› Eco et Business

Cameroun: Transport ferroviaire, Camrail épinglé

Au centre des enjeux le ravitaillement du nord Cameroun en produit de premières nécessités

Lorsque le conseiller aux affaires économiques de la région du Littoral préside la réunion du 14 mai dernier, son but est de recenser toutes les revendications que formule le Syndicat national des Groupeurs transportant par rail (Sngtr) vis-à-vis de la société Camrail. La principale concerne le quota des wagons mis à la disposition de ses membres pour le transport des produits de première nécessité en direction de la partie septentrionale du pays. Le conflit ainsi rapporté à l’arbitrage des autorités publiques est vieux de plusieurs années. Le Premier ministre a, lui aussi, été saisi par le bureau national du Sngtr. Ephraïm Inoni a notamment instruit les ministres des Finances et des Transports, afin que ces derniers prennent « toutes les dispositions utiles visant à consolider le partenariat entre Camrail et le syndicat des Groupeurs, notamment par la programmation et la cotation des wagons « . A Camrail, la situation est cependant restée inchangée depuis lors.

Les entreprises telles que Saga, Sdv Getma et Maersk, dont certaines font partie du groupe Bolloré comme Camrail, continuent d’être privilégiées, aux dires des syndicalistes, dans l’attribution des wagons marchandises. Seuls « quelques rares » prestataires nationaux, à l’instar des sociétés Soacam et Horizon Express, bénéficient assez régulièrement de wagons pour le convoi de leurs marchandises à N’Gaoundéré, Garoua et Maroua. En guise d’illustration, on parle de près de 1000 wagons par mois accordés à la seule société Saga, contre un seul tous les deux mois pour les Groupeurs nationaux. « Je ne sais pas pourquoi cette disproportion subsiste alors que notre contribution n’est pas négligeable dans le chiffre d’affaires de Camrail ; et les produits de première nécessité représentent à peu près 14 à 15 % seulement du trafic de marchandises en direction du Septentrion. Si l’on nous arrache aussi cela, les populations mourront de faim « , s’indigne Moussa Garga qui se co,fie au journal le messager. Ce dernier indique qu’en 2006, par exemple, le Sngtr a contribué à plus de 9 milliards Fcfa dans le chiffre d’affaires de Camrail alors estimé à quelque 48 milliards Fcfa ; et seulement 6,22 milliards Fcfa en 2007, « à cause du ralentissement de nos activités », soutient-il.

Moussa Garba affirme par ailleurs que les membres de son syndicat ne se sont jamais montrés insolvables vis-à-vis de Camrail, malgré un renchérissement graduelle des prix de transport des marchandises, qui sont passés de 1,350 million Fcfa hors taxes (pour 50 tonnes), à 1,957 millions Fcfa (TTC) aujourd’hui, soit une augmentation de 490.725 Fcfa en trois ans ! A Camrail pourtant, on se refuse de poser le problème en ces termes. Si le ressentiment des Groupeurs camerounais est bien connu ici, on estime cependant que la situation est en voie d’être normalisée grâce à une commande de nouveaux wagons, qui aurait été récemment passée en Europe. Le directeur Commercial et Marketing de Camrail, Charles Yombo, que Mutations a eu au téléphone, estime d’ailleurs qu' »il s’agit d’un problème qui est en train d’être résolu en interne et en collaboration avec les Groupeurs. Il ne sert donc à rien de le mettre sur la place publique.

Pour la période 2009 – 2020 la société Camrail a, en effet, annoncé d’importants investissements d’un montant de 230 milliards Fcfa, dont 72 milliards Fcfa supportés par l’Etat du Cameroun, qui seront principalement orientés vers le renouvellement des infrastructures ferroviaires et du matériel roulant (locomotives et wagons). Quoique manifestement désabusés par la situation qu’ils vivent en ce moment, les Groupeurs camerounais semblent fonder un réel espoir dans l’accomplissement de cet objectif de Camrail. Car, « notre souci premier, c’est le ravitaillement permanent en riz, sel, savon, farine et autres produits de première nécessité, des populations du Grand Nord. Si le transport de nos marchandises continue de se faire au petit bonheur la chance, nous craignons en effet qu’une crise alimentaire frappe la partie septentrionale du Cameroun », soutient Moussa Garba.

La situation est bien déplorable à plus d’un titre, car la privatisation du transport ferroviaire camerounais reste à ce jour une des plus mauvaises effectuées au Cameroun. Les obligations d’investissement n’ont jamais été respectées à 100% et le conflit avec les groupeurs n’est pas le seul désagrément subit par les camerounais. Le transport des passagers est indigne de l’ancienneté de ce chemin de fer qui a pourtant été construit au prix du sacrifice de nombreux camerounais. Comme le dit Abdoulaye Taousse un étudiant de l’université de N’Gaoundéré « prendre le train du nord c’est dépenser beaucoup d’argent pour s’offrir une balade dans la promiscuité ».


www.trainweb.org)/n
À LA UNE
Sondage

Un candidat de l'opposition a-t-il une chance de gagner la présidentielle 2018 au Cameroun?

View Results

Loading ... Loading ...
Retour en haut