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Cameroun : la société civile mobilisée pour la réduction des risques d’apatridie

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L’apatridie est la situation de personnes qui ne peuvent justifier d’aucune nationalité et qui, par conséquent, ne peuvent jouir de l’ensemble  des droits civils et politiques conférés aux individus par application des lois nationales.

La représentation du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés au Cameroun (Hcr) a réuni une vingtaine d’organisations de la société civile du 16 au 17 mai sur la question de l’apatridie, qui traduit le fait qu’aucun Etat ne reconnaisse un individu comme son ressortissant. Ledit événement avait pour but de mieux faire connaître ce phénomène aux différents mouvements engagés pour la défense des droits humains, mais aussi de les mobiliser pour la réduction des risques d’apatridie dans le pays.

Les assises ont porté sur l’analyse de l’apatridie, ses causes, ses conséquences et l’identification des catégories exposées ainsi que les responsabilités des différents acteurs.

« Nous avons tous salué quelqu’un qui est à risque d’apatridie ce matin »

Ce problème n’est pas encore vulgarisé au Cameroun. L’on retrouve pourtant des personnes exposées au risque d’apatridie dans toutes les couches sociales du pays. « Nous avons tous salué quelqu’un qui est à risque d’apatridie en sortant de nos domiciles ce matin. De tels individus sont partout. Que ce soit parmi nos voisins ou des membres de nos familles et autres», a souligné, mercredi, l’administratrice principale de la protection au Cameroun, Mylène Awounou. En cause : le non-enregistrement des naissances, l’établissement de faux documents officiels, les défaillances des services d’archivage dans les administrations en charge de la délivrance des actes d’état-civil, le terrorisme.

D’autres facteurs contribuent à l’amplification des risques d’apatridie au Cameroun. Ce sont, la perte de documents lors de mouvements migratoires ou d’attaques perpétrées par Boko Haram et l’enclavement de certaines localités, la traite des humains, les problèmes de démarcation territoriale…

« Pour ceux qui se déploient dans l’Extrême-Nord où se posent des problèmes de collaboration avec Boko Haram, que vous disent les personnes détenues pour ces faits quand vous leur rendez visite en prison ? Je m’appelle Mohamadou ou Ahmadou… Ils ont tous les mêmes noms. Comment vous faites pour les identifier réellement ? Comment font les Etats lorsque des gens n’ont aucune pièce d’identification ? Les attaques de Boko Haram ne sont pas toujours perpétrées par des gens venus d’ailleurs, parfois Boko Haram enlève les enfants d’un village, leur fait le lavage de cerveau et les drogue. Ensuite on les renvoie dans leurs villages pour commettre des forfaits parce que ce sont eux qui connaissent les populations ainsi que les habitudes des gens etc. On les envoie en disant que “ si on te demande comment tu t’appelles réponds Mohamadou“. Résultats, ils ont tous les mêmes noms. Avec le phénomène du terrorisme, les Etats se replient sur eux-mêmes et ce n’est qu’avec l’identification qu’ils reconnaissent qui sont leurs citoyens pour leur accorder la protection nécessaire », a expliqué Mylène Awounou.

Près de 15 millions de personnes sont à risque d’apatridie dans le monde. Ces chiffres ont été révélé ce 16 mai, en marge d’un sommet des représentants pays du Hcr à Genève (Suisse), révélant une hausse par rapport aux douze millions de personnes qui étaient jusqu’ici concernées par ce phénomène. Il n’existe pas encore de statistiques fixes sur l’apatridie au Cameroun. Le Hcr Cameroun estime toutefois à des millions le nombre de personnes qui en sont à risque.

 

 

 

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