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Cameroun: Plus d’un million d’enfants souffrent de malnutrition chronique!

Le point sur cette crise humanitaire « silencieuse » avec Denis Garnier, chargé de la nutrition au bureau de l’Unicef à Yaoundé

Le pays est touché par une crise humanitaire, notamment dans les régions du nord. Plus d’un million d’enfants souffrent de malnutrition chronique au Cameroun. Une situation très préoccupante.

Quelle est l’ampleur de la crise humanitaire qui touche aujourd’hui le Cameroun?
Les deux régions du Nord Cameroun, zones sèches qui font partie du Sahel, sont les plus touchées. De nombreux enfants sont malnutris, affectés par des maladies, les taux de mortalité infantile et maternelle y sont très élevés. Les inégalités sociales et sanitaires sont fortes dans ce pays, entre ces zones du nord et les 8 autres régions, mais aussi entre les zones rurales et urbaines. Au Cameroun, le nombre de décès des moins de 5 ans a augmenté ces dernières années. Ces chiffres sont, encore une fois, surtout édifiants au nord du pays: 105 000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année, dont 40 000 au nord.

C’est une crise nutritionnelle?
Dans ces régions, j’ai vu des enfants en retard important de croissance. Plus d’un million d’enfants souffrent de malnutrition chronique dans le pays, dont 375 000 au Nord Cameroun. Ils grandissent moins vite, connaissent des retards dans leur développement physique mais aussi intellectuel. Si on n’agit pas pour eux avant leurs deux ans, ils ne rattraperont jamais ces retards ! La malnutrition est une cause principale des décès des bébés et des enfants. Une cause associée aux maladies diarrhéiques, au VIH/sida, aux infections respiratoires. Les enfants malnutris succombent plus rapidement aux maladies qu’ils contractent. Au Cameroun, 210 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. 120 000 d’entre eux vivent dans les deux régions du nord. Ces sont des chiffres comparables à ceux du Niger.

Pourquoi cette crise nutritionnelle au Cameroun est-elle plus «silencieuse» qu’ailleurs?
Quand on pense malnutrition, on ne pense pas forcément au Cameroun. L’opinion publique ne sait pas que ce pays connait des difficultés. C’est effectivement une urgence dont on ne parle pas, une «urgence silencieuse». D’autres crises humanitaires en Afrique sont plus visibles : on connaît mieux la situation au Niger. Au Cameroun, on a les mêmes problèmes mais on en parle moins. Le nord est ainsi une partie du Sahel « oubliée ». L’urgence camerounaise n’est pas très médiatisée. Mais elle pourrait s’aggraver si on ne poursuit pas nos efforts, surtout auprès des moins de 3 ans.

Quels sont justement les moyens aujourd’hui mis en uvre par l’Unicef au Cameroun?
Sur le terrain, nous travaillons dans 19 centres de nutrition thérapeutique, pour les cas avec complications médicales. Il existe aussi 180 centres de nutrition thérapeutique et supplémentaire ambulatoire pour les cas sans complications. Nous essayons, lorsque c’est possible, de laisser les enfants atteints de malnutrition chez eux. C’est-à-dire de fournir aux familles les doses de pâtes alimentaires dont leurs enfants ont besoin pour guérir à la maison. Nous les recevons ensuite en général pour un suivi hebdomadaire. Nous évitons de pratiquer l’hospitalisation systématique, sauf évidemment quand les enfants sont dans des états qui nécessitent un suivi et des soins quotidiens. Sur le terrain, nous faisons également la promotion de l’allaitement, des soins adéquats, de l’hygiène. Nous distribuons de la vitamine A, formons du personnel, menons des campagnes de vaccination. Il faut aller vers la population, vers les communautés, informer les gens, les responsabiliser.

Qu’attendez-vous comme engagements de la part des différentes parties pour ces prochains mois?
Nous attendons dans les mois et les années à venir une implication des industries agro-alimentaires sur place. Il faut que ces acteurs fortifient les aliments qu’ils mettent en vente, qu’ils y ajoutent de la vitamine A par exemple. Mais il faut d’abord que des lois sur cette fortification alimentaire soient adoptées et cela prend du temps.
Nous aimerions également que le gouvernement camerounais accroisse son engagement dans la lutte contre la malnutrition, notamment avec une prise en charge gratuite des soins pour les populations malnutries. Nous sommes, quant à nous, limités dans notre action par les fonds qui ne sont, pour l’instant, pas suffisants.

Le Cameroun a accueilli ces dernières années des réfugiés venus de pays voisins en conflits. Ces populations sont-elles plus affectées par la crise nutritionnelle que les Camerounais eux-mêmes?
Le pays a été affecté ces dernières années par plusieurs urgences humanitaires : il a accueilli des réfugiés centrafricains, tchadiens. D’après les derniers chiffres officiels, il y aurait ainsi 60 000 réfugiés venus de République centrafricaine. Il y a des villages où ils sont nombreux, ce qui peut parfois peser sur les ressources des Camerounais. Mais en général la cohabitation entre les populations se passe bien et le nombre de réfugiés par rapport à la population totale camerounaise reste faible. Il n’y a donc pas de tensions importantes.
Ces populations réfugiées, à leur arrivée sur le territoire camerounais, sont très affaiblies. J’ai vu des mères de familles centrafricaines qui ne pesaient plus qu’une vingtaine de kilos. Nous avons beaucoup travaillé auprès de ces populations et la situation s’est améliorée pour eux. Mais le programme lancé contre la malnutrition ne doit pas s’arrêter avec la stabilisation de la situation des réfugiés. Toutes les populations, camerounaises comme réfugiées, restent vulnérables. Nous continuons évidemment à accueillir toutes les populations dans le besoin dans nos centres.

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