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Cameroun: Mutinerie à la prison de Yokadouma

Les détenus manifestaient contre le manque d’assistance sanitaire

Quelques 300 détenus de la maison d’arrêt se sont mutinés très tôt dans la matinée du mercredi 22 avril 2009. Ce mouvement d’humeur faisait suite au décès d’un des détenus, le nommé Assisso, aux environs de 23h dans la nuit du mardi à mercredi dernier. Condamné à mort pour meurtre, le détenu Assisso était malade depuis quelques semaines. Des sources proches du journal le messager qui rapporte l’information auraient affirmé qu’il n’aurait pas reçu de soins médicaux adéquats. Ce qui aurait entraîné son décès intervenu dans des conditions troubles pour ses camarades codétenus. A l’annonce de la mort de Assisso, les autres prisonniers ont décidé d’organiser une manifestation en guise de protestation. C’est ainsi qu’au petit matin de ce mercredi 22 avril 2009, ils ont pris d’assaut le portail intérieur de la prison, organisant un vacarme tonitruant. Ils criaient sans arrêt à tue-tête, et lançaient des slogans hostiles à l’administration pénitentiaire qui, selon leurs propos, les laissent mourir sans soins, d’après une source qui était présente à Yokadouma.

Pour faire face aux détenus ainsi emportés, il n’y aurait eu que huit gardiens de prison armés de fusils de type Mas 36. Le régisseur principal de Yokadouma, le super intendant de prison Mpongo, actuellement permissionnaire étant absent du chef-lieu du département de la Boumba et Ngoko, c’est son adjoint, le nommé Samba qui gère cette fronde des détenus. Dans la matinée de ce mercredi, le préfet de la Boumba et Ngoko, Félix Mimbang Messing, accompagné du procureur de la République Tsayem Roger et de son substitut, s’est rendu à la prison principale de Yokadouma. Mais les détenus ont refusé de parlementer avec ces autorités, se montrant même plus hargneux devant le procureur de la République. Lui lançant non seulement des injures, mais aussi menaçant de défoncer le portail intérieur, pour se saisir de lui. Ils ont par la suite déposé au niveau du poste de police de la prison, des seaux remplis d’excréments. L’atmosphère ainsi remplie d’odeurs nauséabondes aurait fait reculer le préfet et sa délégation.

Les détenus ont par la suite exigé de ne parler désormais qu’à un député, ou alors au gouverneur de la région de l’Est. L’ex-secrétaire d’Etat aux Travaux publics, et ex-maire de Yokadouma, Abono Moampamb Paulin, incarcéré depuis un an dans cette maison d’arrêt, aurait essayé de ramener les détenus à la raison. Il a été brutalement ramené et bloqué dans sa cellule par les détenus grévistes. Certains de ses proches craignaient même pour sa sécurité. Jusqu’au soir de mercredi, des sources présentes dans le chef-lieu du département de la Boumba et Ngoko indiquaient que la tension restait vive à la prison principale de Yokadouma. Ceci, malgré le renfort des éléments de la compagnie de gendarmerie de la Boumba et Ngoko. La famille du défunt détenu serait néanmoins venue prendre sa dépouille.

Cette situation qui semble assez banale soulève pourtant une fois de plus les carences de l’administration pénitentiaire au cameroun. Il n’est pas rare parlant de la santé, que, transportés en urgence mais trop tard à l’hôpital, les prisonniers décèdent après leur admission. Seuls les détenus les plus aisés échappent à ce sort inhumain. Ils obtiennent facilement, parfois à coup de bakchich, des évacuations sanitaires ou des consultations externes. Un décret de 1992 portant régime pénitentiaire était censé humaniser les prisons. Mais entre les v ux proclamés des textes et la réalité, il y a tout un fossé, ainsi que le dénonçait dans son livre Hyppolite Sando acteur de la société civile et connu pour ses actions en faveur des prisonniers. Il est pourtant constant que lorsqu’on devient un prisonnier on perd ses droits civiques mais les droits fondamentaux eux restent intacts.

Image d’illustration
spm.gov.cm)/n
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