Culture › Mode

Cameroun: Pourquoi certains artistes sont marginalisés?

« L’art plastique, tout comme la musique, est au service de la société… »

Comme tout artiste, il m’arrive de peindre pour peindre, comme faire de l’art pour l’art, avoue l’artiste plasticien sénégalais Ismaila Manga, résident au village des arts de Dakar. Et son compatriote Séa Diallo de renchérir, souvent, on crée juste pour la beauté de l’art, on peint ses fantasmes, sans se soucier de quoi que ce soit. Au Cameroun, la situation n’est pas autre, et Guy d’x, artiste graffiteur reconnaît : Dans notre secteur particulièrement, il n’y a pas de synergie, chacun évolue seul dans son coin. Et pourtant plus les jours passent, plus l’univers artistique s’enrichit de talents. Confirmés ou pas, c’est clair, les plasticiens, peintres, comédiens, danseurs et autre designers sont là. Au Cameroun, ces derniers ont été marginalisés, parce que considérés comme des parias, aussi longtemps qu’ils se sont confinés à l’art pour l’art, au seul service de la contemplation et du plaisir des sens. Or l’on sait tous et cela se démontre, que l’art traditionnel africain, riche de sa diversité foisonnante, est universellement apprécié. Il est rare d’entrer dans un musée occidental d’envergure sans avoir le plaisir de visiter une galerie consacrée à l’Afrique. Des uvres d’une richesse et d’une diversité exceptionnelles réunies en un seul et même lieu, pour ainsi donner lieu à une relation féconde entre les styles, les cultures et les histoires.

Guy d’x, artiste graffiteur
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Absence de politique culturelle et de marché local
Si l’on ne s’en tient qu’à cet état de chose, l’on pourrait oublier les véritables problèmes que vivent nos artistes, bref leur quotidien. Et c’est peut être l’erreur que commettent les pouvoirs publics. Il existe des ministères de la culture dans tous les pays, notamment au Cameroun. Il existe quelques initiatives pour alimenter le tourisme, en général, il s’agit d’une mise en valeur d’ uvres anciennes, plutôt que de décisions visant à encourager la création artistique contemporaine. Du coût, les artistes camerounais ne peuvent donc plus vraiment se sentir utiles à leurs sociétés. Guy d’x.

Parmi eux, il y en a bien entendu de mieux lotis que d’autres. Les musiciens. Certes victimes de la piraterie et de l’absence de dispositions légales protégeant les droits d’auteur, leur contribution à la culture du pays est apparemment mieux reconnue. Nous ne sommes pas seulement marginalisés, nous sommes oubliés martèle avec énergie Méric, artiste peintre. Les plus marginalisés sont les artistes plasticiens et les comédiens. La peinture et le théâtre relèvent souvent, aux yeux des autorités, du registre d’occupations secondaires et de passe-temps auxquels se livrent des personnes à coté ou en plus de leur « vraie » profession. Toujours est-il que beaucoup d’artistes camerounais pourtant très talentueux et qui pourraient connaître un succès international croupissent dans une précarité indigne et dans une « indifférence caractérisée ».

Graffiti
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En dehors du manque de politique de soutien et d’accompagnement de la création artistique et de la production culturelle, les artistes de ce «registre» décrient le fait que le marché intérieur du pays est faible, pour ne pas dire, quasi inexistant. Plusieurs ont dû s’expatrier pour réussir (entre autres le peintre Françis Mbella, la jeune comédienne Patricia Bakalack); mais pour ceux qui n’ont pas pu ou voulu quitter le pays, la vie d’artiste est un véritable parcours du combattant solitaire. Il faut faire preuve d’imagination et surtout d’inventivité pour faire connaître les uvres.

Quelques propositions de solutions
L’une des preuves de leur capacité à s’ouvrir des voies nouvelles et originales est le récent recours, pour quelques uns encore, aux possibilités qu’offre internet. Guy d’x à ce sujet s’exprime : Moi qui ai un site Internet il m’arrive de proposer à certains d’exposer gratuitement dans mon site, mais j’ai du mal à recevoir leurs uvres. On dirait que beaucoup ne veulent pas se faire connaître. Et c’est les mêmes qui se plaignent après, mais au-delà il y a la volonté de ceux qui sont sensés promouvoir la culture camerounaise et du coté des graffiteurs, je pense qu’il faut une certaine organisation pour mieux communiquer sur notre mouvement, sur notre art. Il y a à Douala pour ne prendre que cet exemple là, des murs au bord de la rue qui sont totalement abandonnés, sur lesquels les gens viennent tout le temps uriner, on peut les mettre en valeur. Tout simplement en y organisant des petits ateliers de graffiti, de tag; cela peut être sur des thèmes comme les symboles ou les grandes figures de la nation.C’est un exemple pour dire à quel niveau les autorités qui sont sensées promouvoir la culture camerounaise peuvent intégrer cet art. Guy d’x.

A bon entendeur, courage à tous nos chers artistes qui ne demandent qu’un peu de considération.

La Fouine, rappeur
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