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Cameroun: pour devenir célèbre, des footballeurs mentent sur leurs âges

Selon Djitouang Christophe, instructeur FIFA au Cameroun,

Emportés par leur rêve de célébrité et d’embrasser une carrière internationale, certains footballeurs africains n’hésiteraient pas à mentir sur leur âge en modifiant leur date de naissance.

Ces joueurs évoluant, souvent, au sein d’équipes européennes, ne lésinent pas sur les moyens et bravent tous les interdits risquant, au passage, les pires des scandales.

La dernière polémique en date remonte au 22 septembre écoulé lorsque les fans du club azerbaïdjanais, Azerba Shahdag Qusar, ont émis des doutes sur l’âge du joueur nigérian, Victor Emenayo, sociétaire du club du pays de l’Asie mineure.

Celui-ci aurait, selon eux, au moins 40 ans, alors qu’il assurait avoir la vingtaine. Selon les dernières informations disponibles, l’enquête sur l’âge d’Emenayo se poursuit encore en Ouganda où il avait joué en 2015, a indiqué à Anadolu, une source de l’ambassade du Nigéria au Cameroun.

L’affaire du nigérian Victor Emenayo est venu ranimer le débat autour d’un phénomène typiquement africain, et qui nuit fortement à l’image du football sur le continent, de l’avis de plusieurs observateurs interrogés par Anadolu.

Le débat soulevé autour de l’âge du Nigérian a, en effet, rappelé aux esprits la liste de ces footballeurs africains qui auraient eux aussi menti sur leur âge pour s’offrir la carrière rêvée au sein d’équipes européennes de renommée.

Etablissant un top 10 des joueurs de foot qui auraient trafiqué leur date de naissance, le site « 90 minutes » -spécialisé dans l’actualité du ballon rond- cite entre autres, le cas du Sénégalais El Hadji Diouf. « Passé par Sochaux, Rennes, Lens, Liverpool, Bolton, Sunderland, Blackburn ou encore Leeds, El Hadji Diouf a toujours intrigué » écrit le site à ce propos.

Né en 1981, conformément à ses pièces d’identité, le Sénégalais serait plus âgé selon plusieurs témoignages de proches et de personnes qui l’ont connu de près.

Le Nigérian Jay-Jay Okocha, ancien joueur du PSG, son compatriote Obafemi Martins, fort d’un parcours exceptionnel notamment au sein de l’Inter de Milan, mais aussi le fameux Roger Milla, Cameounais qui a marqué les annales du football, notamment lors du Mondial italien en 1990, figurent parmi les joueurs qui auraient falsifié leurs pièces d’identité sans que le mystère ne soit, à ce jour, percé, indique la même source.

Plus récemment encore, une autre polémique du même genreavait éclaté en 2014, autour du joueur camerounais Joseph Minala, milieu de terrain de l’équipe italienne, la Lazio de Rome. Soupçonné d’avoir 42 ans alors qu’il n’en a que 17, selon son passeport, le Camerounais a finalement, été reconnu innocent par une enquête de la justice italienne qui n’a relevé aucune irrégularité concernant son âge.

Le cas de Minala accusé à tort n’est que la conséquence directe de ce recours des joueurs africains à modifier leur âge, indique à Anadolu le Docteur Kamdem Boris, expert en imagerie à résonance magnétique (IRM), souvent sollicité pour établir l’âge de certains joueurs soupçonnés d’un tel forfait.

Il cite à ce propos les soupçons qui ont notamment pesé, sur des grandes vedettes du football africain, tel que le Sénégalais El-Hadji Diouf, le Nigérian Jay-Jay Okocha, son compatriote Kanu, et le Camerounais Samuel Eto’o…

Si des fois les soupçons de ce genre s’avèrent infondés, des irrégularités sont souvent relevées au niveau des pièces d’identité des joueurs africains qui, guidés par leur rêve de se lancer à l’international, n’hésitent pas à réduire leur âge, selon la même source.

En juillet dernier, la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot) avait suspendu 14 footballeurs présélectionnés pour faire partie des Lionceaux Indomptables à la CAN des cadets en 2017, pour avoir menti sur leur âge. Les 14 joueurs avaient été démasqués grâce à un test d’Imagerie à résonance magnétique (IRM), selon la Fécafoot.

Derrière ce phénomène il y a surtout le rêve entretenu par les jeunes footballeurs africains de se lancer à l’international et d’échapper à la misère, estime Djitouang Christophe, instructeur Fifa au Cameroun.

« Au Cameroun comme dans de nombreux pays africains, les jeunes sportifs mentent sur leur âge pour lancer leur carrière professionnelle. Ils font ça pour intégrer des clubs occidentaux où ils seront mieux payés et pour pouvoir ensuite mieux subvenir aux besoins de leurs familles », a-t-il affirmé à Anadolu.

Constat qui pousse à soulever des questions quant à la situation du football africain et qui dicte, selon des observateurs, de penser, à mieux motiver les joueurs locaux en leur offrant de meilleures conditions pour évoluer et avoir des carrières louables sans être contraints de quitter leurs pays et recourir pour cela à des subterfuges peu amènes.

« En Afrique, on découvre souvent le talent des joueurs lorsque leur âge est déjà avancé. Très peu des joueurs africains évoluant dans les championnats étrangers livrent leur âge réel. Moi-même, lorsque j’ai voulu jouer au Qatar, j’ai été obligé de modifier mon âge et de changer des documents », témoigne à Anadolu, un ancien joueur camerounais qui a préféré garder l’anonymat.

Un avis partagé par Jean-Marie Soussia, entraîneur camerounais de deuxième division. « Au Cameroun comme dans la plupart des pays africains, même dans les écoles de football, on trafique l’âge des joueurs. Je crois que ceci est dû au fait que l’état civil n’est pas informatisé. Les joueurs arrivent à se procurer facilement de nouveaux papiers d’identité », explique-t-il.

Cette tendance n’est pas spécifique aux joueurs qui veulent intégrer des clubs occidentaux, note encore Soussia. En effet, « Tout commence au pays. Dans les championnats locaux, 80% des joueurs évoluent avec des âges truqués », indique-t-il.

Pour résoudre ce problème, Hassana Madi, membre de la Fédération camerounaise de football, propose que les joueurs passent un test d’Imagerie à résonance magnétique (IRM). « Ce test est déjà exigé lors des compétitions organisées par la Confédération Africaine de Football (CAF), il faudra que les fédérations nationales respectives l’adoptent. Si jamais c’est adopté au niveau local, je ne pense pas qu’aucun joueur n’osera modifier son âge », souligne-t-il.

Pour Odile Ngan, sociologue au ministère camerounais des Affaires sociales, il s’agit d’un vrai problème relevé dans la quasi majorité des sociétés africaines au dela de la sphère footballistique. « Le truquage d’âge ne concerne pas seulement les footballeurs, nous vivons ce phénomène au quotidien. aussi bien les jeunes à la recherche d’emploi que les fonctionnaires qui ne veulent pas partir à la retraite ont recours à de tels subterfuges », relève-t-elle.

«Tant que les services de l’état civil ne seront pas informatisés, tant que ces fraudeurs et leurs réseaux ne seront pas démasqués, le truquage se poursuivra dans l’impunité», conclut la sociologue.


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