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Cameroun: Lettres de Marafa Hamidou Yaya

Les deux documents, publiés par « l’ il du Sahel » évoquent Edgard Mebe Ngo’o, ministre de la Défense et Mvondo Assam alias Bonivan, neveu de Paul Biya

Document: Lette de Marafa H. Yaya a Paul Biya (sur Edgard Mebe Ngo’o, Ministre de la Defense) apres les emeutes sanglantes de Fevrier 2008
« Je Vous ai fidèlement rendu compte de notre mission à boucla et des réunions que nous y avons tenues. Le MINDEF doit avoir l’imagination bien fertile, à moins qu’il n’exprime inconsciemment sa déception de ne s’être pas rendu à Douala, pour des raisons inavouées ! »
MINISTERE DE L’ADMINISTRATION TERRITORIALE ET DE LA DECENTRALISATION

Yaoundé le 25 mars 2008

NOTE POUR MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Permettez-moi, Monsieur Le Président de la République, de Vous présenter mes déférentes excuses de devoir distraire Votre Très Haute Attention de Vos Très Hautes charges, particulièrement en ce moment1 pour Vous faire part de ce qui pourrait Vous sembler futile. Il s’agit des ragots que je juge inacceptables que le Ministre délégué à la Présidence chargé de la défense (MINDEF) n’arrête pas de propager à mon égard.

1) Après les élections de juillet 2007, Vous avez bien voulu m’accorder une permission pour aller réconforter mon épouse opérée plusieurs fois et hospitalisée en France. J’y ai moi-même été hospitalisé et j’ai subi une intervention. Le MINDEF a, à cette occasion, répandu la rumeur selon laquelle je n’étais pas en France pour des raisons médicales mais plutot pour comploter avec certaines autorités françaises afin de déstabiliser notre pays. Ma seule réponse a été de Vous transmettre l’ensemble du dossier relatif à mon état de santé et à mon hospitalisation.

2) En octobre 2007 des informations persistantes ont fait état d’une tentative de déstabilisation de nos institutions. Une fois encore, le MINDEF s’est allègrement répandu sur ma prétendue implication dans cette funeste affaire. Mesurant l’extrême gravité, et constatant la récurrence de telles allégations, de la part d’un personnage important du dispositif gouvernemental, j’ai dû prêter une oreille attentive à une des offres d’emploi qui me sont faites régulièrement. Je Vous ai rendu compte de cette offre d’emploi à l’occasion de l’audience que Vous avez bien voulu m’accorder le 30 novembre 2007. Constatant que je bénéficiais toujours de Votre Très Haute Confiance, je n’ai pas donné suite à cette offre d’emploi.

3) Après les désordres vécus par notre pays du 25 au 29 février dernier, l’attitude du MINDEF à mon égard est tout simplement révoltante.

a) Sur Vos Très Hautes instructions, j’ai conduit une mission interministérielle à boucla, le jeudi 28 février 2008. Avant de nous y rendre, j’ai insisté pour qu’une réunion se tienne au niveau du Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République, afin que l’ensemble des services concernés par la gestion de cette crise en fassent une évaluation commune, et que la coordination des interventions des uns et des autres puisse être améliorée dans le sens d’une plus grande cohérence. Le MINDEF brûlait manifestement d’envie de se rendre à Douala. J’ai insisté pour m’y rendre en compagnie du Secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la Gendarmerie et du Délégué Général à la Sûreté Nationale, estimant que l’intervention publique du MINDEF pourrait conduire à une interprétation malveillante des opérations de maintien de l’ordre dans un état démocratique. Depuis notre retour, le MINDEF raconte à qui veut l’entendre que les propos que nous avons tenus à Douala étaient équivoques. Ce faisant, le MINDEF met en cause mon loyalisme, celui du Secrétaire d’Etat à la Défense, et celui du Délégué Général à la Sûreté Nationale. Alors que rien, ni dans nos propos ni dans nos attitudes, n’est susceptible de donner lieu à suspicion. Je Vous ai fidèlement rendu compte de notre mission à boucla et des réunions que nous y avons tenues. Le MINDEF doit avoir l’imagination bien fertile, à moins qu’il n’exprime inconsciemment sa déception de ne s’être pas rendu à Douala, pour des raisons inavouées !

b) Depuis quelques jours, le MINDEF évoque ma personne devant plusieurs personnalités de la République comme étant «l’ennemi du Président de la République». Cette calomnieuse accusation est particulièrement grave et dangereuse et s’apparenterait à de la haute trahison, compte tenu des fonctions que Vous avez bien voulu me confier. L’insidieuse percolation du venin de cette insinuation aidant, je commence à me demander si c’est pour cela que je ne suis plus convié aux réunions portant sur la gestion ex-post des évènements de la semaine dernière. Si c’est le cas, cela est malsain car des instructions non coordonnées et incohérentes pourraient être données à nos équipes sur le terrain et cela pourrait conduire à des méprises.

