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Cameroun: Pourquoi il n’y aura pas d’émergence… sans énergie électrique !

Yris D. FONDJA WANDJI

« … L’accès à l’électricité impacte la situation socio-économique des pays en développement dans quatre grands domaines : la santé, l’éducation, le revenu et l’environnement. Ainsi, l’intuition générale ne peut qu’accréditer l’idée selon laquelle il y a un lien fort entre la consommation d’énergie et le développement économique et social… » Dans le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (cadre de référence pour la période 2010-2020) élaboré par le gouvernement du Cameroun en 2009, « la volonté de devenir un pays émergent, démocratique et uni dans sa diversité intègre quatre objectifs généraux à savoir : (i) réduire la pauvreté à un niveau socialement acceptable ; (ii) devenir un pays à revenu intermédiaire ; (iii) atteindre le stade de Nouveau Pays Industrialisé et ; (iv) renforcer l’unité nationale et consolider le processus démocratique ». Dans la perspective de l’émergence du Cameroun en 2035, ces objectifs ne pourront être atteints sans une disponibilité suffisante en énergie électrique. En effet, l’accès à l’électricité impacte la situation socio-économique des pays en développement dans quatre grands domaines : la santé, l’éducation, le revenu et l’environnement. Ainsi, l’intuition générale ne peut qu’accréditer l’idée selon laquelle il y a un lien fort entre la consommation d’énergie et le développement économique et social. D’ailleurs de nombreuses études économétriques confirment l’existence d’une corrélation positive entre la consommation d’électricité par habitant et les revenus par habitant d’une part, et l’indice de développement humain (IDH) d’autre part. Ainsi, les pays à faible consommation d’électricité ont également un IDH peu élevé, et le Cameroun comme la plupart des pays en développement se trouve dans cette catégorie. Toutefois, il est nécessaire de garder à l’esprit le traditionnel problème de causalité entre deux variables corrélées. Peut-on affirmer que l’accès à l’énergie entraîne mécaniquement le développement économique ? Ou au contraire, est-ce la croissance des activités économiques qui favorise la consommation d’énergie ? Ou bien, existe-t-il une troisième variable induisant ces deux effets ? Il est difficile d’apporter une réponse définitive à ces questions, tant les travaux qui les ont abordées ont abouti à des conclusions différentes et même parfois contradictoires.

L’énergie électrique constitue un stimulus à la croissance économique au Cameroun

En ce qui concerne le Cameroun, mes tests économétriques ont clairement établi une relation de causalité de l’Energie vers le produit intérieur brut (PIB), autrement dit, la croissance économique est tirée par la consommation d’énergie. Mes résultats montrent également qu’une augmentation de 1% de l’énergie consommée entraîne une croissance de 1.3% de la richesse produite. Ainsi, une politique économique visant à améliorer l’offre énergétique aux ménages et aux entreprises aura nécessairement un impact positif sur la croissance économique. L’énergie constitue alors un stimulus à la croissance. En revanche, un choc affectant l’offre d’énergie aura des conséquences néfastes sur l’économie du pays. C’est pourquoi le déficit actuel de l’offre en énergie électrique ne pourra qu’handicaper gravement les activités économiques et compromettre sérieusement les ambitions d’un Cameroun émergent à moyen terme. L’accès à l’électricité et plus généralement aux services et ressources énergétiques fiables, économiquement viables, socialement acceptables et respectueux de l’environnement, est nécessaire à l’amélioration des conditions de vie des populations et au développement d’un tissu économique compétitif. Pour ce faire, le Cameroun devra continuer à développer l’hydroélectricité, en raison de son potentiel et de ses vertus environnementales. Pour l’instant, il n’y a pas d’option de rechange. Parallèlement, le pays devra également continuer à exploiter ses ressources de pétrole et de gaz. La diversification et la décentralisation des sources et systèmes d’énergie, à faibles impacts négatifs, peuvent aussi être la clé d’un développement et d’une sécurité énergétiques durables. Les énergies renouvelables (biomasse, énergie solaire et micro-hydraulique principalement) ont un rôle essentiel à jouer dans cette diversification. Même si elles sont quelquefois intermittentes avec un rendement variable, l’utilisation d’une combinaison de sources permettrait d’avoir un approvisionnement énergétique régulier et fiable. Par ailleurs, une refonte du cadre institutionnel et réglementaire comme opérée par la loi du 14 décembre 2011 est la bienvenue. Mais pour véritablement inciter à l’investissement privé, ses textes d’application doivent être rapidement adoptés et publiés, notamment le texte portant organisation et fonctionnement de la société de transport et de gestion du réseau de transport (GRT). En effet, les réformes entreprises dans le secteur de l’électricité sont restées globalement infructueuses. Plus d’une décennie après la privatisation et la libéralisation, la situation du secteur n’a pas beaucoup évolué. En dépit des potentialités, peu d’investisseurs s’y sont intéressés. La qualité du service n’a pas non plus été largement améliorée. Même si une structure tarifaire plus raisonnable a été mise en place, les prix ont plutôt augmenté pour la plupart des consommateurs. Dans la configuration découlant de la réforme, l’Agence de Régulation du Secteur de l’Electricité (ARSEL) est censée jouer un rôle crucial, mais le pouvoir de cette institution semble très insignifiant face à la puissance du monopole privé qu’est AES-Sonel, le concessionnaire du service public de l’électricité. Pour changer la donne et faire du Cameroun un pays émergent en 2035, les efforts doivent donc être faits tant au niveau de la gouvernance exercée par l’Etat et ses institutions intervenant dans le secteur (Ministères, ARSEL, AER, EDC et . SNH), qu’au niveau des opérateurs et principalement de la société AES Sonel.

Yris D. FONDJA WANDJI
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