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Au Cameroun, la place est à l’émotion

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Le dernier remaniement ministériel au Cameroun a laissé tout le monde à sa faim. On s’attendait au limogeage des dinosaures qui pourrissent la vie politique. Il n’en a rien été. La constance et l’immobilisme qui marquent le long règne de Paul Biya n’auront donc pas suffi rallier la juste cause à un consensus national. Paul Biya a été égal à lui-même. Un petit saupoudrage et quelques nouvelles figures ne font pas le printemps d’un pays sclérosé, immobile et désespéré.

Face aux échecs répétitifs économiques et sociaux, le pouvoir en place reste sourd. Il continue à naviguer à contre-courant comme les poissons qui remontent leur nid pour assurer la ponte des alevins qui peupleront les ruisseaux. Mais ce pouvoir est à bout de souffle. Il n’innove pas. Il ne propose rien. Le mal connu de tous n’est jamais combattu. La corruption, le manque de perspectives d’avenir et surtout l’incompétence des femmes et des hommes de décision est frappante. Il en résulte un climat anxiogène créé par l’insécurité, la pauvreté, la peur du lendemain et le doute.

Face à la surdité maladive et à l’appétit insatiable des dirigeants, le Cameroun ne peut tenir ses engagements du millénaire. La place est aujourd’hui à l’émotion qui reste le seul signe encore toléré et visible à l’inaction légendaire du gouvernement. Le murmure, le regard et le clin d’œil goguenard de l’homme de la rue désabusé traduisent un climat de lassitude et de fatalité. Nul ne pense à réagir et à proposer un projet alternatif en dehors du cercle au pouvoir. Les questions récurrentes sont toujours les mêmes après un remaniement ministériel : répertorier les ministres par leur appartenance ethnique. Les oubliés de la mangeoire rongent leur frein. Toujours l’émotion et jamais l’action.

L’émotion ne suffit pas à changer un système momifié. L’opposition est-elle capable de s’organiser, de surmonter ses différences pour la conquête d’un pouvoir qui lui tend les bras ?

Les prochaines échéances présidentielles n’assureront pas la survie d’un régime moribond incapable de se transcender et de proposer un vrai projet de développement inclusif.

L’occasion est trop belle pour l’opposition. Mais, souhaite-t-elle vraiment le pouvoir ? La peur a-t-elle raison des femmes et des hommes dont la culture est la soumission, l’infantilisation, la servitude et le renoncement ? Le citoyen est encore sensible au contexte émotionnel qui accompagne les actions du gouvernement. Cette dimension émotionnelle n’apporte aucune réponse aux attentes ciblées. Elle constitue juste un placébo de circonstance qui fera évoluer le mal qui remonte en surface au gré des tergiversations des dirigeants.

Le dernier remaniement ministériel a laissé la place au doute. Ceux qui quittent le navire sont dirigés vers la case prison. Les nouveaux venus n’ont aucune envergure pour laisser planer l’ombre d’un changement radical de cap. Bref, rien de nouveau ci ce n’est la descente vers les abimes. La feuille de route n’existe Pas. Rien n’est planifié. L’enfer ici est quotidien. Il n’est même plus redouté car il fait partie du paysage. Il est voulu par un dieu qui a oublié son peuple dont les péchés jalonnent toutes les rues.

La coupe est pleine. La faim, la maladie, la mort, les injustices sociales, l’inaction et très souvent l’indifférence des autorités anéantissent les velléités d’initiatives du citoyen. La famille n’attend plus que le jugement dernier pour enfiler sa plus belle tenue et accompagner au cimetière les élus de Satan.

La rupture entre les élites au pouvoir et le peuple est consommée. L’enfer est cette fois-ci parmi nous. Et pour longtemps encore.
En attendant un hypothétique signe divin, le Cameroun doit se ressaisir. La famille qui reste encore le seul socle de l’architecture sociale peut-elle assurer la protection de ses enfants ? Tout ici est interrogation car la confiance envers les dirigeants s’est effondrée. La clique des gérontologues n’est pas disposée à passer le témoin.  Le changement ne viendra donc pas d’un fou, d’un dieu ou d’un saint.

L’émotion n’est pas une réponse au désarroi collectif. Certes, elle traduit un état d’esprit, mais elle n’apporte aucune réponse aux interrogations coutumières. La place est à l’action concertée par les forces vives. Celles-ci doivent enfin saisir l’opportunité qui s’offre à elles pour un changement de gouvernance par les urnes. Tout ceci est possible.

Les oppositions, à travers une plateforme commune, peuvent dialoguer et permettre l’émergence d’une femme ou d’un homme. C’est tout l’argument de Hegel dans ses principes de la Philosophie du Droit.

Les intellectuels et la société civile ont encore une chance de contredire les esprits pessimistes en s’engageant vers une plateforme de l’opposition pour un candidat unique qui mettra fin constitutionnellement au règne nébuleux et sulfureux d’un président éternellement absent. Cette chance est à saisir.

A SAVOIR

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