Opinions › Tribune

Cameroun: libéralisme dites-vous?…mais quel libéralisme?

Par Hippolyte Nwal

Si on laissait un peu de cote le problème lie à l’origine même de sa fortune, l’un des malheurs de notre pays, dans le retard multiforme qu’il accuse, tient sans doute à la nature même de cette Néo-bourgeoisie, dite « compradore »! Il s’agit de fonctionnaires- anciens pauvres- devenus subitement riches à l’ombre de l’Administration, qui semblent eux-mêmes tellement surpris par leur fortune soudaine, qu’ils paraissent ne pas savoir quoi en faire, au-delà des somptueuses demeures, et train de vie, tant au pays qu’à l’étranger. Ils sont décrits aujourd’hui, être bien plus riches que les hommes d’affaires: ils en présentent en tout cas tous les signes extérieurs!

A l’observation, ils présentent les stéréotypes habituels de l’arriviste, qui agit plus par suivisme et par mimétisme, incapable tant de la moindre initiative originale, que de la moindre inventivité. Or il est bien difficile de faire bouger une société, de faire bouger une économie,.de faire bouger les lignes, sans ces deux facteurs; qu’ils soient pris isolément, ou ensemble, concomitamment.

Plutôt que de créer de la richesse, leur inclinaison naturelle est de se substituer à l’Etat au nom d’un libéralisme-alibi et de simple façade, s’emprisonnant de manière bornée dans cette logique née avec le renouveau, qui s’est appliquée à faire de l’administration le secteur le plus frugifère; à l’oppose du sacerdoce, qui devrait rester son principe fondateur. Un « libéralisme » en effet, qui a pour corollaire une désétatisation en trompe l’ il, car il s’agit en réalité de déshabiller Pierre, pour s’habiller soi-même: une véritable spoliation, en somme. Exit donc le nécessaire jeu de la concurrence pour le bénéfice du citoyen consommateur, qui doit pourtant rester à la base de tout libéralisme se voulant véritable.

Les exemples sont légion, dans tous les secteurs de l’économie:
Dans le transport en commun, ou on tue dans l’ uf toute initiative publique, pour faire exister a la place des compagnies privées de transport, qu’il s’agisse du secteur interurbain, ou pour assurer l’interconnexion entre les différentes villes du pays. Le transport ferroviaire, avec la fermeture de nombreuses lignes et gares ferroviaires, n’a pas connu meilleur sort. Et l’absence d’une volonté d’entretien des voies et équipements est venue parachever le tout, avec la catastrophe encore fraiche d’Eseka. Quand on voit l’essor que connaissent d’autres Compagnies nationales de transport aérien (Ethiopian Airways, Rwanda Airways, Nigeria Airways, Kenya Airways.), on comprend vite que Camair Co est entravée dans son développement, par des difficultés conflictuelles de même nature.

On pourrait citer aussi l’Education, ou l’Enseignement Public est en chute libre constante, contrastant avec l’essor des Ecoles, collèges et universités prives, dont les tarifs restent hors de la portée du commun des Camerounais, mais qui sont le fait de cette même Bourgeoisie. – Il en est de même pour la sante publique, ou les hôpitaux publics transformés en mouroirs déjà difficiles d’accès, au grand bénéfice de cliniques privées, en plein boom.

C’est également le cas dans l’Immobilier. Il s’agit ici de leur secteur de prédilection, pour son cote « Rente facile », ou tous les segments sont investis par eux, de l’Immobilier de standing aux mini-Cités pour Etudiants, avec une variante dans l’immobilier touristique et hôtelier. En y réfléchissant, on croit comprendre pourquoi aucun effort n’est fait en parallèle, pour créer les conditions et mettre en place une véritable politique de logement social, a même de résorber le déficit de logements, entrainer une baisse des prix selon la loi de l’offre et de la demande qui régit tout marche; mais aussi améliorer sensiblement ainsi que faciliter les conditions de logement de la majorité des Camerounais. Plutôt que cela, les Camerounais, absorbes par leurs galères incessantes, n’ont même plus la lucidité de se poser les bonnes questions devant le spectacle ubuesque d’une SIC transformée

En ectoplasme bureaucratique, pendant que des Groupes prives « Etrangers » viennent s’imposer comme leaders dans la construction de logements dits sociaux, comme il n’est pas courant de voir, sous des cieux ou la notion de logement social garde tout son sens! En détruisant l’existant, faute d’inventer, d’innover ou d’améliorer à partir de celui-ci, ces nouveaux riches créent davantage de la rareté. Ils ne créent, ni richesses, ni valeur ajoutée. La rareté est antinomique au libéralisme véritable, qui lui a ceci de particulier qu’il vise en permanence a améliorer la donne sur les différents segments de marche, par une amélioration du rapport qualité/prix, en cherchant la parfaite adéquation entre l’offre et la demande. Cette même rareté est par contre, le terreau le plus fertile, et de prédilection de toutes les mafias, ainsi qu’à toute économie mafieuse!

Le comportement de ces nouveaux riches se rapproche plus à celui de parfaits parasites. Or le libéralisme, c’est tout, sauf du parasitisme. Libéralisme ne saurait être dissocie d’inventivité, et d’innovation. Le libéralisme véritable dans tous les cas, ne saurait avoir pour effet de faire reculer un tissu économique, comme c’est le cas chez nous actuellement, avec une nette tendance à l’ensauvagement. Que leur argent soit le fruit de vols répètes et autres actes de prévarication à l’endroit de la fortune publique ne saurait, a lui seul, expliquer une telle indigence dans la réflexion et l’imagination!


Droits réservés)/n


A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

L’Info en continu
  • Cameroun
  • Afrique & Monde
Toute l’info en continu
À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Back top
error: Contenu protégé