Politique › Judiciaire

Cameroun : qui est Annie Noëlle Bahounoui Batende, la nouvelle présidente du Tribunal criminel spécial

Réputée rigoureuse et intègre, la magistrate s’est fait connaître en 2014 en jetant en prison un ministre en fonction.

Dans le chapitre des surprises issues de la session du Conseil supérieur de la magistrature du 10 août 2020, les analystes et observateurs de la scène politique du Cameroun notent la nomination de Annie Noëlle Bahounoui Batende à la tête du Tribunal criminel spécial (Tcs).

Cette juridiction spéciale, en pointe dans la lutte contre les détournements publics, est l’une des plus sensibles de l’architecture judiciaire du Cameroun. Depuis 2012, date de la création du Tcs, Annie Noëlle Bahounoui Batende devient ainsi la troisième magistrate à diriger l’institution. Elle remplace Emmanuel Ndjérè, en poste depuis juin 2017 ; qui lui-même avait remplacé Yap Abdou, premier président du Tcs. Première femme à occuper ce poste, la magistrate 4ième grade était déjà juge d’instruction au Tribunal criminel spécial.

C’est en cette qualité qu’elle entend, le 31 mars 2014 dans son bureau, une grosse pointure : Louis Bapès Bapès, le ministre des Enseignements secondaires qui justifie déjà une dizaine d’année à ce poste. D’après des indiscrétions, Annie Noëlle Bahounoui Batende obeit aux instructions du président du Tcs, Yap Abdou et du procureur général de l’institution Emile Zéphyrin Nsoga.

Au terme de cette audition, elle va émettre un mandat de dépôt et le très influent ministre est placé en détention provisoire au pénitencier de Kondengui. C’est la stupeur dans l’opinion. De mémoire de Camerounais, aucun ministre en fonction n’avait ainsi été traité. Le ministre Bapès Bapès passe la nuit dans une cellule et est libéré le lendemain grâce à une mainlevée du mandat de détention provisoire émise par la même juge. Il n’en fallait pas plus pour que les projecteurs se braquent sur cette magistrate réservée.

Originaire de Ndikinimeki, dans le département du Mbam et Inoubou (région du Centre), la nouvelle présidente du Tcs est une ancienne du Lycée général Leclerc de Yaoundé. Elle poursuivra ensuite des études de droit à l’Université Paris Malakoff au terme desquels elle obtient un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en droit.

Fille de Léon Bahounoui Batende, ancien Directeur général des Douanes, ancien Directeur général de la Banque camerounaise de développement puis député Rdpc à l’Assemblée nationale – de 1997 à 2002, il mourut en plein mandat -, Annie Noëlle Bahounoui Batende sera plus tard reçue au concours de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) en 1988.

Elle en ressort en 1990 et est intégrée à la fonction publique. Réputée rigoureuse et intègre, elle est substitut du procureur à Nkongsamba, puis elle est propulsée présidente du Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo. Après quoi elle est affectée à Mbalmayo où elle exerce comme présidente des Tribunaux de première et grande instance. Le 8 juillet  2010, Annie Noëlle Bahounoui Batende est nommée vice-présidente de la Cour d’appel du Sud. Le dernier poste qu’elle occupe avant le Tribunal criminel spécial.

Désormais présidente du Tcs, la magistrate aura à charge de redonner un second souffle à l’institution entrée en léthargie avec le coup de frein donné à l’opération Epervier. Opération de lutte contre les prévaricateurs de la fortune publique initiée  il une vingtaine d’années par le président Paul Biya.

Le Tcs à dans son tableau de chasse d’avoir fait condamner d’anciens barons du régime, à l’instar de Jean Marie Atantana Mebara, ex-Secrétaire général de la présidence de la République ou encore Polycarpe Abah Abah, ex-ministre de l’Economie et des Finances. Le Tcs revendique également d’avoir permis au Trésor public de retrouver plus de 9 milliards Fcfa au titre des remboursements effectués par les mis en cause.


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