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Cameroun: nĂ©cessitĂ© d’un Ă©veil de conscience sur l’utilisation filles mineures Ă  des fins sexuelles

Me Christian Ntimbane Bomo, avocat international inscrit au barreau de Paris en France. ©Droits réservés

Le déferlement sur les réseaux sociaux et les débats enclenchés dans l’affaire de la jeune fille mineure d’Obala, qui expose au micro du journaliste camerounais Paul Chouta, la cruauté des sévices sexuels dont elle dit avoir été victime de la part d’un journaliste camerounais, permet d’avoir un aperçu du degré de considération que la société camerounaise a de la protection des jeunes filles régulièrement abusées sexuellement par des hommes adultes.

Sur la base du biotope Facebook, la majorité des Camerounais surtout des femmes adultes, considèrent qu’une mineure est responsable des conséquences qu’elle subit à la suite des relations qu’elle a entretenues avec une personne adulte. En lisant ce qu’elles écrivent, sortir avec une jeune fille pour un adulte rentre dans les actes banaux de la vie camerounaise .Pourtant la même société à travers ses lois, condamne à des peines d’emprisonnement allant de 1 à 5 ans, avec possibilité de doublement à 10 ans toute relation sexuelle hors mariage entretenue par un adulte avec une personne mineure. Comment s’en étonner d’une telle indifférence des femmes quand on sait qu’elles sont coutumières des arrangements financiers en famille des viols sur leurs propres filles parfois âgées de moins de 10 ans ? Ou même de celles qui préfèrent “protéger” leur mariage après que leurs maris ont abusé sexuellement de leurs propres filles? Ou encore celles qui livrent leurs pucelles à des adultes à des fins matérialistes ?

C’est donc tout à fait normal que ces scandales sexuels qui ébranlent souvent le monde soient curieusement relativisés par la société camerounaise au point où on y voit que des complots contre les bourreaux quand bien même ceux -ci avouent leur forfait ou alors des éléments probants les confondent.

Mais somme toute, sommes-nous réellement conscients qu’une personne mineure n’est pas une personne majeure ? Sommes-nous conscients qu’une personne mineure est encore considérée selon les conventions internationales ratifiées par le Cameroun comme un enfant ou en adolescent jusqu’à sa majorité ? Sommes-nous conscients que ces classifications d’âge obéissent à une gradation du degré de maturité de l’homme ? Sommes-nous conscients à cet effet qu’un enfant ou un adolescent quel que soit l’évolution de son physique n’a pas les capacités psychiques et psychologiques lui permettant d’opérer un discernement éclairé et nécessaire? Sommes-nous enfin conscients que nombreuses femmes manifestent négativement de façon consciente, inconsciente ou subconsciente les séquelles de ces relations précoces avec ces hommes adultes comme le démontrent de nombreux essais scientifiques de psychologues et psychanalystes qui considèrent que l’âge de la minorité est une phase délicate dans la construction de l’homme?

Ce n’est donc pas pour rien que les mineurs dans toutes les sociétés modernes sont classés au titre de personnes vulnérables nécessitant assistance dans tous les actes de leur vie civile.

On ne saurait dans ce cas parler de consentement d’une mineure qui s’engage dans une relation amoureuse. C’est de l’abus sur mineur. Plus est, avec des personnes adultes qui jouissent de toutes les capacités psychiques, psychologiques et matérielles nécessaires pour les manipuler. Une jeune fille mineure croira plus vite à un mensonge qu’une femme adulte.

Je me souviens bien de mes âges de minorité. En y jetant un regard rétrospectif, j’étais bien naïf, insouciant.

Dans une telle disposition naturelle, quel reproche peut-on prétendre faire à une jeune fille psychiquement vulnérable qui a entretenu une relation avec une personne jouissant de toute sa maturité?


Plus cruelle on leur reproche souvent de dénoncer après coup ce qu’elles ont subi. Elles doivent se taire et assumer car elle l’aurait bien voulu!!!! Mon Dieu!!! Où va mon Pays?

Résultats de courses : au Cameroun, de nombreuses jeunes filles camerounaises pubertés ou à peine sorties de cette puberté font vivre des situations dramatiques à leurs familles: infections au VIH, cancers anaux, hémorroïdes chroniques handicapantes, vie dissolue, prostitution….

Il y a quelque temps, j’étais informé du cas de deux jeunes filles de moins de 16 ans infectées par au VIH en 2015 par des “tontons” sexagénaires, amis de leurs parents et occupant des hautes fonctions dans la République. C’est aussi le cas de cette jeune fille mineure qui s’est suicidée à Douala après avoir été abusée et infectée par son tuteur.

La suite c’est que de nombreuses jeunes filles mineures voulant refouler ces abus sexuelles se livrent Ă  l’alcool et Ă  la drogue. D’autres souvent infectĂ©es dans cette insouciance se retrouvent aussi Ă  multiplier volontairement des rapports sexuels avec leurs jeunes camarades mineurs qu’ils infectent Ă  leur tour. CrĂ©ant une chaĂ®ne de contamination interminable au milieu des jeunes. D’oĂą cette hausse vertigineuse de la sĂ©ropositivité en milieu jeune au Cameroun. De nombreux parents vivent avec la peine de voir leurs jeunes enfants mis sous trithĂ©rapie. Quand on donnera les vrais chiffres des personnes atteintes de Sida au Cameroun, alors nous comprendrons que ce mal est endĂ©mique et pandĂ©mique. Il nous souvient encore qu’il y a deux ans environ, des chiffres alarmants de 15 jeunes filles sur 35 donnĂ©s ici sur ce forum par une co-forumiste mĂ©decin à la suite d’une campagne de dĂ©pistage dans un lycĂ©e de YaoundĂ©. Elle nous rappellera le cas de cette jeune fille d’environ 15 ans tombĂ© enceinte d’un professeur sĂ©ropositif.

Ce qui est curieux dans tout ça c’est l’attitude attentive tant de nos autorités judiciaires notamment les parquets qui ont le pouvoir de s’auto-saisir du simple fait des dénonciations des cas d’outrage et corruption de la jeunesse, ou des ministères transversaux en charge de la protection de la jeune fille dont le ministère de la Protection de la femme et de la famille et des Affaires sociales, auxquels il faut ajouter les différents associations de protection des jeunes et même de droits de l’homme.

Nous appelons donc à une prise de conscience nationale et à tous les niveaux du fléau de l’utilisation à des fins sexuelles des jeunes filles mineures et des dangers qui en découlent. Ce sont nos enfants, protégeons –les.

 

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