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Cameroun: Odile Tobner, Mongo Beti… au féminin !

Femme de poigne, incontrôlable et éprise de liberté, l’épouse du défunt écrivain est une véritable curiosité

Difficile d’évoquer Odile Tobner sans faire référence à son illustre époux. Ecrivain, elle est en effet veuve d’Alexandre Biyidi Awala, alias Mongo Beti. Mariée à ce dernier depuis le 31 Août 1963, Odile Tobner a accompagné l’ uvre de son mari jusqu’à sa mort. Cette française d’origine bretonne dont la famille était gaulliste, croise le chemin de Mongo Beti en 1962. C’était la rentrée scolaire. Nous étions deux jeunes profs. En fait, j’ai découvert un jeune collègue qui débutait comme moi dans la carrière de professeur au lycée de Lamballe. On a eu des affinités assez rapidement parce qu’on aimait tous les deux, la discussion, la politique. Dans un environnement rural, le café, les discussions, c’est ce qu’on avait comme distraction raconte t-elle. Très vite se noue donc entre Odile et Alexandre, une affinité d’abord intellectuelle et ensuite sentimentale qui va structurer une relation d’une quarantaine d’années.

Avec son nouvel époux, elle va découvrir l’oppression et la terreur que la France impose au Cameroun et dans certains pays africains. Et elle en est indignée. Dans ma culture, dans mon éducation, j’étais plutôt patriotique, française. Je n’avais jamais imaginé que la France pouvait être oppressive quelque part. C’était une révélation choquante raconte t-elle. Ecrivain et prof de lettres, elle n’a aucun mal à affermir sa relation avec Mongo Beti. Professeur agrégé de Lettres classiques en 1970, elle obtient en 1976 un doctorat de littérature française. Elle sera chargée de cours en littérature française du XVIIe siècle, à l’université de Rouen, de 1978 à 1984. Elle fera aussi ses classes dans l’écriture. En témoigne son livre Du racisme français, quatre siècles de négrophobie. Un ouvrage qui démasque l’idéologie et la pratique française de l’esclavagisme et du racisme. A plusieurs égards donc, Odile Tobner semble avoir été faite pour cheminer avec son mari. Mais, elle semble surtout avoir hérité de lui, un iconoclasme et un tempérament de contestation plutôt remarquables.

Odile Tobner

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Un caillou dans la chaussure
Odile Tobner est une épine. A la fois pour son pays, la France. Pour le Cameroun, le pays d’origine de son mari et pour sa belle famille.
Pour la famille de son défunt époux, cette femme un peu trop indépendante, qui ne sait que dire 2 ou 3 mots du dialecte de son mari n’est pas vraiment commode. Comme se doivent de l’être les femmes en pays Beti. Non seulement, elle ne vit pas au Cameroun, elle ne parle pas la langue maternelle de son mari, elle n’entretient pas la tombe de son mari, mais en plus elle s’est opposée au gouvernement du Cameroun qui voulait rendre hommage à son mari tempête t-on dans sa belle-famille. Elle, a toutes les explications à ces griefs. J’ai un enfant qui doit recevoir ce qu’il ne pourrait pas recevoir ici répond t-elle pour ce qui est de son séjour au Cameroun.

En ce qui concerne, la langue maternelle de son défunt époux, elle explique simplement que son mari n’en a jamais fait une priorité. En outre, le fait qu’elle ait rencontrée sa belle famille, seulement en 1993, après 30 ans de mariage n’a pas arrangé les choses. Pour ce qui est de la tombe de son mari, elle déclare : J’ai fait venir le granit de Bretagne pour sa tombe. Elle ne regrette pas d’avoir tenté de s’opposer aux honneurs posthumes délivrés par le gouvernement à l’endroit de son mari. C’est le minimum que je pouvais faire parce que là, j’étais sûr à 100% que je faisais ce qu’il aurait voulu explique t-elle. Elle ne s’embarrasse d’ailleurs pas de critiques à l’endroit de sa belle-famille qui a accepté les honneurs décernés par le gouvernement à son remuant époux.


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Odile Tobner n’est pas seulement un « problème » pour sa belle-famille. Elle l’est aussi pour le gouvernement de son pays. Elue le 17 septembre 2005 présidente de Survie France, succédant à François-Xavier Verschave décédé en juin 2005, Odile Tobner dénonce les politiques de la France à l’égard des pays africains. L’Afrique a été pillée, vidée de ses hommes, de sa richesse, martyrisée souligne t-elle. Elle a d’ailleurs participé à la saisie symbolique d’un hôtel de l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba en France. Elle a aussi contribué à la rédaction d’un rapport sur la corruption dans la forêt camerounaise. Et, même le président français Nicolas Sarkozy n’échappe à sa critique. Après le discours prononcé par ce dernier à Dakar pour constater que l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’histoire, elle a participé à l’écriture du livre : « L’Afrique répond à Sarkozy ». J’ai honte en tant que française que ce discours ait été tenu martèle t-elle.

Incontrôlable, têtue, iconoclaste, révoltée, les qualificatifs ne semblent pas assez forts pour qualifier cette femme qui incarne désormais de manière symbolique mais aussi physique et idéologique, la figure contestatrice de son défunt époux, Mongo Beti dont l’ uvre et la pensée militantes continuent de rayonner à travers le monde. Il doit être fier de son épouse Odile.

Odile Tobner

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