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Cameroun : L’opération épervier en question

Quatre ans après sa mise en marche, l’initiative a cessé d’émouvoir et fait aujourd’hui l’objet d’appréciations diverses.

Les gens s’interrogent sur l’opération épervier
Ce début du mois de janvier 2010, plusieurs personnalités ainsi que certains de leurs collaborateurs sont interpellées par la police judiciaire et aujourd’hui déférées à la prison de Kodengui à Yaoundé. Il y a quatre ans débutait cette grande campagne d’assainissement des services publics, avec les arrestations de certaines grosses têtes du gouvernement par ailleurs haut cadres du parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, RDPC. En ce moment-là, les journaux du pays rivalisaientt de titres aguicheurs pour tenir la chronique de la grande lessive anticorruption au sommet de l’Etat. Aujourd’hui « l’enthousiasme » s’est émoussé dans les médias. On cherche plus à comprendre, l’effet d’originalité étant largement dépassée. Médias, intellectuels de tout bord et même membres de la société civile se penchent aujourd’hui sur cette opération avec un regard positif.

Chasser les prévaricateurs du RDPC
Les avis divergent sur la question. Dans le RDPC c’est un calme apparent. Personne ne se décide à donner son avis. Les statuts disposent que la principale source de financement du parti est la contribution des membres, au rang desquels on retrouve la quasi-totalité des cadres et hauts cadre de l’Etat. La question au regard des actions parfois menées par ce parti est celle de savoir comment se fait la mobilisation des fonds. Aucune enquête indépendante n’a jamais été menée. Pourtant pour ceux qui se prononcent, ils semblent en accord avec le président national et chef de l’Etat Paul Biya. Le RDPC ne se résume pas à quelques prévaricateurs. Nos textes de base peuvent en témoigner. Aujourd’hui que certains sont obligés de « rendre gorge », le parti ne peut en aucun cas être troublé affirme Charles Ateba Eyene, délégué à la presse et à la communication au bureau national des jeunes du parti, en ajoutant que Le président Biya sur cette question précisément a le soutien de tous les Camerounais dignes de ce combat à la fois nécessaire et légitime. Une affirmation difficilement acceptable. Le seul point d’accord sur la question est qu’il faudrait assainir le service public au Cameroun, mais la méthode épervier ne convainc plus.

Tout pour maintenir le président Biya
D’aucuns peuvent être rassurés que les auteurs du crime de détournements de deniers publics vivent sous la hantise permanente d’une arrestation et d’un emprisonnement affirme Garga Haman Adji une personnalité politique bien connue. D’autres observateurs, parlant des récentes arrestations pensent que le président Biya a une fois de plus voulu rassurer ses partenaires financiers, en l’occurrence la Banque Mondiale. En décembre dernier, la vice-présidente de cette institution en visite au Cameroun a insisté sur la bonne gouvernance. En 2010, les enveloppes d’investissement de la Banque Mondiale au Cameroun atteignent plus de 300 milliards pour un ensemble de 21 projets. Pour Mathias Eric Owona Nguini, la lutte contre la corruption vise un seul objectif, la conservation du pouvoir par le chef de l’Etat qui veut soigner son image sur la scène politique nationale et internationale. L’opération Epervier peut couper les branches de l’arbre qu’est la corruption, mais tant que le tronc n’est pas coupé, le combat est vain, affirme-t-il. Une position partagée par le philosophe Fabien Eboussi Boulaga.

Redéfinir les missions de l’épervier
L’opération épervier est aujourd’hui perçue comme une distraction mise sur pied pour obstruer le vrai débat sur la moralité publique. Elle reste critiquée sur ses objectifs. L’Opération Epervier ne peut pas réussir parce qu’il n’a pas été conçue pour aboutir au résultat attendu par les Camerounais. Dans sa conception, elle s’oppose au fondement d’une société démocratique qu’est la séparation des pouvoirs affirme pour sa part Hilaire Kamga, président national de Nouveau droits de l’homme-Cameroun. L’objectif de lutte contre les prévaricateurs est très vague et surtout semble piloté par les politiques, ce qui laisse peser un lourd soupçon de déviance. Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui pensent que la corruption n’est qu’un aspect de l’immoralité publique. A coup de milliards d’emprunt, de nombreux projets sont mal ou pas du tout exécutés, au détriment de l’économie du pays qui paye inutilement la lourde charge du service de la dette. Une autre forme de prévarication est l’incompétence. Cinquante années après les indépendances, les mêmes dirigent et font les mêmes promesses. A l’analyse, de nombreux hauts responsables croyant parfois bien faire ont plongé le Cameroun. Pour assainir la moralité publique, il faudra arrêter les corrompus, mais aussi renvoyer les incompétents et les inertes ; l’opération épervier aura alors tout son sens affirme un observateur.

Epervier, nom de baptême de l’pération d’assainissement au Cameroun
Pascal Dubois/pdubois.free.fr)/n

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