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Cameroun: l’industrie textile en quête de rebond

Le pays ambitionne de transformer localement la totalité de sa production de coton fibre au cours des dix années à venir

Environ 110.000 tonnes annuelles actuellement, le Cameroun ambitionne de transformer localement la totalité de sa production de coton fibre au cours des dix années à venir, en vue de la relance de l’industrie textile nationale fortement concurrencée par la friperie et des importations dites frauduleuses. Le sujet était au centre d’une concertation tenue vendredi 27 mars 2015 à Yaoundé.

En 2013, le marché du textile camerounais a enregistré 290.000 tonnes de tissus importés, d’après les estimations. C’est un chiffre jugé énorme, comparé à la production nationale fournie par la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), la principale entreprise du secteur détenue par l’Etat, dont les capacités de transformation se sont limitées à quelque 1.500 tonnes de coton fibre.

« La demande de tissus est satisfaite à plus de 90% par les importations. Les tissus importés sont en nette augmentation (+ 12% par an), atteignant en valeur 5 milliards de francs CFA (environ 10 millions de dollars) en 2007 », résume une étude d’évaluation du potentiel et d’identification des segments et niches de compétitivité de la filière coton-textile-confection camerounaise publiée en 2010.

En réponse à une demande du gouvernement pour une évaluation de l’état des lieux de l’ensemble de l’industrie manufacturière, la Banque mondiale a initié en collaboration avec la Banque allemande de développement (Kfw) une nouvelle étude sur la « chaîne de valeur textile-confection au Cameroun », dont les résultats ont été restitués lors de l’atelier de Yaoundé.

La concertation, qui a regroupé des parlementaires aux côtés des acteurs de la filière, a insisté sur la nécessité de redonner à l’industrie du textile et de l’habillement camerounaise ses lettres de noblesse d’antan, ayant occupé le 3e rang au classement de l’industrie manufacturière dans les années 1970 jusqu’au début des années 1980, avec une contribution d’environ 11% au Produit intérieur brut (Pib) national.

À 4% aujourd’hui, cette part représente une portion congrue, qui ne se justifie pas, d’abord en raison d’un marché domestique insuffisamment exploité et ensuite à un marché international caractérisé par une forte demande en textile. Comme l’a souligné le directeur de Kfw-Cameroun, Roger Peltzer, « toutes les grandes chaînes cherchent à développer leurs lieux de production ».

« Il est important que l’Afrique (et donc le Cameroun) se mette en position pour servir cette demande qui est de plus en plus importante », a préconisé le responsable allemand, qui a appelé à s’inspirer de l’exemple de l’Ethiopie, le leader en Afrique subsaharienne, qui a favorisé la création d’usines très modernes et compétitives, et permis de créer des dizaines de milliers d’emplois.

Avec le Cameroun inclus, l’Afrique, comme pour l’ensemble des échanges commerciaux, représente à peine 1% de la production textile mondiale, d’après les estimations. L’essentiel de la production de coton fibre du continent, soir les trois quarts, est fourni par les pays d’Afrique de l’Ouest. Le Cameroun y occupe le 5e rang, derrière le Burkina Faso, le Mali, la Côte d’Ivoire et le Bénin.

Pour la campagne actuelle de 2014-2015, une production d’environ 265.000 tonnes est attendue de la part des quelque 250.000 planteurs indépendants encadrés, pour 220.000 hectares cultivés, par la Société de développement du coton (Sodecoton), à capitaux publics. Limitée à 2% de transformation locale, cette production fait ressortir une matière première abondante, un coût de la main d’ uvre compétitif et une proximité avec les marchés européen et américain, de l’avis de Gregor Binkert, directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Cameroun et l’Afrique centrale.

Autre atout, relevé par Roger Peltzer, « la Sodecoton a les rendements les plus élevés de toutes les sociétés cotonnières en Afrique, la meilleure qualité de coton aussi ».

De fait, estime Norbert Blanc, du cabinet d’études ayant réalisé l’étude sur la chaîne de valeur textile-confection, le Cameroun, où le secteur de la confection occupe tout aussi à l’instar que celui du textile lui-même une place marginale avec une kyrielle de petites unités peu équipées éparpillées sur le territoire national, a la possibilité d’avoir sur place la totalité de la filière.

Production de coton au Cameroun
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A condition de lever les obstacles administratifs et techniques ajoutés aux carences infrastructurelles qui influent sur le climat des affaires du pays, réputé peu attractif. Par exemple, « la situation (d’engorgement) au port de Douala constitue un frein majeur au développement économique. Des conteneurs qui attendent des semaines, c’est rédhibitoire », déplore Norbert Blanc.

« Dans la majorité des pays qui ont développé une industrie textile, il n’y a plus de droits de douane. Aujourd’hui, sur ce point-là le Cameroun est en retard par rapport à d’autres », a en outre observé le consultant, dénonçant par ailleurs des « procédures douanières tatillonnes, parfois longues et très coûteuses » vécues par les opérateurs économiques.

L’étude présentée vendredi devrait aboutir à la mise en uvre d’un projet d’amélioration de la compétitivité de la filière coton-textile-confection nationale. Pour les autorités de Yaoundé, c’est un segment important du tissu industriel, identifié comme étant un secteur prioritaire, porteur de croissance.

Selon le directeur général de l’économie et de la programmation des investissements publics au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Dieudonné Bondoma Yokono, les efforts de redynamisation des activités de production et surtout de transformation consistent à permettre de « gagner des parts de marché dans une économie où les barrières prennent de plus en plus la forme des normes et de la qualité ».

Transformation du coton
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