c) Il est vrai que plus Souvent que jamais, le MINDEF et moi n’avons pas la même approche des problèmes. Et je ne manque jamais, au cours de nos réunions, d’exprimer mon point de vue. Je considère cela comme étant mon devoir, sinon je ne vois pas mon utilité ni ma valeur ajoutée. Car, contrairement au v u, du MINDEF, je refuserais toujours d’être un « ministre alibi » et j’ai la faiblesse de considérer que la fidélité ne relève pas nécessairement des solidarités primaires, encore que celles-ci, quelquefois de façade, ont montré leurs limites sous d’autres cieux et pourraient même s’avérer très pernicieuses. D’autre part, lorsque Vous avez décidé de me confier les fonctions de Ministre de l’Administration Territoriale en 2002, Vous m’avez explicitement dit ceci : « Monsieur, sachez qu’en vous envoyant là-bas, c’est comme si c’était Moi-Même ». C’est cette extrême marque de confiance qui a guidé toutes mes actions (et qui m’a permis d’accepter en silence certaines avanies) à la tête de cet important département ministériel où j’essaie de donner le maximum de moi-même pour mériter cette confiance, même si pour certains, mon meilleur ne semble pas assez bon. En effet, ce département ministériel est trop délicat, particulièrement en ce moment, pour avoir à sa tête quelqu’un qui ne jouirait pas de Votre Très Haute Confiance.

Monsieur Le Président de la République, permettez-moi également de Vous faire tenir la copie ci-jointe de la lettre en date du 06 janvier 2008 adressée par le Vice-Premier Ministre de la Justice au Secrétaire Général Central du RDPC en réponse à son courrier n°B56/CC/RDPC du 11 novembre 2007. Si ce document est authentique, cela renforce ma perplexité. En effet, si le Ministre de la Justice répondait à une correspondance du Secrétaire Général Adjoint de la Présidence de la République (qui se trouve être la même personne que le Secrétaire Général du Comité central du RDPC) cela rentrerait dans le cadre d’un ordre institutionnel cohérent. Mais tel que libellé, cela ressemble à une dérive qui tend à mettre officiellement l’Etat au service d’une association privée, fut-elle le parti au pouvoir. Si je fais cette remarque, c’est parce que si copie de cette correspondance est arrivée à moi, il est vraisemblable qu’elle soit entre d’autres mains qui pourraient ne pas être nécessairement bienveillantes à l’égard du régime.

Monsieur Le Président de la République,
La période que nous vivons est très délicate. Elle pourrait être exploitée (et elle l’est) par des personnes apparemment au-dessus de tout soupçon, tapies à l’intérieur du système, à d’autres fins. Je sollicite très respectueusement de pouvoir rendre compte à Monsieur Le Président de la République de mon analyse et de mes observations à l’occasion d’une audience que je sollicite vivement.

Très respectueusement. Votre très dévoué.

Lettre de Marafa H. Yaya a Paul Biya, a propos de son neveu Mvondo Assam alias Bonivan

« Si je me résouds à Vous faire parvenir ce rapport sur une affaire qui aurait dû être et rester une banale affaire administrative, c’est parce que des responsables à des niveaux insoupçonnés de la hiérarchie administrative et politique ont délibérément tenté d’instrumentaliser une simple crise de succession à la tête d’une chefferie de 2eme degré à des fins bassement mercantiles pour certains et plus pernicieuses pour d’autres »

MINISTERE DE L’ADMINISTRATION TERRITORIALE ET DE LA DECENTRAUSATION
Yaoundé le 7 septembre 2008

Excellence, Monsieur Le Président de la République,
J’ai le Très Grand Honneur de Vous faire parvenir ci-joint le rapport portant sur la désignation du Chef du 2 degré de SABGA, dans la Province du Nord-Ouest. Si je me résouds à Vous faire parvenir ce rapport sur une affaire qui aurait dû être et rester une banale affaire administrative, c’est parce que des responsables à des niveaux insoupçonnés de la hiérarchie administrative et politique ont délibérément tenté d’instrumentaliser une simple crise de succession à la tête d’une chefferie de 2eme degré à des fins bassement mercantiles pour certains et plus pernicieuses pour d’autres mais en tout cas dénuées de tout loyalisme et de tout patriotisme, puisque n’ayant pas hésité à en appeler à une chancellerie étrangère et à impliquer les Nations Unies dans une affaire qui aurait dû rester au niveau du Préfet de la Mezam.

