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Cameroun: Mort de Bibi Ngota, entre vérités et contre-vérités

L’épouse du journaliste décédé alors qu’il était en détention contredit le ministre de la Communication

La famille dément le ministre
Intervenant sur les ondes de la Tom Broadcasting Corporation (Tbc), dans le cadre de l’émission «Dans la Ligne de Mire» Ngo’o Georgette, l’épouse du journaliste décédé a remis en cause les affirmations du ministre de la Communication sur l’origine de la mort de son mari. Bruno Ntede, frère cadet du journaliste décédé, a dénoncé ces affirmations du gouvernement. Je suis très indigné. Le gouvernement raconte des histoires, a-t-il déclaré. La vérité de sa mort est loin de ce que dit le gouvernement, a-t-il soutenu, se refusant à plus de commentaires. Au cours de la même émission, le père du journaliste, M. Ngota Essiane Emmanuel a lui aussi démenti les propos du ministre de la Communication qui faisaient état du refus de la famille de Bibi Ngota de participer à l’autopsie. Il reconnaît avoir été «chassé» par les responsables de la morgue. Selon le ministère de la Communication, le représentant de la famille du journaliste avait décidé de ne pas participer à l’autopsie en raison du choc qu’il éprouverait. Mais, le journaliste désigné par le ministre de la Communication a lui aussi déclaré n’avoir pas pu assister à l’autopsie. Des déclarations confirmées par un cadre du ministère de la Communication. Il est devenu complexe de pouvoir établir ce qui est vrai de ce qui est faux.

Issa Tchiroma: le test sérologique «s’est révélé positif»
Lors de sa conférence de presse du jeudi 29 avril sur le sujet, Issa Tchiroma, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement camerounais, a attribué le décès à des « infections opportunistes » liées au virus du sida le décès. Bibi Ngota, directeur du journal Cameroun Express qui était depuis le 10 mars à la prison de Kondengui, à Yaoundé, est décédé des suites d’infections opportunistes dans un contexte où (son) système immunitaire était complètement effondré, a affirmé au poste national Monsieur Issa Tchiroma Bakary, citant un rapport administratif du médecin de la maison d’arrêt.

Selon le ministre, lorsqu’il a été conduit en prison, Bibi Ngota avait volontairement accepté d’effectuer un dépistage au virus du sida qui s’est révélé positif. Mais, il n’en a pas récupéré les résultats qui lui ont été annoncés le 5 avril, après une nouvelle admission à l’infirmerie pour une fièvre élevée et l’irruption cutanée généralisée. Son décès est survenu à la veille de la réception de résultats d’examens complémentaires sur son éligibilité au traitement antirétroviral, qui ralentit la progression du virus du sida. A l’analyse (de ces résultats), on constate que le patient avait une infection généralisée dans un contexte d’immunodépression sévère, a conclu le ministre.

Les contradictions du gouvernement
En annonçant les causes du décès contenu dans le rapport du médecin de l’infirmerie de la prison, le ministre a violé le secret médical qui ne peut être levé que par un juge dans le cadre d’une procédure régulière. D’un autre côté, lors de sa première déclaration, le ministre Tchiroma avait déclaré que les détenus de la prison (Kondengui) de Yaoundé ne sont transférés à des structures hospitalières extérieures qu’en cas de situation nécessitant l’intervention d’un plateau plus développé (que celui de ce pénitencier) ou pour la consultation d’un spécialiste. Si la thèse du VIH est vraie, des observateurs se demandent pourquoi les médecins du centre de détention qui avaient le résultat sérologique du journaliste depuis le 5 avril et ont dû se rendre compte du stade très avancé de la séropositivité de Ngota n’ont pas songé à le transférer dans l’un des centres appropriés de prise en charge de sidéens de Yaoundé. Cette initiative aurait eu de nombreux avantages, la justice aurait conservé un acteur clé d’une procédure dans une affaire de fausse signature des dirigeants de la présidence, et aurait maintenu en vie le journaliste qui malgré sa détention avaient encore le droit constitutionnel à la santé affirment certains. Des personnes s’interrogent aussi sur l’intervention du ministre qui se prononce alors que le gouvernement sur instruction dit-on du président de la République a mis sur pied une commission d’enquête qui n’a pas encore rendu ses conclusions. Plusieurs journalistes, on se souvient sont actuellement poursuivis pour ce type démarche. Aux dernières nouvelles le ministre de la Communication a reçu la famille et présenté la désolation du gouvernement. Un geste qui risque de ne pas apaiser les tensions entres familles, maintenant que tout le monde sait qu’au moins un des mariés avait le SIDA.

Germain Cyrille Ngota
Camerpress.com)/n


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