdpc, vous êtes le plus sympathique à mes yeux (j’espère que j’ai le droit d’émettre un jugement sur les personnalités publiques sans me faire taper sur la gueule), parce que vous, au moins vous cherchez à débattre (il vous arrive même d’aller sur les plateaux des radios pour discuter avec les journalistes), vous au moins, vous descendez de votre fauteuil ministériel pour assister à des événements artistiques avec le petit peuple, sans garde du corps, sans costume-cravate. Il faut être malhonnête pour ne pas reconnaître que, sur ce plan, vous êtes un marginal au sein du cercle managerial de votre parti. Cela étant, je dois aussi reconnaitre que, dans beaucoup de vos sorties, il se dégage un parfum de démagogie qui atténue toujours mon enthousiasme. Vous organisez parfaitement vos opérations de communication, dans l’intérêt du Rdpc et de son chef. J’admets là aussi que vous êtes certainement l’un des rares dirigeants rdépécistes à faire de la politique. Vous seriez certainement un excellent homme politique si vous luttiez à armes égales contre vos adversaires dans un même combat. Mais cela n’est pas le cas. Vos adversaires politiques se battent pour faire vivre des partis politiques tandis que vous, vous animez la vie d’une administration publique politisée. Vous ne faites donc pas le même job.

Monsieur Owona,
Vous avez adressé une mise au point au quotidien Le Jour, pour dénoncer la virulence, la violence, la haine et les injures contenues dans un éditorial consacré au ralliement de Madame Aminatou Ahidjo au Rdpc. Vous avez fait semblant de ne pas comprendre l’image utilisée par l’éditorialiste, lorsqu’il parle d’une femme nue que vous avez habillée au pagne de votre parti. Vous faites comme si vous ne saviez pas que vous avez organisé un spectacle d’horreur dont vous seuls étiez acteurs et spectateurs et dont vous nous avez montré les images plus tard. Vous faites toujours semblant au Rdpc. Votre parti et votre président dirigent le pays avec des faire-semblant : vous faites semblant d’envoyer des gens à l’école même si des dispositions pour le bon encadrement des étudiants et des enseignants ne sont pas prises; vous faites semblant d’avoir des forces de sécurité pour protéger les populations mais, en réalité, elles servent à la conservation de votre pouvoir; vous faites semblant de légaliser le multipartisme mais en réalité on ne veut qu’un seul parti politique, celui créé par le président naturel, Son Excellence Monsieur le président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement, chef des députés, chef des magistrats, chef des sénateurs, président à vie à tuer! C’est lui, le maître du faire-semblant. Lorsque les institutions internationales se plaignent de la corruption, il initie de fausses enquêtes et lance des arrestations et procès spectaculaires qui ne respectent aucun droit des accusés. Il vit plus à l’étranger que dans le palais où il barricade son pouvoir depuis 30 ans. Quand la date limite de son séjour hors du pays survient, il fait semblant de revenir mais c’est pour mieux repartir avec famille et bagages. Ce qui compte pour vous, ce n’est pas que les choses marchent bien; l’important est que votre pouvoir existe! Vous répugnez à la violence? Mais que faites-vous donc au Rdpc? Vous faites encore semblant d’oublier la violence que votre parti, son chef et l’ensemble de votre système exercent sur les populations camerounaises depuis 30 ans. Il y a toute une échelle de violences chez nous : Paul Biya, votre patron, a accepté la violence des maîtres qui l’ont nommé au Cameroun; vous, ses principaux collaborateurs, vous avez choisi la violence de Paul Biya, votre fabricant; à votre tour, vous appliquez la même violence sur vos subordonnés et ces derniers se défoulent en l’amplifiant bêtement sur les pauvres populations que nous sommes. Nous, citoyens ordinaires, nous sommes finalement les seuls qui n’ont aucun choix. Nous subissons tous les bourreaux, des maîtres coloniaux aux supplétifs de l’administration publique.