Excellence, Monsieur Le Président de la République,
Si je me résouds aujourd’hui à distraire Vos précieux instants sur cette affaire qui ne méritait pas à mes yeux de parvenir jusqu’à Vous, c’est pour solliciter respectueusement l’ouverture d’une enquête afin que les responsabilités des uns et des autres soient définitivement et clairement établies. En effet, alors que je croyais naïvement que la paix et le calme étaient revenus à SABGA, voilà qu’un Mbororo « repenti » me fera dire qu’il est rongé par le remords des accusations graves qu’il aurait portées contre ma personne et me fait parvenir une copie de la note en date du 24 juillet 2008 que l’Honorable MVONDO ASSAM Bonaventure, Député à l’Assemblée Nationale, Vice-Président de la Commission de Défense et de Sécurité aurait adressée à Son Excellence Monsieur Le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef des Armées. II convient d’emblée, de relever les inexactitudes contenues dans la note de l’Honorable Député. En effet, il affirme qu’«au Cameroun, on dénombre environ deux millions cinq cent mille Mbororos (2.500.000 habitants).. Ils sont une communauté importante estimée à 12,5% de la population camerounaise »! De même, lorsque Monsieur MVONDO ASSAM Bonaventure relate le « processus de désignation du Lamido disparu» (?), il aurait gagné en objectivité à mieux se renseigner. Il y a également lieu de relever que lorsqu’il cite les gens dans la hiérarchie administrative, l’Honorable député se réfère au Premier Ministre et au Préfet de la Mezam par leurs titres officiels mais préfère délibérément parler de Monsieur MARAFA HAMIDOU YAYA et de Monsieur KOUMPA ISSA (ancien Gouverneur de la Province du Nord- Ouest). En effet, dans le schéma mental que s’est construit le Député, il ne faut citer que des patronymes évocateurs d’une même région, pour mieux conforter sa thèse de complot. Mais au-delà de ce qui précède et qui est somme toute anecdotique, ce sont les accusations suivantes proférées par le Vice- Président de la commission de Défense et de Sécurité de l’Assemblée Nationale qui sont graves, outrageantes et inacceptables. En effet, il affirme:

1. « Monsieur Le Président de la République, dans différentes notes antérieures, nous avons souligné l’ambition d’un grand destin national qui anime Monsieur MA RA FA HAMIDOU YAYA. Nous avons également établi la connexion entre le Ministre d’Etat et El Hadj Danpoulo qui représente et défend ses intérêts à la fois politiques, financiers et économiques. Il est évident que l’action de Monsieur DANPOULO et la grande liberté de man uvres dont il bénéficie s’inscrivent dans un schéma d’assistance de Monsieur MARAFA HAMIDOU YAYA dans sa stratégie de conquête de pouvoir». Monsieur MVONDO ASSAM devra fonder ces allégations dans lesquelles je ne me reconnais nullement mais qui, pour lui, semblent relever de l’«évidence» !

2. «Il nous a été rapporté peut être à Votre insu, que le Ministre d’Etat introduit étrangement dans les réunions de CCO, Monsieur DANPOULO, qui a d’ailleurs abrité l’une d’elles dans son Ranch de Ndawara». Encore une fois, Monsieur MVONDO ASSAM se fourvoie totalement. En effet; le Comité de Coordination de l’Ordre (CCO) est régi par l’instruction présidentielle du 22 novembre 1969, modifiée par celle n°16/CAB/PR du 21 mars 1978. Sa composition est constituée de responsables connus en charge des questions de sécurité.
Les Gouverneurs de province organisent les CCO à chaque fois dans un département différent de leur province. Et lorsque dans un département il n’y a pas de structure publique ou hôtelière susceptible d’abriter ces réunions, le préfet territorialement compétent propose des installations privées pour ce faire. Cela a été le cas dans le département de Ngo Ketunjia où les structures du ranch de Ndawara ont abrité un CCO. Il en a été de même par exemple dans la province de l’Extrême-Nord où le dernier CCO tenu dans le département du Mayo Sava a bénéficié des structures du Vice-Premier Ministre, Ministre de la Justice à Kolofata.

3. «Nous sommes également fondés de penser, de façon rétrospective que c’est dans cette optique que le Gouverneur KOUMPA ISSA, actuellement à Yaoundé, a pour un temps été affecté dans la Province du Nord-Ouest, pour s’assurer et organiser les conditions de ralliement des Mbororos à la cause MARAFA HAMIDOU YAYA. Monsieur KOUMPA ISSA est revenu à Yaoundé, certainement pour une autre mission ». Les Gouverneurs de province sont nommés par Le Président de la République dont ils sont les représentants. Monsieur KOUMPA ISSA a bénéficié de la confiance de Monsieur Le Président de la République successivement à la tête des provinces du Sud, du Nord-Ouest et du Centre où II s’acquitte à ma connaissance des mêmes devoirs que les autres gouverneurs de la République. Si Monsieur MVONDO ASSAM a connaissance d’autres missions qui auraient été confiées à Monsieur KOUMPA ISSA, Gouverneur de la Province du Centre, il devrait le porter à la connaissance de qui de droit afin que toutes les conséquences puissent en être tirées. Compte tenu de ce qui précède, je voudrais solliciter respectueusement l’ouverture d’une enquête sur ces graves accusations afin que le cas échéant, les uns et les autres puissent être rétablis dans leur honneur.

Je Vous prie d’agréer, Monsieur Le Président de la République, l’expression de ma Très Haute considération ainsi que celle de mes sentiments les plus dévoués.



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