Politique › Sécurité

Cameroun-Mgr Andrew Nkea : « il n’est pas question de commencer à payer des rançons, sinon… »

Mgr Andrew Nkea est le nouveau président du Conférence épiscopale nationale du Cameroun
Mgr Andrew Nkea, président du CENC

Le président de la Conférence épiscopale nationale Mgr Andrew Nkea rassure trois jours après l’enlèvement de cinq prêtres, une religieuse et deux fidèles. Le prélat, dans une interview accordée à nos confrères de La Croix, indique que les ravisseurs demandent une rançon pour la libération des otages embarqués le 19 septembre 2022.

Avez-vous des nouvelles des 5 prêtres, de la religieuse et deux laïcs enlevés dans le diocèse de Mamfé ?

Mgr Andrew Nkea : Oui. Ils sont en bonne santé mais leurs ravisseurs demandent une rançon. Celle-ci est passée 100 000 dollars à 50 000 dollars. Nous ne pouvons toujours pas la payer, d’une part parce que nous n’en avons pas les moyens, d’autre part il n’est pas question de commencer à payer des rançons sinon, cela ne va jamais s’arrêter

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une rançon est demandée pour un enlèvement de clerc dans la zone anglophone du Cameroun. Les ravisseurs demandent à chaque fois de l’argent mais nous n’avons jamais rien payé et telle restera notre position pour ces enlèvements de clercs.

La récurrence des enlèvements dans la province ecclésiastique de Bamenda doit sans doute vous inquiéter. Qui en sont les auteurs ?

Mgr Andrew Nkea : Oui nous sommes inquiets. Dernièrement, un enregistrement audio a circulé où des individus disaient qu’ils ne voulaient pas de la présence des Églises catholique, presbytérienne et baptiste dans la zone anglophone, sauf à Bamenda et Buea. Nous ne comprenons pas pourquoi ils nous limitent et qui est derrière tout cela.
Pour ce qui est des ravisseurs, nous savons juste que ce sont des séparatistes, des ambazoniens. Nous avons eu quelques noms mais nous ignorons quelles sont les motivations exactes.

L’Église est quelque peu prise en étau entre les séparatistes et le gouvernement fédéral dans ce conflit anglophone. Comment vivez-vous cette situation ?

Mgr Andrew Nkea : L’Église est présente pour tout le monde, sans distinction politique. Si les séparatistes ambazoniens viennent solliciter un prêtre pour la confession par exemple, il se doit d’être là pour les accompagner. Si c’est un soldat de l’armée régulière du Cameroun qui vient pour une bénédiction, je ne peux pas le renvoyer.
Le problème est que quand nous bénissons un Ambazonien, les militaires nous en veulent et quand nous écoutons les confessions de militaires, ce sont les séparatistes qui nous reprochent d’être de leur côté. La situation est donc très délicate. Aussi faut-il rappeler avec force que l’Église ne prend jamais position dans une situation politique. Nous sommes là pour tout le monde et nous continuerons de faire notre travail malgré toutes les difficultés.

Il y a trois ans, un « Grand dialogue national » était organisé pour trouver une solution à la crise anglophone qui handicape le Cameroun depuis maintenant 6 ans. Celui-ci porte-t-il du fruit ?

Mgr Andrew Nkea : Le Grand dialogue national a été un moment fort qui a apporté beaucoup de choses. Malheureusement, le gouvernement camerounais n’a pas saisi cette occasion pour agir concrètement en faveur des régions anglophones. Les anglophones du Cameroun avaient vraiment l’espoir qu’il y aurait un changement, notamment en matière de construction d’infrastructures comme les routes. À Bamenda, il n’y a, par exemple, pas de routes praticables. En outre, la décentralisation qui était l’une des mesures majeures de ce Grand dialogue national n’a jamais été mise en œuvre.
En clair, le gouvernement doit aussi prendre des mesures pour apaiser les populations des régions anglophones qui se sentent abandonnées. Au-delà des discours, tout le monde attend des actions concrètes.

Vous êtes également président de la Conférence épiscopale du Cameroun. Est-ce que cette structure a prévu d’assurer une médiation dans la crise anglophone ?

Mgr Andrew Nkea : Mon prédécesseur à la tête de la conférence, Mgr Samuel Kleda, s’était déplacé pour échanger avec les populations. Avec lui, nous sommes même allés avec lui au Nigeria où nous avons rendu visite aux réfugiés camerounais de cette crise.
Comme conférence, nous avons donc toujours proposé nos bons offices pour une médiation et nous échangeons avec les séparatistes et le gouvernement mais c’est très difficile. Nous demeurons dans l’espérance mais il est plus facile de commencer une guerre que de l’arrêter.

Recueilli Par Lucie Sarr


L’Info en continu
  • Cameroun
  • Afrique & Monde
Toute l’info en continu
À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Back top
error: Contenu protégé