Quand l’hôpital se moque de la charité
Vous parlez de votre rêve d’une République exemplaire? Pardonnez-moi mais c’est encore de la démagogie. Si vous, Monsieur Grégoire Owona, vouliez vraiment d’une « République exemplaire », vous seriez ailleurs qu’au Rdpc et autre chose que l’un des principaux responsables de ce regroupement politique pas du tout exemplaire. En réalité, vous travaillez à l’instauration de ce que j’appelle la «République du sissongho», une sorte d’État vicié, violenté et exploité par des gangs de rue, le crime organisé, les cercles ésotériques, les coteries tribales, les appareils répressifs coloniaux dans le seul objectif de préserver le pouvoir omnipotent de Son Excellence le Monsieur national, président de la République, chef de l’État et chef des armées, président à vie jusqu’à la mort! Le malheur du Cameroun ne vient pas des journalistes violents, haineux et de mauvaise fois. Le malheur du Cameroun, Jean-Marc Éla l’a défini, est « qu’il est un pays gouverné par un fils de catéchiste qui est un vrai voyou ». Je sais que vous allez encore parler d’injures. Mais dites-moi, quelles sont les caractéristiques d’un voyou ? D’après tous les dictionnaires, c’est un individu peu scrupuleux qui a très peu de respect pour les lois. Chaque fois que je vois le président Biya, je pense à Don Corleone, le héros du film Le Parrain. C’est le parfait gentleman (apparemment), humain (il en vient à pleurer lorsque des gens qu’il a aidés veulent le payer) jouant les victimes à chaque coup. Dans les faits, vous le savez, Don Corleone soumet tout le monde, exploite tout le monde, par la violence. Don Corleone ne négocie pas. Il fait des offres qu’on n’a pas le droit de refuser; tout effronté le regrette dans les pleurs, s’il ne se noie pas dans son sang ! Voyez qu’il n’est même pas capable de parler à une pauvre veuve, il préfère suborner sa fille la plus jeune!!

Paul Biya, lui non plus, n’a jamais dialogué. On le rallie ou on le subit. Les partis d’opposition en savent quelque chose, eux qui n’ont pour seule période d’activités autorisées que les deux semaines de campagne électorale. Votre parti ne supporte aucune contradiction. La preuve, votre champion, Paul Biya, n’a jamais débattu (et vous nous dites, « débattons». Toujours cette démagogie honteuse!); il n’a même jamais cru bon de s’expliquer devant les Camerounais, sur les graves et innombrables accusations accumulées depuis 30 ans. Ses réponses: «qui sont-ils?», «je ne commente pas les commentaires», sont aussi médiocres que méprisantes. Il méprise ce peuple qui le nourrit grassement depuis bientôt 60 ans! Votre parti n’est pas un parti politique. C’est un gang du crime organisé. Pour mieux assoir son imposture, il a fait main basse sur l’administration publique : les caisses, les biens et les personnels. Ainsi, pour être ne serait-ce que directeur d’une école publique, il faut être du Rdpc. Le monde des affaires n’est pas en reste. L’élite économique du pays est aussi prise en otage. Si l’on veut faire les affaires ici chez nous, on doit impérativement éviter d’être soupçonné de sympathie envers l’opposition. C’est ainsi que vous construisez la «République exemplaire»? Une République exemplaire ne se fait pas avec un président imposé ad vitam aeternam par tous les moyens à la population. Elle se fait avec un peuple souverain, qui choisit effectivement son dirigeant. Or, il me souvient que madame Foning et vous-mêmes étiez les premières personnalités politiques du pays à balancer en public l’idée de la modification de la Constitution pour permettre à M. Biya de devenir président à vie. Vous dénoncez la violence des journalistes? Le maintien de Biya au pouvoir est un acte d’une violence inouïe, vis-à-vis des Camerounais. Le savez-vous vraiment?

Venant Mboua
VM)/n

Vous parlez de haine? Vous, le régime de M. Biya, vous n’aimez pas le Cameroun. Quoi de plus normal que les Camerounais ne vous aiment pas? Vous dirigez le Cameroun comme des étrangers, comme les maîtres coloniaux. Les Français ont tué plus de 500 000 Camerounais, uniquement à l’ouest et en Sanaga- maritime. Ils ont assassiné tous nos héros. Ils n’ont jamais eu de remords ni de mots de regrets à l’endroit du peuple camerounais. Comme eux, votre régime a tué (selon vos propres chiffres) 40 jeunes gens et emprisonné 1700 (âgés entre 15 et 24 ans) en 2008. Ils protestaient contre la modification de la Constitution; ils voulaient une République et non un royaume. Vous n’avez jamais eu de remords ni de paroles de regrets à l’endroit du Cameroun et vous jouez les victimes de la violence des Camerounais? Bon Dieu, c’est l’hôpital qui se moque de la charité! En réalité, votre régime a peur de la violence tout en la développant en nous tous les jours. Voyez comment vous pleurnichez devant un simple éditorial bien pensé, comme un gamin à qui on vient de montrer sa grosse tête. La violence n’engendre que la violence, M. Owona. Vous n’aurez aucun autre résultat que la violence, tant et aussi longtemps que vous gouvernerez par la violence. Si pour un article de presse, vous pleurnichez, que ferez-vous, lorsqu’une violence supérieure à la vôtre surviendra? Vous n’aurez probablement plus vos yeux pour pleurer. Veuillez croire, M. Owona, à mes sentiments patriotiques.

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